Fadia Tomb El-Hage ou l’heureux mariage de l’âme orientale avec la technique occidentale

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FadiaTombElHage_230_0Après le Festival international de Baalbeck, voici qu’au Festival d’Ile de France, Fadia Tomb El-Hage présente un merveilleux dialogue entre chant oriental et polyphonies corses avec l’ensemble polyphonique A Filetta. Cette immense cantatrice au registre rare de contralto, et qui allie avec bonheur la sensibilité et l’âme orientale avec la rigueur et la technique occidentale, nous parle de son parcours et de ses projets.

La musique a-t-elle toujours été présente dans votre vie ?

Du plus loin qu’il m’en souvienne, j’ai toujours entendu ma mère chanter la liturgie byzantine. Elle a une voix superbe et se produisait de temps en temps dans des occasions familiales ou sociales. Mes soeurs et moi chantions très naturellement quand nous avions des invités à la maison et nous faisions partie d’une chorale byzantine qui servait régulièrement la messe grecque catholique. Enfant, j’ai appris le piano et le solfège, puis à l’âge de 17 ans j’ai intégré la classe de chant de Badiha Haddad au Conservatoire de Beyrouth. A la même époque, avec mes soeurs, nous nous produisions avec les Rahbani et cette collaboration a été un formidable et inestimable apprentissage du métier.

Vous êtes ensuite partie pour l’Allemagne.

Oui pour des raisons familiales je me suis retrouvée installée à Munich et je me suis inscrite au conservatoire Richard Strauss. C’est là que j’ai reçu la formation théorique et pratique complète essentielle à tout musicien. C’est aussi à Munich que j’ai intégré l’ensemble de musique médiévale Sarband, avec qui je chante toujours, et qui a été une incroyable école pour moi. Le directeur musical de l’ensemble, Vladimir Ivanov, érudit, spécialiste de musique ottomane et très intéressé par le mélange des cultures, me faisait interpréter la musique médiévale comme la musique orientale, donnant une très grande part à l’improvisation. Ce qui n’était pas toujours facile pour moi, parfois je devais me « jeter à l’eau » mais cela m’a énormément appris et m’a donné une liberté immense.

Parlez-nous de votre collaboration avec le compositeur Zad Moultaka dont vous êtes une grande inspiratrice.

J’ai rencontré Zad Moultaka à Baalbeck en 1998 où je me produisais avec Sarband. Notre connexion artistique et musicale a été immédiate et d’une très grande force. Je considère que ma rencontre avec Zad est représentée par le projet « Zarani el Mahboub », ce mouachah revisité par son génie, que nous avons joué un peu partout et qui a fait l’objet d’un album. Dans cette pièce, Zad était au piano et notre dialogue musical et artistique d’une intensité extraordinaire. J’ai eu d’autres collaborations passionnantes avec Zad, dont la création de son opéra de chambre « Zajal ». Toutefois, je considère que rien n’a égalé ‘Zarani’ que j’ai porté comme on porte un enfant !

Et maintenant cette aventure totalement originale avec le groupe polyphonique A FIletta !

Ici, je dois rendre grâce au chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui qui, ayant travaillé séparément avec moi et avec A Filetta, a conçu cette collaboration et y a cru, alors qu’au début nous étions plutôt sceptiques ! Il nous a donc intégrés dans son spectacle « Puzzle », et ce mélange de langues et de traditions s’est effectivement avéré très heureux. Nous allons d’ailleurs poursuivre ce dialogue fructueux en essayant de mélanger les musiques folkloriques libanaises et corses, puisque jusqu’ici nous nous étions cantonnés à la musique sacrée.

Propos recueillis par Zeina Kayali, Paris
Source : L’Agenda Culturel