« Lettres du Liban », ou le printemps des auteurs libanais à Paris

Par Zeina SALEH KAYALI | 15/05/2012

Les auteurs posant avec leur éditeur.

Les auteurs posant avec leur éditeur.

ÉDITION La jeune et avant-gardiste maison d’édition Orizons, située en plein cœur du Quartier latin, a organisé autour d’un collectif de prestigieux écrivains libanais une conférence-débat intitulée « Lettres du Liban ». Bahjat Rizk, Jad Hatem, Nicole Hatem et Toufic el-Khoury y dédicaçaient leurs dernières parutions.

Devant un public très nombreux composé d’intellectuels, de journalistes et de personnalités culturelles, parmi lesquelles l’ambassadrice du Liban auprès de l’Unesco Mme Sylvie Fadlallah, le directeur d’Orizons, Daniel Cohen, lui-même écrivain et auteur notamment de Blanche des oublis et d’Eaux dérobées, prend la parole. Il commence par évoquer son propre parcours, les liens avec le Liban remontant à son oncle qui y a servi dans les années 1930 et y a conçu une fascination pour le pays et ses habitants. Puis il raconte sa rencontre essentielle avec Jad Hatem, philosophe libanais, à l’œuvre immense et multiple. Et c’est de cette rencontre que naît l’envie d’en savoir plus sur une littérature vivante venue de l’autre côté de la Méditerranée, et qui le décide à lui ouvrir les portes de sa maison d’édition. Il conclura en disant que « sans les “Lettres du Liban”, il manquerait quelque chose au monde ». 

Les quatre ouvrages sont alors présentés tour à tour. Monologues intérieurs de Bahjat Rizk est constitué de plusieurs textes réunis en une version inédite en un seul volume, autour de thèmes tels que la passion amoureuse, la mort, la guerre du Liban ou la douleur de l’absence. Utilisant la technique du monologue dans le style du nouveau roman dont l’écriture obsessionnelle et circulaire peut aller jusqu’au processus de l’écriture automatique, l’auteur entraîne son lecteur dans une spirale d’introspection totalement envoûtante, faite de sentiments et d’émotions allant jusqu’à l’exaltation. Cette approche novatrice et expérimentale constitue une démarche esthétique, voire une démonstration littéraire.

Barbey d’Aurevilly est le romancier préféré de Jad Hatem. Alors qu’il feuillette « Omnia », cahiers de notes publiés à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, Hatem s’aperçoit que Barbey cite un extrait des Recherches philosophiques sur l’essence de la liberté humaine du philosophe allemand Schelling sans pour autant le nommer. Et cette découverte inspire à Hatem un essai, Barbey d’Aurevilly et Schelling, monographie s’attachant à examiner la portée de l’impact de la lecture de Schelling par Barbey d’Aurevilly. Cet ouvrage résume parfaitement la démarche qui a toujours été celle de Jad Hatem, un philosophe qui, sans cesse, lance des passerelles vers la littérature.

Surabondance, de Nicole Hatem, est un récit initiatique sur la thématique amoureuse et spirituelle. Dans ses carnets, son héroïne Élisabeth s’interroge sur l’expérience exceptionnelle qu’elle vit, sur les dons de l’eau, sur le figuier symbole de fertilité et de Méditerranée. Et Nicole Hatem, avec une grâce frémissante presque surnaturelle et une sensibilité à fleur de peau, fait naviguer le lecteur à travers toutes ces questions existentielles que l’inexorable approche de la mort rend lancinantes.

Toufic el-Khoury est un jeune romancier dont le style sobre et concis fait toute la force. Son roman, Beyrouth pantomime, pourrait se lire comme une Éducation sentimentale au pays du Cèdre.

« Lettres du Liban » montre la diversité de la création littéraire et philosophique libanaise et sa capacité à se renouveler et à explorer de nouveaux espaces de la pensée et de l’écriture. Avec Bahjat Rizk, Jad Hatem, Nicole Hatem et Toufic el-Khoury, la maison d’édition Orizons en présente un riche et précieux florilège.

Source : L’Orient Le Jour