Les femmes ne sont pas des hommes comme les autres

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La loi étriquée sur la violence domestique a inspiré ce texte désabusé sur le pouvoirde législateurs d’un autre âge.

L’ORIENT-LE JOUR | FIFI ABOU DIB, 17 AVRIL 2014

March Lebanon Posters

Posters réalisés par l’Ong libanaise March (marchlebanon.org).

La loi libanaise ne peut empêcher les coups et blessures. Il y en a trop, partout, sur tout le territoire, et c’est heureux, d’une certaine manière, puisque cogner n’est pas tuer. La loi libanaise interdit de tuer.

Les législateurs se sont réunis. Les législateurs ont bloqué la circulation dans toute la ville, fermé tous les accès au centre-ville où tentent encore de survivre quelques commerçants courageux qui refusent de mettre la clé sous la porte. Ils ont empêché le moindre chaland de poser ne serait-ce que le bout de l’orteil dans une de ces survivances de boutique ou de restaurant. Pour leur sécurité, voyez-vous, ils se haïssent tellement entre eux. On n’est jamais assez méfiant, il y en a toujours un qui pourrait avoir envie d’en faire assassiner un autre. La police antiémeute a fière allure avec ses uniformes cuirassés, ses casques et ses boucliers transparents. Sauf qu’elle est affalée sur le trottoir et fume en observant d’un œil distrait l’amertume d’un groupe de femmes et de quelques hommes qui attendaient de cette séance quelque coup d’éclat et qui se sont sentis grugés à l’issue du vote.
Sans eux, pourtant, sans l’association KAFA, son action tenace et son insistance, le projet de loi contre la violence domestique n’aurait même pas été à l’ordre du jour. Il est passé, il est vrai, mais sans les amendements réclamés par l’association en vue de protéger précisément les femmes de la violence des hommes. Mais dans « violence domestique », il y a « domestique », un truc de chochotte. Nos édiles, il leur faut du rouge, du saignant, du régional, de l’international, du complot sioniste et impérialiste. C’est donc du bout des lèvres qu’ils ont dépoussiéré une loi pourtant avant-gardiste en son temps, quelque part au début du XXe siècle. En définitive, ce que le public profane a compris de toute cette cuisine, c’est qu’on peut cogner mais sans abîmer. On peut battre femme et enfants (et même son mari avec un peu d’entraînement) à condition que ça ne se voit pas. D’ailleurs, le temps que le cas soit porté devant le juge, il n’y paraîtra plus. Là ! C’est rien ! D’ailleurs, les législateurs se sont surpassés en introduisant dans leurs textes le concept des « droits conjugaux ». Si les électrices ne sont pas contentes, au moins certains électeurs le seront, eux qui se sont mariés pour la bagatelle – sinon à quoi ça sert ? Coucher fait partie des droits de l’homme, en toute circonstance. Par conséquent, la notion de « viol conjugal » est impossible à retenir, étant impossible à prouver. Surtout s’il n’y a pas de traces visibles de coups et blessures. Les moins visibles de toutes étant les séquelles des violences morales. Tout comme est impossible à prouver l’administration de drogues, l’étouffement avec un oreiller et autres méthodes douces.
Bref, ce pays n’est pas encore respirable pour les femmes. Elles ne voteront plus pour vous, MM. les députés. Mais où ont-elles la tête ? La dernière fois, vous vous êtes réélus tout seuls. Naïves, va.

Source : Courrier International

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