Peut-on se faire plaisir en mots en arabe ?

livre-arabe-230x230_0Le 29/08/11

Les Libanais parlent arabe, ou plutôt libanais, un arabe familier qui leur ressemble. Si cette langue est facile ou évidente à dire, la lire est une autre paire de manche. La déchiffrer ? oui, mais y prendre plaisir ? Tout le monde n’a pas envie de buter sur les mots. On préfère que cet exercice soit fluide et agréable. La lecture en arabe ne peut-elle pas être plaisante ?

Évoluer dans une école privée, grandir au sein d’une famille francophone, fréquenter par la suite une université dans laquelle les cours dispensés sont majoritairement en français ou en anglais nous éloigne petit à petit de la langue arabe et de ses mots.

Parmi les souvenirs marquants de l’époque scolaire, de rencontres avec des auteurs, des théories ou des livres qui changent une vie, les auteurs arabes et leurs œuvres sont souvent en marge. On se souvient, par moments, d’un enseignant qui a su malgré tout nous amener petit à petit dans les labyrinthes de cette langue difficile à prononcer, enseignée de manière désuète et aux règles de grammaire impossibles. On se souvient avec délices de ces rares fois où un texte nous a amenés loin : les textes poétiques de la période préislamique ou « jahiliya » qui chantaient l’amour impossible ou célébraient la beauté du dessert, du vin et des femmes. On se souvient rarement d’avoir lu par plaisir.

Quand on vit au Liban, il est possible de ressentir à un moment le manque de cette langue maternelle : quand on n’arrive pas à s’exprimer de manière fluide, quand on a besoin de faire appel à des mots anglais ou français pour combler le vide de nos phrases, quand on a du mal à comprendre les paroles d’une chanson ou les dialogues d’un film ou d’une pièce de théâtre. Cette langue, son manque peuvent devenir handicapant. Les étrangers, de plus en plus nombreux, se déplaçant dans tous les pays arabes pour l’apprendre deviennent des exemples à suivre.

Mais, nous n’avons pas besoin de l’apprendre, cette langue. Nous la connaissons. Nous en avons étudié les règles et les bases pendant une douzaine d’années. Nous avons seulement besoin de prendre plaisir à la parler et à la lire. Pour se la réaproprier, il suffit de lire, des livres simples, des livres-plaisirs surtout.

Heureusement pour nous, ces livres occupent de plus en plus de place sur les rayons des librairies.

Valérie Cachard

Source : Agenda Culturel