Bkerké applaudit au document d’al-Azhar et s’inquiète de la vente de terrains

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Les évêques maronites ont tenu hier leur réunion mensuelle sous la présidence de Mgr Béchara Raï et en présence du cardinal Nasrallah Sfeir. Photo Émile Eid

Les évêques maronites ont tenu hier leur réunion mensuelle sous la présidence de Mgr Béchara Raï et en présence du cardinal Nasrallah Sfeir.

Les évêques maronites ont comparé hier l’État à une carriole tirée par deux forces dans deux sens opposés.

Le Conseil des évêques maronites a tenu hier sa réunion mensuelle sous la présidence du patriarche Béchara Raï, en présence du cardinal Nasrallah Sfeir. Dans le communiqué qu’ils ont fait paraître au terme de leurs délibérations, les prélats ont exprimé « leur appréciation des efforts déployés par l’autorité politique pour régler les dossiers épineux et vitaux », mais ils ont dans le même temps mis en garde contre « le danger de la stagnation officielle qui paralyse le pouvoir et qui est dû aux épreuves de force engagées entre les responsables ». « L’État, ont-ils déploré, est devenu comme une carriole tirée par deux forces dans deux sens opposés ». Selon eux, « c’est cet état de fait qui explique que le gouvernement retarde la prise de décisions au sujet de questions vitales, telles que les nominations, le plan de développement économique et socio-économique, l’électricité et l’eau, alors que la population souffre à cause du chômage et de la pauvreté ».

Fait significatif, voire historique : le communiqué des prélats maronites rend hommage par ailleurs au document publié par al-Azhar, en Égypte, le 10 janvier dernier, concernant « les libertés publiques » dans la région. « Les prélats, souligne le communiqué de Bkerké sur ce plan, ont exprimé leur satisfaction au sujet du docuemnt d’al-Azhar sur les libertés publiques, en date du 10 janvier 2012. Ce document a été publié à l’ombre d’un climat d’expectative et d’inquiétude portant sur l’avenir des libertés dans la région, notamment pour ce qui a trait à la liberté de croyance et la liberté d’expression. Les prélats fondent des espoirs sur une telle orientation qui devrait jouer un rôle essentiel dans l’ensemble de la région, de manière à faire prévaloir la logique de l’ouverture et de l’acceptation de l’autre au détriment de la logique de la marginalisation et du repli sur soi. »

Au plan strictement local, après avoir constaté que le nombre de terrains vendus par des Libanais à des étrangers a diminué l’an dernier, les évêques maronites ont souligné qu’ils s’inquiètent toujours de la persistance du problème de la vente de biens-fonds. « Celui-ci trouve son origine dans la tentation financière et les pressions morales », ont-ils expliqué, avant d’exhorter les grands popriétaires terriens à « ne pas considérer leurs terres comme un bien commercial seulement » et les Libanais en général à « affirmer leur attachement à leurs terres parce qu’elles représentent une garantie pour leur survie et pour l’avenir de leurs enfants, tout en préservant leur identité, leurs traditions et leur dignité ». Dans le même ordre d’idées, les évêques maronites ont invité les personnes aisées à « réaliser des projets de développement dans leurs régions et à aider leurs compatriotes à exploiter leurs terres et à parvenir à l’autosuffisance ».

Sur un autre plan, le Conseil a salué la récente visite à Beyrouth du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et mis l’accent sur l’importance du Forum sur la réforme et la démocratie dans le monde arabe que l’Escwa avait accueilli « dans la mesure où il confirme que le Liban représente, grâce à sa diversité culturelle et religieuse, un modèle de coexistence pour la région, sur base d’une participation démocratique au pouvoir et à l’administration ».

Le communiqué exprime ses craintes quant aux développements qui s’accélèrent dans la région, affirmant redouter qu’ils ne se répercutent sur le Liban. Pour protéger le pays, les évêques ont invité les Libanais à renforcer leur unité ainsi que la souveraineté nationale, avant de plaider pour une neutralité positive « de manière à ce que le Liban soit seulement un État de dialogue religieux et culturel, ouvert sur tous les pays, dans un esprit d’amitié, de coopération et de respect mutuel, et qu’il soit solidaire des causes arabes et internationales dans tout ce qui a trait à la paix, aux droits de l’homme, à la justice et au développement des peuples ».

Source : L’Orient Le Jour