Lara Fabian, nouvelle victime du terrorisme intellectuel au Liban

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La chanteuse belge Lara Fabian est la nouvelle victime des organisateurs d’une campagne de terrorisme intellectuel en bonne et due forme, qui se sont octroyé souverainement, depuis un certain temps déjà, le droit de lancer eux-mêmes des anathèmes sur des artistes en faisant totalement fi de toute règle de droit, de toute existence d’autorités étatiques. Le droit fondamental de boycotter un artiste ou une œuvre bascule irrémédiablement dans une tout autre catégorie, répréhensible par la loi, lorsqu’il se transforme en campagne de violence morale et de menaces.
La chanteuse belge a donc annulé ses deux concerts au Liban à la suite de cette campagne de militants locaux, l’accusant d’être « pro-israélienne ». 

Dans un message sur sa page officielle sur Facebook, la chanteuse a indiqué qu’elle avait annulé les concerts au Liban, dont un prévu le jour de la Saint-Valentin, en raison de « menaces ».
« Je ne chanterai pas sous les menaces dont je suis victime… Je ne marche pas avec la haine… Je marche avec la tolérance, la générosité et la vérité », peut-on lire sur sa page.
« Ceux qui n’ont pas compris ça et qui ne souhaitent pas ma venue dans votre beau pays où j’ai déjà eu la chance de venir chanter n’ont pas à s’inquiéter… », indique-t-elle encore.
Le groupe Campagne pour boycotter les supporters d’Israël au Liban réclamait de longue date l’annulation des concerts de la chanteuse, prévus les 14 et 15 février au Casino du Liban. Auparavant, il avait réclamé l’annulation du concert d’Armin Van Buuren, lequel n’avait cependant pas cédé aux menaces.
« Nous avons fait des recherches et vérifié quelques faits », indiquait fièrement Samah Idriss, directeur de cette campagne, cité par l’AFP. « Elle a déjà fait tant de choses prouvant qu’elle est impliquée dans le sionisme et qu’elle soutient Israël », a-t-il ajouté. Sans se douter une seconde que dans son « combat sacré » contre Israël, ce n’est point Israël qu’il détruit, mais sans aucun doute le Liban, sa scène culturelle et sa réputation dans le monde.
De son côté, les autorités concernées, à commencer par la Sûreté générale, n’avaient exprimé aucune intention hostile à la venue de Lara Fabian, comme cela avait été le cas pour le comédien et humoriste Gad Elmaleh, il y a quelques années.
Lara Fabian, 42 ans, a certes chanté en hébreu et fait un duo avec un chanteur israélien en 2008 à Paris lors d’un concert marquant le 60e anniversaire de la création de l’État d’Israël. La chanteuse, qui s’est déjà produite au Liban, a également fait des concerts à Tel-Aviv. Mais depuis quand les artistes sont-ils jugés sur leur CV et leurs intentions politiques avant de pouvoir se produire au Liban ? Faut-il arborer un brassard du Hezbollah et un fanion aux couleurs iraniennes – c’est-à-dire embrasser les censeurs sur la bouche – pour pouvoir avoir la paix (artistique) dans ce pays ?
Rappelons que ce qui se produit actuellement avec Lara Fabian s’était déjà produit avec Gad Elmaleh, qui avait annulé ses soirées de représentation au Festival de Beiteddine, et le groupe de rock alternatif Placebo, qui avait échappé, lui, à l’annulation, grâce aux efforts déployés à l’époque par le ministre de l’Intérieur Ziyad Baroud, lequel avait su protéger le concert et garantir aux boycotteurs, sous surveillance policière et à une certaine distance de l’événement, leur pleine liberté d’expression.
Les exemples de censure par voie de fait se multiplient, tantôt pour des motifs politiques (pseudo-empathie avec Israël), raciaux (antisémitisme flagrant avec la prohibition dans des écoles de la capitale d’extraits du Journal d’Anne Frank qui se trouvaient dans des manuels de littérature, ou avec l’élimination du nom de Steven Spielberg des affiches de Tintin tout récemment dans quelques salles de cinéma du pays), ou encore religieux (le cas des sandales de Halloween, en vente chez Big Sale, avec des motifs représentant un cimetière, sur lesquels certains chrétiens ont cru voir une atteinte à leurs croyances, ou l’interdiction de certains groupes populaires ou de rock sur recommandation du Centre catholique d’information ou enfin l’annulation de concerts à la suite de menaces, comme cela s’est produit avec le groupe LMFAO).
Le point commun ? L’absence totale, s’agissant de protection des libertés, de l’État.
Pardon ? Vous avez bien dit « État » ?

M.H.G. Source : L’Orient Le Jour