Marcel, Rami et Bachar Khalifé enflamment les Bouffes du Nord à Paris

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Par Zeina SALEH KAYALI | samedi, novembre 24, 2012

C’est dans l’atmosphère surchauffée de cet étrange et mythique théâtre des Bouffes du Nord de Paris que Marcel, Rami et Bachar Khalifé ont offert quatre représentations mêlant les générations et les musiques dans une parfaite symbiose.

Le trio Khalifé en concert. Photo Alexandre Chevillard

Le trio Khalifé en concert. Photo Alexandre Chevillard

C’est devant un public littéralement conquis, placé sur des banquettes touchant presque les artistes, que ces représentations se sont déroulées. On ne présente plus Marcel Khalifé, le chanteur, le compositeur, l’instrumentiste, le militant et, surtout, le chantre de la paix. Ce projet qui le réunit avec ses deux fils, Rami et Bachar, lui tenait particulièrement à cœur, tant pour désamorcer le préjugé du conflit des générations que pour démentir celui de l’opposition entre la tradition et la modernité.

Trois hommes, trois entités musicales spécifiques et pourtant une fusion parfaite. À travers le langage universel de la musique, Marcel, Rami et Bachar dialoguent, s’affrontent, se séparent, se retrouvent, toujours dans le respect et l’écoute du message de l’autre, et sans jamais renoncer à l’identité et l’intégrité artistique de chacun. 

Rami, le pianiste virtuose, animé d’une extraordinaire fougue, passe sans transition et avec un naturel confondant du romantisme le plus doux à la violence la plus débridée, n’hésitant pas à se déchaîner sur son piano, à le martyriser et à en pincer les cordes. Bachar, le percussionniste génial et hiératique, d’une solidité à toute épreuve, structure le délire de son frère, maniant avec une dextérité étonnante la darbouka, la batterie, les cymbales et le tambourin, donnant chaque fois à l’instrument une existence à part entière, sans jamais le cantonner dans le rôle du simple accompagnateur.

Qu’elles soient à l’unisson ou en polyphonie, les voix des trois hommes sont en parfaite homogénéité. Le ténor clair et timbré de Marcel est toujours intact et ses deux fils lui donnent la réplique, régénérant les grands classiques de leur père et proposant à l’auditeur une lecture nouvelle de sa musique intemporelle. Toutefois, à l’instant où

Marcel Khalifé commence à interpréter Oummi (Ma mère), Rami et Bachar se retirent sur la pointe des pieds comme si, pudiquement, ils voulaient laisser leur père seul dans ce moment d’intimité face à sa nostalgie. Mais ils sont bientôt de retour et Jawaz el-Safar (Le passeport) clôt le concert dans un feu d’artifice de sonorités classiques, modernes, jazz, orientales, occidentales, mélange détonnant où, grâce au miracle de la musique, les sentiments les plus contradictoires peuvent s’exprimer sans entrave.

Cette belle dynamique familiale de la trilogie Khalifé nous démontre encore à quel point la créativité libanaise reste vivante toutes générations confondues, et combien elle a encore de beaux jours devant elle.

Source : L’Orient Le Jour