Leila Tannous, première voix féminine de la BBC en arabe

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Leila Tannous Dawton, belle et active jusqu’au bout.

CÉLÉBRITÉ

L’actuelle grille politique des ondes et du petit écran libanais est un terrain bien conquis par des pros au féminin. Mais ce terrain a été défriché par une consœur pionnière, Leila Tannous Dawton.

WASHINGTON, d’Irène MOSALLI | OLJ, 16/06/2014

Elle est, certes, une pionnière des voix féminines arabes radiodiffusées, mais elle a tracé ce chemin avec aisance, compétence et sans causer de remous. Comme si cela allait de soi. Un grand hommage vient d’être rendu à Leila Tannous Dawton dans la capitale britannique après son décès, en février 2013, à l’âge de 93 ans.

Née en 1919 à Bechmezzine (Koura), Leila Tannous était la plus jeune des sept enfants de sa famille. Elle a fréquenté l’AUB dont elle est sortie diplômée en philosophie et sciences politiques. Bien qu’ayant été élevée dans un environnement de rite grec-orthodoxe, elle a étudié le Coran en profondeur. Il faut dire que sa mère et sa grand-mère étaient des avocates de la condition féminine, faisant notamment campagne contre le port forcé du voile. Elle-même faisait du lobbying pour l’émancipation des femmes, ayant publié entre 1944 et 1947 une revue intitulée La Voix de la femme. Parallèlement, elle travaillait à Beyrouth dans les bureaux de la prestigieuse BBC depuis les années 40.

Dans son bureau en 1957.

Dans son bureau en 1957.

Sa vie prend une nouvelle tournure lorsqu’elle rencontre Bernard Dawton, qui travaillait au sein d’une compagnie pétrolière au Liban. Coup de foudre et projet de mariage sans hésitation. De plus, elle obtient de la BBC son transfert à Londres. C’est là qu’ont été célébrées les doubles noces du couple (dans une église orthodoxe et dans une église anglicane). Deux enfants naîtront de cette union, Julian et Anthony.
Leila Tannous, pour sa part, occupe de 1948 à 1984 le poste de présentatrice dans le service arabe de la BBC, tout en assumant d’autres responsabilités : commentaires politiques et production de programme d’affaires courantes et d’art. Elle a souvent diffusé des traductions de Shakespeare et encouragé des écrivains étrangers à monter des pièces de théâtre en arabe. Elle avait également poussé le célèbre dramaturge Tom Stopard à faire traduire ses œuvres en arabe.

Au micro de la BBC en 1947.

Au micro de la BBC en 1947.

Auteure de « la langue arabe de la BBC »
L’une des grandes réalisations de Leila Tannous, est d’avoir mis au point « l’arabe de la BBC », à savoir une langue standard pouvant être comprise de l’Irak au Maroc. Un autre moment fort de sa carrière : avoir tenu tête, avec diplomatie, au colonel Mouammar Kadhafi. Celui-ci avait convié 200 journalistes, dont Leila Tannous, pour protester contre les Américains qui avaient abattu deux avions libyens. À l’issue de cette rencontre, Kadhafi avait demandé à la célèbre représentante de la BBC de travailler pour lui. Mais elle a pu habilement tirer son épingle du jeu.

Parallèlement, dès son arrivée à Londres, elle a aimé cette capitale : sa maison est devenue le foyer de son « empire matriarcal» où régnait une hospitalité permanente. Chez elle, c’était un flot incessant de visiteurs arrivant qui pour quelques jours, qui pour des mois, car son mot d’ordre était: «Ne venez pas me voir si ce n’est pas pour rester!» Il s’agissait aussi bien des membres de sa famille que des amis, des intellectuels, des politiciens, des hommes d’affaires de plusieurs pays arabes.
En 1984, Leila Tannous participe à la création de la «British Lebanese Association » dont le but est d’encourager l’entente entre les peuples britannique et libanais à travers des échanges culturels. Et ce n’est pas tout : pour que les enfants libanais résidant à Londres avec leurs parents ne perdent pas contact avec leur culture d’origine, elle a mis sur pied l’ « École arabe du samedi», accueillant des élèves de 3 à 18 ans, y compris des Anglais.

Néanmoins, le port d’attache de Leila Tannous a toujours été son pays d’origine où se trouvait sa famille qu’elle visitait régulièrement, même en pleine guerre. Ainsi, en 1982, elle avait affronté plus d’un danger (bombardements et retour via Chypre à bord d’un bateau de pêche) pour ne pas manquer ce rendez-vous. Déformation professionnelle oblige, elle a trouvé le moyen, malgré les secousses, d’envoyer à la BBC un compte rendu « live » de ce voyage.
À noter que c’est à l’initiative de la « British Lebanese Association » et sous le patronage de l’ambassadrice du Liban à Londres, Inaam Osseirane, que cette cérémonie en son honneur a été organisée. À cette occasion, le Pr Suheil Bushrui (à la tête de la chaire George et Lisa Zakhem pour Gebran Khalil Gebran) a salué en elle « l’avocate de tous les instants, et la championne de la compréhension interculturelle et de la réconciliation internationale ».

Source : L’Orient Le Jour