Relance du débat au Liban sur la protection de la femme contre le viol conjugal

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Par Nada MERHI | 13/01/2012

Justice Les responsables libanais ont une drôle de conception du système démocratique dont ils sont fiers et qu’ils vantent tant ! La dernière démonstration « démocratique » remonte à un peu plus d’une semaine, lorsqu’une campagne appelant les membres de la sous-commission parlementaire chargée de réviser le projet de loi pour la protection de la femme contre la violence domestique « à ne pas dénaturer » ledit texte a été interdite sur certaines chaînes télévisées, suite à la pression exercée par certains de ces députés. De plus, les chauffeurs des bus sur lesquels étaient collées des affiches de cette même campagne se sont vu interdire l’accès à la banlieue sud. Ils ont même été brutalisés et menacés, d’après un communiqué de l’ONG Kafa, à l’origine de ce projet de loi et de cette campagne.

Lancée en réaction aux « changements fondamentaux opérés à la version originale du texte de loi, au point de le vider de son sens », la campagne s’adresse nommément aux membres de la sous-commission parlementaire Samir el-Jisr, Nabil Nicolas, Gilberte Zouein, Michel Hélou, Ghassan Moukheiber, Ali Ammar, Imad el-Hout et Chant Chinchinian.

Les raisons de cette pression ne sont pas connues. Il semblerait toutefois que certains de ces députés se sont sentis « victimes d’une violence morale », comme l’a si bien signalé récemment le président de cette commission sous-parlementaire, Samir el-Jisr, interrogé sur le sujet.

« Si des pressions ont été exercées pour interrompre la campagne, ce n’est surtout pas par moi ni par un député de notre bloc parlementaire, mais par les députés de l’autre bord », assure à L’Orient-Le Jour Nabil Nicolas, l’un des membres de la sous-commission. « Personnellement, je ne me suis pas senti visé, bien que je figure au nombre des députés nommés dans la campagne, poursuit-il. Malheureusement, la version originale de ce projet de loi a subi de grandes modifications au point d’être vidée de son sens. Il nous reste encore une ou deux réunions avant de présenter la mouture finale du nouveau texte. Celui-ci n’est pas à la hauteur de nos aspirations, mais je dirais qu’il répondra à 70 % de nos attentes. »

M. Nicolas explique dans ce cadre que trois articles posent un sérieux problème. Les premier et dernier articles en vertu desquels « le projet de loi ne sera plus spécifique à la femme, mais englobera tous les membres de la famille ». Ces deux articles définiront également les instances qui seront appelées à trancher, à savoir les tribunaux religieux, chériés ou civils. En ce qui concerne le deuxième article, il est relatif au « viol conjugal ». « Certaines communautés considèrent qu’on ne peut pas parler de viol au sein de la cellule familiale, mais de droits de l’homme sur la femme avec ou sans consentement », souligne M. Nicolas.

Me Leila Awada, membre de Kafa, affirme pour sa part que « cette campagne n’était pas adressée contre une personne ». Elle constituait un appel à une prise de conscience du fait que le « viol conjugal » est également « un crime ». « Nous ne baisserons pas les bras », insiste-t-elle.

Demain, samedi, l’ONG Nasawiya pour la protection des droits de la femme organise une marche contre la violence sexuelle, sous le slogan « Tout pays qui ne pénalise pas toutes les formes de viol n’est pas digne de confiance ». La marche démarrera à midi du ministère de l’Intérieur et se dirigera vers le siège du Parlement, place de l’Étoile.

Source : olj.com