Un jazz d’une autre dimension

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Par Jean-Georges PRINCE | 21/01/2012

Le trio d’un jazz qu’on écoute et qu’on voit à la fois. (Photo Marwan Assaf)

Le trio d’un jazz qu’on écoute et qu’on voit à la fois.

 

MUSIQUE Jeudi soir, l’Assembly Hall de l’AUB a été la scène d’un concert de jazz un peu improbable. Le Kulturzentrum a proposé un trio allemand qui a, le temps d’une soirée, transporté le public.

 

Ce trio de jazz serait à cette musique ce que Lady Gaga serait au look vestimentaire: une version expérimentale. Car le jazz du pianiste Marc Brenken n’est vraiment pas commun. On peut même dire que Marc Brenken lui-même n’est pas vraiment commun. Son trio non plus d’ailleurs. 
Trois énergumènes entrent en scène comme dans un café. Il y a le très grand Marc Brenken (pianiste de profession, donc), le très enveloppé Alex Morsey (contrebasse et tuba, pour que l’instrument fasse la taille de l’instrumentiste) et le très petit Antoine Duijkers (batteur aussi fin que ses baguettes). Les trois arborent des vêtements un peu «bio», à savoir un savant mélange de bobo chic et de bobo tout court, chemise stricte, mais kippa remasterisée sur la tête. Aux dernières nouvelles, le jazz était plus costard-cravate qu’ethnique.

Et la musique suit le concept. On aurait dit trois potes qui s’amusent dans le salon de la maman (ne manquaient d’ailleurs que les petits-fours). La contrebasse aligne le tempo en fond. Le piano suit quand il le sent en tapotant des notes de l’instrument et même en tapotant l’intérieur de l’instrument. Et même en tapotant sur les jambes du pianiste. Et même en tapotant dans ses mains. Le batteur aussi tapote. Mais bon, lui c’est un peu ce qu’on lui demande de faire. Et il le fait très bien, passant d’une baguette à l’autre pour tantôt effleurer les cymbales, tantôt exploser les caisses. Leur musique pourrait être une bande originale de film de Tim Burton ou de Kubrick. Parfois, elle pourrait même accompagner les aventures de Tom and Jerry. C’est dire. Leur jazz a de l’ampleur. Il est là. On l’écoute autant qu’on le voit. Le tuba est immense, le son remplit la salle et fait écho jusque dans nos souvenirs d’enfance. Pour la petite histoire, un des (très, très, très) nombreux chats qui gambadent dans les locaux de l’université s’est même invité dans les coulisses. Le chat miaulait. Le pianiste aussi d’ailleurs, pensant communiquer avec lui dans une 4e dimension. Tom and Jerry, je vous dis.

À la fin du concert, on a comme l’impression de s’être pris une claque en pleine figure. Mais le genre de claque qui vous remet les idées en place (comme les claques des parents qui remettent toujours en place apparemment). Et parfois, l’expérimental a du bon.

Source : L’Orient Le Jour