Universalisme des droits de l’homme et relativisme des cultures

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Par Bahjat RIZK, 19 septembre 2013

Adoption de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Adoption de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Les récents débats à péripéties et rebondissements, autour de l’intervention occidentale en Syrie ainsi que la forte montée de la droite en Europe et du Front national en France mettent en avant la dialectique, voire le décalage, entre l’universalisme des droits de l’homme et le relativisme et la spécificité des cultures. En effet, pour ne pas s’engager dans un dialogue de sourds et une confusion des discours, il faudrait identifier et délimiter deux sortes de raisonnements, qui reflètent deux réalités parallèles et complémentaires.

Tout d’abord, l’homme a besoin d’un idéal humaniste et transcendant pour s’élever et s’orienter et la déclaration d’indépendance des États-Unis (1776), et celle des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution française (1789), toutes les deux inspirées des philosophes du siècle des Lumières et des découvertes scientifiques des révolutions technologiques, ont établi un modèle universel qui place l’individu et ses droits au cœur d’une civilisation humaine commune. Elles ont été reprises par la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies (1948).

Toutefois, cela n’a nullement empêché les différentes cultures de continuer à se battre entre elles en tant que nations et à l’intérieur même de chaque nation (guerre civile), avec les mêmes préjugés culturels (raciaux, religieux, linguistiques et de mœurs) qui demeurent hélas en même temps indispensables, structurants et discriminatoires. Tout est une question de rappel à l’ordre et de limites. La logique de l’ouverture universelle n’empêche pas celle parallèle de la sélection naturelle. L’Occident, lui-même promoteur de cet universalisme avant-gardiste, peut se retrouver piégé dans sa démarche par les préoccupations de ses intérêts ou de sa propre survie.

Ainsi, à l’occasion de l’utilisation des armes chimiques (limite arbitraire), nous avons pu assister à des prises de position imprévisibles des principaux dirigeants occidentaux qui se sont engagés dans un premier temps de manière ferme et quasi définitive puis se sont ravisés car ils ont été rattrapés et presque désavoués par leurs opinions publiques. Les précédents non aboutis et même problématiques de l’Irak et de l’Afghanistan ainsi que l’incertitude quant à l’issue des printemps arabes tant en Tunisie qu’en Égypte ou en Libye ont alimenté les appréhensions et semé le doute en Occident. Le retour sur la scène internationale de la Chine et surtout de la Russie a à nouveau modifié, sinon bouleversé la donne.

La démocratie en Occident donne la parole à la base populaire, alors que les dictatures en Orient s’en remettent à la décision arbitraire et quasi souveraine des dirigeants autoritaires et populistes. L’Occident est partagé entre l’appel des valeurs universelles issues de sa propre expérience historique et les préoccupations immédiates qui lui assurent ses acquis. L’Orient est livré à la soif de pouvoir de ses dirigeants, qui se perçoivent comme des maîtres inamovibles, héréditaires et absolus. Plus de 100000 victimes en moins de trois ans pour un régime dictatorial pèsent moins lourds que la vie de quelques soldats ou otages issus du monde libre. Les présidents démocrates n’ont pas la même marge de manœuvre que les présidents autocrates. Les premiers doivent rendre des comptes et peuvent être sanctionnés, les deuxièmes n’ont de compte à rendre à personne tant qu’ils se maintiennent par tous moyens au pouvoir, au nom d’une élection à vie ou «divine». La violence constitue leur droit même si elle appelle à une violence contraire, à défaut d’effondrement. Faut-il rappeler que la contestation en Syrie a débuté de manière pacifiste et elle a franchi entre-temps, de part et d’autre, les limites de l’intolérable? Près d’un quart de siècle après la chute du mur de Berlin (octobre 1989) et plus d’une décennie après le 11-Septembre (2001), une redistribution des cartes élève à nouveau des frontières culturelles, invisibles et implacables.