Rima Tawil chante, au cœur de Beyrouth, Verdi, les fêtes et la vie…

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Edgar DAVIDIAN | 15/12/2012

Rima Tawil : « Chanter, pour moi, c’est comme respirer. » Photo Michel Sayegh

RENCONTRE Ses deux derniers CD consacrés aux mélodies de Massenet et son dernier concert, récemment à la salle Gaveau à Paris, ont séduit les mélomanes. Rima Tawil, soprano spinto, sera au cœur de Beyrouth pour deux récitals phares*. Rencontre pour des bribes de confidences-vocalises…

Le regard pétillant, avec des lueurs de séduction, entre celui de Salomé et de Thaïs, les cheveux lisses en mèches volubiles et rebelles sur le front et les épaules, Rima Tawil a de l’allure, de la prestance, de l’élégance. Sanglée dans un tailleur veston-pantalon anthracite sur talons aiguilles, elle arbore en toute grâce un foulard style Hermès ramagé qui cache une petite croix en or blanc et brillants au cou. Chaleureuse et souriante, elle manifeste avec vivacité son plaisir de retrouver Beyrouth en période de fêtes. Une ville quittée déjà depuis plus de vingt-sept ans pour mener une carrière de cantatrice internationale à partir de Paris.

À son programme, pour ce séjour de plus de trois semaines, deux concerts dans le cadre de «Beirut Chants Festival». On l’applaudira tout d’abord demain dimanche, 16 décembre, pour ce quinzième maillon musical d’un festival voué à la musique sacrée et profane, à la cathédrale maronite Saint-Georges. Elle sera accompagnée par l’Orchestre philharmonique libanais sous la direction de Manfred Mûssauer, ainsi que des chorales de l’Université antonine et de la NDU sous la houlette des pères Toufic Maatouk et Khalil Rahmé.

«Sous le titre de “Viva Verdi” choisi pour cette soirée, souligne Rima Tawil, il est bon de préciser que le diminutif de cette désignation renvoie au célèbre thème de l’époque, “Vittorio Emanuele Re d’Italia”. Mais on célèbre à travers ce récital non seulement l’année du bicentenaire de la naissance de Verdi, mais aussi le cent cinquantième de la naissance de Mascagni et le cinquantième de la mort de Poulenc. Pour cela, un panaché de partitions groupant des pages du boléro des Vêpres siciliennes, l’ouverture de La forza del Destino et le Va pensiero de Verdi. La mélodie Souvenez-vous Vierge Marie de Massenet ainsi que la divine extase de La Vierge, extrait de Rêve infini toujours de Massenet. Et un Ave Maria, celui de l’intermezzo de Mascagni. Et on saupoudre, pour les fêtes, outre un fervent Credo de Yad Kannaan, avec un bouquet de chants de Noël. En chapelet, respirant la sainte période de la Nativité, les images sonores de O Holy Night, Adeste Fideles et d’autres refrains favoris de la saison…»

Petite pause pour une cantatrice d’une énergie décapante, qui a chanté en plus de dix langues et promu celle de Oumrou’ el-Qaïs dans la prosodie du lyrisme occidental avec son CD Orientarias et ses récitals. Elle en dénombre, non des centaines mais des milliers. Petite pause pour reprendre son souffle.

Rima Tawil, qui rêve d’interpréter Aïda, Tosca et Turandot («Juste pour le plaisir du défi», lâche-t-elle, avec une étincelle coquine dans l’œil), parle avec enthousiasme de son concert du 25 décembre en l’église Saint-Élie à Kantari. Pour ce récital qui clôture le Beirut Chants Festival, elle sera accompagnée de Jeff Cohen au piano et de Carine Balit au violoncelle, tous les deux déjà ses complices dans les sillons de son dernier CD, Je t’aime, une sélection entre 200 opus des mélodies de Massenet.

«J’ai chanté un 31 décembre, mais jamais un 25 décembre, confie avec amusement la diva. Ce sera mon premier tour de chant à Noël. Au menu, un répertoire russe avec la lettre de Tatiana d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski, des mélodies de Rachmaninov (Vocalises), deux Puccini (extraits d’une aria de la Tosca et O mio Babbino caro de Gianni Schicchi), la Valse de Juditha de Frantz Lehar, Tonight de Leonard Bernstein (West Side Story) et un air de circonstance, bien apprécié pour la date et l’heure, le cantique Minuit chrétien. Et pour la partie clavier et violoncelle, la sémillante Rhapsodie hongroise de David Popper…».

Du confetti, des guirlandes, du rouge, du vert, du scintillant et de l’émotion dans ces partitions diffusant un air de fête et de vie.

Cette bousculade festive des notes, Rima Tawil l’exprime en toute douceur et chaleur. Surtout pour Beyrouth. « Même si je suis absente de Beyrouth, je reste près de Beyrouth: j’écoute les nouvelles et je suis en permanence en contact avec mes parents, mes amis. À part les problèmes d’électricité, d’embouteillage, de manque de civisme, Beyrouth est une ville merveilleuse si tout le monde mettait du sien…»

Des projets pour le futur? Certainement. Et un agenda chargé pour l’année nouvelle. De Livourne à Florence, en passant par Pise, la Floride (elle sera l’Amélie de Un bal masqué de Verdi au Miami Lyric Opera), et à Nuremberg elle campera la Melvina du Vampire de Heinrich Maschner….

Pour l’envers de la lyre et du rideau de velours rouge cardinal, Rima Tawil confesse en toute simplicité être un fin cordon bleu. «J’adore cuisiner des pâtes aux rizottos, je n’arrête pas et surtout j’aime recevoir des amis», dit-elle avec un rire enjôleur. Mais revenons, pour conclure, aux nourritures plus intellectuelles. Et chanter alors?

«C’est mon oxygène. Chanter pour moi, c’est comme respirer. Il paraît que je chante même en dormant…»

Sans aller à La Sonnambula de Bellini, mais avec un brin de fantaisie rêveuse, on y pense quand même…

*Demain dimanche à la cathédrale Saint-Georges des maronites et le 25 à Saint-Élie, Kantari.

Source : L’Orient Le Jour