Poème d’ici – Le ciel meurt-il ?

Pablo Picasso, Femme au miroir, 1959

Fatima al-Ashabi est l’une des rares femmes poètes du Yémen à avoir réussi, lors des années 1970-1980, à se faire une place dans un paysage littéraire presque exclusivement masculin. Depuis, cette littérature féminine progressivement s’affirme et se développe. Les premières publications de Fatima al-Ashabi datent des années 1980. Chercheuse au Centre yéménite de recherches et d’études, elle participe régulièrement à des rencontres de poésie au Yémen et à l’étranger. Son recueil Innaha Fatima (C’est Fatima)a paru à Bagdad en 2000.

Le ciel meurt-il ?

Pardonnez-moi je souffre du tremblement de la proie

entre les crocs du seigneur des forêts

Je saigne comme le crépuscule, pourrais-je commencer

une aube nouvelle pour que s’achève mon drame

(…) Depuis des centaines de siècles je porte sur mon dos

Le poids de ma servitude et je traîne derrière moi les années

Je me vide par des centaines de blessures

que me reste-t-il de mes qualités ?

De mes centaines de blessures s’écoule

tout ce qui me reste de qualités

Où est mon beau visage ? Où est ma jeunesse ?

Le ciel meurt-il dans les regrets ?

Où sont ces rêves ? Où ont-ils disparu ?

Où est ma vérité ? Où est mon âme ?

Ma douleur atteint l’âge de mille siècles

derrière les murs de ces plaintes

Mille remparts et pour un rempart qui s’écroule

un autre apparaît qui limite mes forces

Dans mon isolement, ma solitude et mes chaînes

je n’ai personne de présent ni à venir

Ils m’ont dépouillée de mes qualités et ils ont dit

Les femmes ont été créées pour la décoration

Ils ont oublié que celle qu’ils traitent en faible

est l’auteur de tous ces miracles

Ceux petits en toutes choses qui ne sont grands que dans l’ironie

Les hommes, les hommes qui atteignent les limites de la vanité

Lorsqu’à belles dents ils déchirent les femmes dans leurs assemblées

Pardonnez-moi mais mon oraison est éloquente

et des pleurs gémissent dans les battements de mon coeur

Pardonnez-moi mais je suis amère

face à ces yeux qui plongent dans les failles de l’intimité

(…) Ah si seulement vous pouviez savoir de quel pays

J’étais la reine des reines

Entre un sanglot et son écho me voici

devenue presque une tombe remplie de morts.

Traduit de l’arabe par l’Atelier de traduction de l’Ecole normale supérieure de Paris sous la direction de Houda Ayoub.

Source : L’Orient Littéraire