Une initiative pour permettre aux jeunes Libanais d’accéder à la propriété

P04-2_829194_540425_largeNour Braïdy | OLJ, 16/06/2014

En 2011, le Business insider citait Beyrouth dans la liste des 11 villes dont l’immobilier était plus cher au mètre carré que celui de New York. La capitale libanaise dépassait par la même occasion Hong Kong, Copenhague, Helsinki et Madrid. Il y a quelques jours, CNN citait Beyrouth dans son documentaire « Up-and-Coming Cities for the Rich », estimant que « malgré son histoire violente », Beyrouth est « le lieu idéal pour les investisseurs aventureux » et riches. Au même moment, l’on apprenait que l’on peut désormais débourser plus de  20 000 dollars le mètre carré pour s’offrir une résidence à Zaytouna Bay, le prix le plus élevé jamais payé à Beyrouth.
Du rêve donc, qui reste une grande illusion pour la majeure partie de la jeunesse libanaise peinant à accéder à la propriété.

Dans quelques mois, grâce à l’ONG « Cost Reduction Group » (CR Group), les jeunes Libanais pourront toutefois s’acheter un 80 m2 à 45 000$ (le prix initial de 40 000 $ a été augmenté à 45 000$ pour couvrir l’achat du terrain), un 100m2 à 65 000$, un 120 m2 à 85 000$ ou encore un 140m2 à 105 000$. Des prix qui n’impliquent pas que ces jeunes se retrouvent au fin fond du diable. Les appartements proposés se trouvent à Kahalé, Bchemoun, Baabdate, Ghazir, Ballouneh…

« Dans mon travail, je rencontre énormément de jeunes qui, avec un salaire mensuel de 1 000 ou 2 000$, essaient de s’acheter une maison, et ce malgré le coût des prêts bancaires et l’augmentation des prix de l’immobilier. Mais ces jeunes sont confrontés à de vrais difficultés économiques », explique à L’Orient-Le Jour Charbel Choueh, président de CR Group, fondé avec Samer Wakim et Rim Harb. Une situation inacceptable pour cet avocat trentenaire, qui a décidé de « faire quelque chose au niveau social ».
C’est ainsi qu’avec un groupe d’amis, M. Choueh a l’idée de faire bâtir des complexes de logements comprenant des appartements vendus au prix coûtant. « CR Group, qui existe depuis bientôt un an, est une ONG a but non lucratif », explique-t-il.

Un projet qui devait être étatique
L’idée de base était que ce projet soit fait par l’État. « Il y a trois mois, nous avons rencontré le président Michel Sleiman, nous lui avons proposé le projet en suggérant que les complexes soient construits sur des terres appartenant à l’État et en collaboration avec les banques », explique Charbel Choueh, qui souligne l’urgence, pour le Liban, d’avoir un ministère du Logement. La Banque du Liban et le président ont positivement accueilli le projet, mais M. Choueh réalise alors que le lancement du projet « pourrait prendre 20 à 30 ans ». Trop long pour l’avocat qui décide de prendre les choses en main, et parvient à convaincre des banques d’aider et des investisseurs d’acheter les terrains sans faire de grands profits.

50 000 demandes en deux mois
Aujourd’hui, CR Group est en train d’acheter un premier terrain dans le Metn. Il s’agit d’une parcelle de 60 000 m2 avec 70 % de surface naturelle et 30 % de surface habitable.
L’ONG, rejointe par plus d’une centaine de volontaires qui s’occupent de la communication et de l’organisation, a déjà reçu 50 000 demandes d’appartements en deux mois. Des demandes qui affluent de partout, du Liban, d’Europe, d’Afrique, des pays arabes… Elles seront étudiées par un comité qui a déjà posé quelques conditions : le demandeur ne doit pas être propriétaire au Liban, il ne pourra pas louer son appartement une fois acheté et ne pourra pas y mener une activité commerciale.
La construction débutera dans 3 à 4 mois, de même pour la vente. Pour un appartement de 45 000$, le premier versement sera de 5 000$, l’acheteur pourra ensuite payer durant les trois années prévues pour la construction 200 $ par mois, et le reste sera échelonné via un prêt habitat.

Un minivillage et des appartements de qualité
Il est prévu que chaque complexe soit formé de 600 à 1 000 appartements. « L’architecture sera très belle, ce ne sera pas un bloc de béton dans lequel les gens vivraient les uns au-dessus des autres », assure M. Choueh.
Les appartements vendus seront de qualité, poursuit-il, « le même niveau de qualité que celui d’une maison de 500 000$ ». « Nous sommes responsables de l’entretien, de la direction du projet, nous veillerons à ce que le travail soit fait comme il faut », dit-il.
Le complexe devrait prendre les allures d’un petit village, puisque y seront disponibles un supermarché, un café, une garderie, une poste, une banque. Le développement d’une activité économique au sein du complexe est importante pour M. Choueh car elle permettra de couvrir des frais de construction, mais aussi, et surtout, de créer des opportunités de travail.

Source : L’Orient Le Jour