La survie des Chrétiens d’Orient passe par une solution politique, rappellent les analystes

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L'église Saint Joseph au Kurdistan irakien. Photo: Sadik Gulec.

L’église Saint Joseph au Kurdistan irakien. Photo: Sadik Gulec.

BEYROUTH, par Vera Webert | iloubnan.info – Le 08 septembre 2014 à 07h17

En Syrie et en Irak, les Chrétiens font partie des minorités religieuses prises pour cible par les combattants de l’Etat islamique. Dans ce contexte, la situation des Chrétiens au Moyen Orient et la question de leur avenir dans la région suscitent la vive inquiétude des puissances occidentales. Trois experts nous livrent leur point de vue sur la question.

Les Chrétiens d’Orient sont dans la ligne de mire de l’Etat islamique, qui a déclaré un califat le 29 juin à cheval sur la Syrie et l’Irak. Dans les villes qu’il conquiert, l’EI donne aux chrétiens le choix entre se convertir, payer une taxe ou partir. Etant donné les méthodes barbares des combattants de l’EI, de nombreux Chrétiens ont fui leurs villes et villages en laissant tout derrière eux, pour gagner des régions plus sûres ou tout simplement partir à l’étranger quand ils le pouvaient.

Selon l’expert en géopolitique Sami Nader, « les minorités chrétiennes font les frais de la dislocation des pays du Levant», dont l’origine remonte aux accords de Sykes-Picot, lesquels ont organisé une nouvelle partition de l’Orient arabe.

Il estime également qu’il y a une co-responsabilité dans cette situation catastrophique : il pointe d’une part, le vide laissé en Irak suite aux retraits successifs des troupes américaines en 2011, décidé par l’administration Obama, et d’autre part, la mauvaise gestion du pouvoir du Premier ministre sortant Nouri El Maliki. Ce dernier, soutenu à la fois par l’Iran et les Etats-Unis, et disposant de moyens considérables, a mené une politique autoritaire et sectaire au détriment des minorités sunnite et kurde. De fait, Maliki n’a mis en place de gouvernement de coalition, intégrant toutes les composantes en présence. L’exercice d’un tel pouvoir centralisé a même poussé à l’exil de nombreux sunnites modérés auxquels s’est substitué le « radicalisme sunnite ».

L’ancien député Samir Frangié pointe lui aussi la co-responsabilité de l’administration Obama et du gouvernement Maliki dans la situation actuelle. Pour lui, la survie des Chrétiens du Moyen Orient, et en particulier ceux d’Irak, est tributaire d’une solution politique. Le refus de Maliki de former un gouvernement d’union nationale a favorisé l’émergence de l’extrémisme sunnite dans un état miné par deux décennies de guerre.

Toujours d’après Samir Frangié, le Kurdistan constitue un facteur de stabilité, ce qui a favorisé l’intervention américaine du 8 août avec des frappes aériennes contre les positions de l’Etat islamique. Aussi un « Etat reformé avec un gouvernement équilibré » et ralliant des sunnites modérés, constitue la seule issue pour assurer la présence des Chrétiens en Irak et pourrait modifier la donne concernant les Chrétiens du Moyen Orient.

Pour sa part, M. Jihad Feghali, analyste en stratégies et relations internationales, estime que la pérennité des minorités religieuses ne pourra être assurée que par le respect du principe de la liberté de religion et de croyance, quelle que soit la forme de l’Etat.

Dans cette perspective, il s’agirait soit d’un Etat-nation construit sur une majorité qui consacre la protection d’une mosaïque de minorités, soit d’un Etat fondé sur la notion de citoyenneté au même titre que les pays occidentaux. De plus, selon lui, pour enrayer l’offensive djihadiste il faut cibler militairement « les colonnes d’attaque des djihadistes et leurs bases militaires», et d’autre part, « assécher leur financement en rompant toute transaction économique».

En définitive, une solution politique s’impose par une refonte institutionnelle d’un Etat, crée de toutes pièces par le colonisateur britannique en 1918 et au bord de l’implosion avec la percée de l’EI. La nomination de Haidar Al-Abadi, par Fouad Massoum, le nouveau président irakien, pour succéder à Maliki a été bien accueillie par Washington.

Al-Abadi a maintenant pour mission de mettre en place un gouvernement inclusif, constitué de toutes les composantes pacifiques de la société irakienne et mettre en œuvre un programme d’inclusion communautaire dans toutes les administrations publiques.

Un système communautaire, donc, qui stabiliserait peut-être la situation… mais dont on connaît aussi les limites.

Source : iLoubnan