Le Liban rock and rôle

Non classé

Par Jean-Georges PRINCE | 16/01/2012

Dani Baladi, la nouvelle génération libanaise rock.

Dani Baladi, la nouvelle génération libanaise rock.

MUSIQUE Samedi soir, le Liban a croisé le rock. Pour être plus précis, le Liban a fait du rock. Quatre personnes se sont succédé sur la scène créée pour l’occasion aux Souks de Beirut. Un rock comme on n’en a (vraiment) jamais vu.

Solidere fait aujourd’hui aussi dans l’événementiel. Et puis, pourquoi pas ? Tant que certains sont en train d’offrir l’opportunité aux jeunes talents libanais de s’exprimer. Alors on mobilise les efforts. Les souks deviennent, le temps d’une soirée, la scène d’un concert rock bien de chez nous. The Venue est une salle qui a été aménagée pour l’occasion (ou clairement laissée en état. Mais l’état est très rock justement) : un local vaste, éclairé par des spotlights dirigés dans toutes les directions, lumières indirectes sur des murs en béton armé, en pierre de ciment ou encore des murs de toile qui divisent un espace clairement plus grand encore. Des canapés blancs sont posés ici et là et cassent le rustique du lieu. Les installations électriques pendent aux murs et au plafond. Soit la salle est en chantier, soit le chantier est très bien reproduit. En tout cas, la salle devrait rester ce qu’elle est, ayant pour une fois du caractère.
Un bar. Une scène. Et du rock. Entendons-nous tout de suite ; si vous êtes de ces puristes du genre qui prône le fameux adage sex drugs and rock n’roll, vous serez déçu ou du moins perdu. Perdu car, tout simplement, le rock libanais est un secteur vierge (ou sans trop d’expérience, ce qui expliquerait la perte du premier terme de l’adage). Maryam, Dani Baladi, Zeid and the Wings et Lumi se sont lâchés (mais pas trop) sur des chansons à eux. Applaudissons déjà l’initiative, car ce n’est pas tous les jours qu’on écoutera une jeune fille crier les paroles de sa chanson (qui, si mon arabe est bon, traitait dans ses paroles son ex de plusieurs noms d’oiseaux et pas que…) en grattant sa guitare. Mais c’est de ces contradictions que s’opère le charme de la soirée. Vous ne verrez pas sur MTV Music un chanteur libanais au look un peu « moutreb »’ (à savoir, veste d’une brillance vernie, pantalon plus coupe cigarette que coupe cigare et toujours adepte du gel dans les cheveux), chanter dans la langue de Gebran, sur un fond de batterie, avec le même entrain que Waël Kfoury (chanteur libanais, non rockeur, ascendant dépressif). Mais après tout, on a même dû, à un moment, reprocher à Johnny Hallyday de faire du Elvis. Reprochons à ces jeunes Libanais de faire du n’importe quoi, tant qu’ils le font bien. Ils jouent bien aux rockeurs tout en révolutionnant le genre (ce n’est pas 1789 mais du rock en langue arabe, avec un accent égyptien, c’est presque aussi courageux que de prendre la Bastille).

Mais il y avait quelque chose de vrai ce soir-là dans cette salle. C’est peut-être les projections d’images du Liban de la guerre sur des murs presque détruits, ou alors la présence d’une réelle génération underground qui veut faire du neuf plutôt que de recycler du refroidi. C’est sans doute l’alcool au bar. La musique dans les yeux et la lumière dans les cheveux. Le rock un peu oriental ou l’oriental colonisé. C’était, sans doute, un savant mélange de tout cela. On ne peut pas prédire au rock libanais un futur flamboyant. Mais on peut en tout cas le lui souhaiter.

Source : L’Orient Le Jour