Les femmes ont fait le printemps

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Par Rémi BOYER | 03/02/2012

La marche organisée à Beyrouth jeudi dans le cadre du Forum de la nouvelle femme arabe.

La marche organisée à Beyrouth jeudi dans le cadre du Forum de la nouvelle femme arabe.

CONFÉRENCE Le Forum de la nouvelle femme arabe a consacré sa seconde journée à la place des femmes face à la culture dans la période de transition que vivent actuellement les sociétés arabes. Pour la journaliste Joumana Haddad, « le changement doit débuter au niveau de la confiance que la femme doit avoir en elle-même ». Au-delà, d’après l’écrivaine émiratie Badriah al-Becher, combattre la censure venue de l’extérieur passe par le refus de sa censure propre : « L’expérience de la publication, notamment à l’ère des nouveaux médias, permet de révéler les mensonges. » Cependant, d’un point de vue plus général, et pour les deux sexes, la proximité chronologique semble rendre difficile une réflexion froide et large sur les évènements en cours. Selon le réalisateur égyptien Daoud Abdelsayed, « on peut écrire un poème ou des chansons, mais écrire un roman ou préparer un long film sur la révolution, cela doit être réservé à d’autres générations ».

Finalement, et c’est sans doute le propre des conférences de qualité, ont été énoncées beaucoup plus de questions ouvertes que de réponses fermées, à l’image d’un printemps arabe qui ne semble pas avoir dit son dernier mot, après avoir aura joué les quatre saisons sans entracte. Pour le cinéaste égyptien Khaled Youssef, « les révolutions ne sont pas terminées, elles prennent du temps. Tout comme la révolution française avait duré des années, ce sera la même chose pour la Lybie, l’Égypte ou le Yémen ». Mais il insiste sur le sujet du jour, « les révolutions arabes n’auraient pas eu lieu sans la présence des femmes ». La chanteuse Mariam Ali, égyptienne elle aussi, est du même avis lorsqu’elle raconte son expérience cairote : « Place Tahrir, les femmes étaient en première ligne. » D’ailleurs, des paroles aux actes, les participant(e)s ont rejoint le pavé beyrouthin à la fin des débats.

« Ensemble, ensemble »

Écharpe rose au cou, près de cent cinquante personnes ont parcouru le kilomètre séparant l’hôtel Four Seasons du Grand Sérail. Une courte distance pour exprimer la longue marche de la femme arabe. Les illustres conférencières et intervenants qui ont rythmé le forum se sont alors mêlés aux anonymes pour former une foule joyeuse mais déterminée. Au sein du cortège, de très nombreuses nationalités étaient représentées, dans une liste non exhaustive allant des Émirats à la Lybie, en passant par l’Afghanistan, le Bahreïn ou la Tunisie. Même l’Europe participait à sa manière, car le parvis parisien de l’Institut du monde arabe accueillait simultanément une réunion de solidarité au mouvement.

En effet, comme le dit Zahra, 25 ans, le moment est essentiel : « Le printemps arabe, c’est une chance, une opportunité pour les femmes de pouvoir s’exprimer dans un contexte où elles n’ont pas toujours pu faire entendre leur voix, et défendre non les droits de la femme mais les droits de l’homme : il ne doit pas y avoir de différence de droits entre les sexes. » D’ailleurs, les hommes solidaires étaient certes minoritaires mais bien présents. Fadlallah Hassouna, militant associatif, clame que « c’est en tant que membre de la société civile (qu’il) défend l’avenir et le progrès, en vue d’un changement qui ne peut être que positif dans le monde arabe ». Le cortège contenait même des couples, et l’on ressentait avec les 28 ans de mariage de May et Joseph que le slogan Sawa Sawa (« Ensemble ») résonne mieux à deux. L’« Ensemble » a donc terminé sa route devant le Grand Sérail, où une série de propositions ont été rendues publiques. Là, Mariam Ali a chanté ce que le vent de la place Tahrir lui souffle depuis un an. Comme pour rappeler que si le printemps peut revenir chaque année, il ne se fera jamais sans femmes.

Source : L’Orient Le Jour