Pour Wassim Soubra, « le mythe d’Adonis est fédérateur »

Non classé

Wassim SoubraMUSIQUE – Zeina SALEH KAYALI | OLJ, 17/06/2014

À la veille de la création mondiale à Paris de son opéra d’Orient Les Jardins d’Adonis, un concert organisé par la Délégation permanente du Liban près l’Unesco en partenariat avec le Festival international de Baalbeck, le compositeur et pianiste libanais Wassim Soubra évoque la genèse de ce projet, de sa musique et de son approche du mythe d’Adonis.
Depuis longtemps, le mythe d’Adonis hante Wassim Soubra. Depuis qu’enfant, ses parents l’emmenaient le dimanche se promener dans la région de Nahr Ibrahim, fleuve qui, tous les ans, devient rouge, coloré du sang du dieu de la beauté, tué par la corne du sanglier, Arès, dieu de la guerre, jaloux de ses amours avec Achtarout. Ces promenades, dont Wassim Soubra garde un souvenir très fort, se déroulaient souvent aussi dans la région de Byblos où Adonis renaît chaque printemps avec le cycle de la nature sous la forme d’un arbre en fleurs. Adonis a marqué le Liban antique, la Phénicie, et il imprègne le Liban d’aujourd’hui. «C’est un mythe qui dépasse les clivages religieux, sociaux et culturels», dit Soubra, et c’est autour de ce récit fondateur, « auquel chaque Libanais peut s’identifier sans pour autant se l’approprier », qu’il a composé son opéra de chambre Les Jardins d’Adonis.
Le livret est l’œuvre de Bertrand Leclair, romancier et essayiste à qui l’histoire de ce jeune dieu mort dans la fleur de l’âge a inspiré des textes poétiques qui célèbrent la richesse et la beauté de la nature du Liban. «J’ai demandé à Bertrand Leclair d’écrire un texte sur chaque moment crucial du mythe: la naissance d’Adonis, sa mort et sa renaissance. Pour chacune de ces étapes, je lui jouais un thème au piano et lui écrivait », rapporte Wassim Soubra. C’est ainsi que cet opéra est né, fruit d’une rencontre entre Orient et Occident, incantation et célébration, poésie et musique.
Autour du compositeur et du librettiste, une distribution de choix portera la parole et le chant par les voix de trois grandes prêtresses d’Adonis : la comédienne Anne Jacq, la soprano Patricia Atallah et la mezzo-soprano Blandine Staskiewicz. Toutes trois, ensemble ou séparément, «femmes de mon pays», comme dans le poème de Nadia Tuéni, raconteront la légende. Tantôt gaies pour célébrer la naissance d’Adonis, tantôt tristes pour se lamenter sur sa mort, mais toujours confiantes dans sa renaissance et sa jeunesse éternelle. Elles seront accompagnées par un quintette où chaque instrument prendra à son tour la parole, jouant pleinement son rôle de soliste : au piano Wassim Soubra, au violoncelle Emma Miton, au saxophone Clément Duthoit, aux percussions Pierre Rigopoulos et au oud Khaled al-Jaramani.
Rendue possible grâce à des partenaires tels que la société informatique Infocubed, la Fondation pour les arts et la culture Robert Alfred Matta, la maison d’édition Berger Levrault ou le Centre du patrimoine musical libanais, cette création mondiale d’un opéra libanais est une première absolue. Placée sous le haut patronage de l’ambassadeur Khalil Karam, délégué permanent du Liban auprès de l’Unesco, l’événement se déroulera en présence du ministre libanais de la Culture et montrera le vrai visage de notre pays, celui du dialogue et de la renaissance, porteur d’un message d’espoir, car le Liban, comme les jardins d’Adonis, refleurira.

Création mondiale le vendredi 20 juin dans la salle I de l’Unesco à Paris

Source : L’Orient Le Jour