Bahjat Rizk : « Les libanais sont depuis les phéniciens des médiateurs culturels et commerciaux »

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Bahjat RizkÉcrivain, intellectuel, attaché culturel à la Délégation du Liban auprès de l’Unesco, Chevalier de l’ordre des arts et des lettres, spécialiste de la question de la diversité culturelle, Bahjat Rizk est sur tous les fronts. Il participera, lundi 28 octobre, au Centre culturel du Collège Notre Dame de Jamhour, à une table ronde autour de l’ouvrage du RP Selim Daccache, recteur de l’Université Saint Joseph, intitulée « Pluralisme, vivre ensemble et citoyenneté au Liban. Le salut vient-il de l’école ? »

Votre ouvrage ‘Les paramètres d’Hérodote’, paru aux éditions de l’Orient-Le Jour, propose une thèse révolutionnaire sur la façon d’envisager l’identité. Pouvez-vous nous expliquer comment ces paramètres structurants de l’identité, tels que définis par Hérodote au Ve siècle av. J.-C. et encore actuels aujourd’hui, peuvent-ils constituer une nouvelle façon de vivre pour les Libanais ?

La diversité culturelle touche aujourd’hui toutes les sociétés dans notre quotidien mondialisé. La révolution des moyens de communication a engendré une interpénétration des espaces culturels qui peut se traduire soit par une recrudescence des confits soit par une ouverture sur les autres cultures. Je suis parti moi-même dans mes recherches de l’exemple libanais, une expérience très vivante mais qui n’a pas été conceptualisée. J’ai voulu créer un cadre référentiel en remontant à Hérodote, le père de l’histoire qui a vu le premier choc entre les Grecs et les Perses, et en me référant à la charte de l’Unesco qui utilise les mêmes paramètres dans un sens diamétralement opposé.
En résumé, j’ai voulu proposer une approche d’anthropologie politique de la diversité culturelle. C’est une question qui relève des sciences humaines et qui, de part sa nature, est dialectique

Vous êtes au cœur de la vie culturelle libanaise à Paris comme attaché culturel à la Délégation du Liban auprès de l’Unesco et comme écrivain, intellectuel et conférencier. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce bouillonnement constant de nos compatriotes dans la ville lumière et de votre rôle à leurs côtés ?

La communauté libanaise est très présente dans la vie culturelle parisienne et dans les multiples activités à l’Unesco. C’est une caractéristique libanaise de joindre la vie culturelle et la vie sociale. Les Libanais aiment se retrouver. Ce sont depuis les Phéniciens des médiateurs culturels et commerciaux. Ils transposent cette caractéristique partout où ils vont et spécialement à Paris où les occasions et les espaces symboliques de rencontres ne manquent pas.
J’ai beaucoup de plaisir à créer le lien et à encadrer ces multiples manifestations car je considère que cela s’inscrit dans ma fonction d’attaché culturel et dans ma démarche de vouloir, depuis plus de vingt ans, servir la culture libanaise et le pluralisme libanais sous toutes ses formes.

Quelle place donnez-vous aujourd’hui à la culture notamment dans un pays pluriel comme le Liban ?

Il existe de façon indéniable un rapport entre le culturel et le politique. La spécificité libanaise du pluralisme rend le Liban très riche culturellement et fragile politiquement. Il faudrait que les dirigeants libanais élèvent le politique au niveau du culturel en intériorisant cette richesse libanaise comme une valeur ajoutée, plutôt que d’instrumentaliser le culturel au service du politique pour maintenir un système archaïque et discriminatoire. Le pluralisme culturel appartient à tous les Libanais au-delà des clivages confessionnels, c’est leur patrimoine commun qui ne peut survivre que s’ils le portent tous ensemble.

Propos recueillis par Zeina Kayali, Paris
Source : L’Agenda Culturel