« Dans l’œil des autres », un ouvrage lancé à Beyrouth, pour cerner l’action de Médecins sans frontières

Par Patricia KHODER | 16/12/2011

Social Le rôle des organisations humanitaires dans la prise de décision politique était au centre d’un débat à l’Université américaine de Beyrouth, à l’occasion d’une conférence organisée conjointement par l’AUB et Médecins sans frontières (MSF).

La conférence organisée à l’AUB sur le thème du rôle des organisations humanitaires dans la prise de décision politique a fourni l’occasion à Médecins sans frontières de lancer son livre Dans l’œil des autres – Perception de l’action humanitaire et de MSF, dirigé par Caroline Abu-Sada, coordinatrice de l’unité de recherches de MSF-Suisse.
Depuis 2010, elle représente l’organisation au sein du Comité directeur du Cerah (Centre d’études et de recherches sur l’action humanitaire) à Genève.
Mme Abu Sada, à l’instar de Ghada Hatim, directrice exécutive de MSF pour le monde arabe, et Bruno Jochum, directeur général de l’organisation internationale, sont venus spécialement au Liban pour l’occasion.
Dans un entretien avec L’Orient-Le Jour, la coordinatrice de l’unité de recherche de MSF-Suisse a expliqué que ce livre a été publié suite à des études sur le terrain effectuées dans une dizaine de pays : les Territoires autonomes palestiniens, la Jordanie, le Kurdistan irakien, le Niger, le Cameroun, le Liberia, le Kenya, l’Ouganda, le Guatemala et le Kirghizistan. Ces études ont touché les patients de MSF, les populations qui vivent à côté des structures mises en place par l’organisation et les collectivités locales.
Née de père palestinien et de mère française, Mme Abu Sada, qui a travaillé dans les Territoires autonomes, note que le but de ce livre est de déterminer comment l’ONG est perçue dans les zones où elle est opérationnelle et d’évaluer ce qui pourrait être fait pour répondre davantage aux besoins des populations qui bénéficient de son aide.
Rappelant que MSF a pour fondements l’impartialité, la neutralité et l’indépendance, elle indique que l’étude a montré que la qualité des soins dispensés par MSF est reconnue et que souvent la population appelle à la mise en application de plusieurs projets dans ce cadre. Cela se produit notamment lorsque MSF intervient dans une zone pour traiter une maladie spécifique.
Elle note également que dans diverses zones du monde, l’indépendance financière de MSF n’est pas véritablement perçue. Beaucoup croient que l’organisation est financée par le gouvernement français, alors qu’au Niger, certains pensaient que son financement provenait de l’Arabie saoudite, car Riyad met en place à travers d’autres associations présentes dans ce pays d’Afrique des projets médicaux gratuits, explique-t-elle.
À la question de savoir quelles sont les réponses recueillies au Moyen-Orient, Mme Abu Sada a souligné que les personnes interrogées ont notamment appelé à plus de transparence concernant le financement des projets de MSF. « Cet effort, de notre côté, a été effectué sur le plan de la communication dans la région », souligne-t-elle.

Les missions dans le monde arabe
De son côté, la directrice exécutive de MSF pour le monde arabe, qui est basée à Abou Dhabi, Ghada Hatim, a passé en revue les projets mis en place dans la région. Dans ce cadre, MSF est présente au Yémen depuis 2007. Depuis le début de la révolution, l’organisation se trouve à Sanaa pour aider les blessés.
Toujours au niveau des révolutions arabes, MSF, qui était présente en Libye avant 2010, a notamment établi une antenne à Benghazi en mars dernier. Mme Hatim met l’accent sur les capacités élevées des médecins libyens. Après les contacts effectués avec les médecins égyptiens, MSF n’a pas trouvé utile de mettre en place un projet au Caire.
Médecins sans frontières n’est pas présente en Syrie, même si l’ONG avait mené une action dans les camps palestiniens de ce pays.
En Jordanie, MSF est opérationnelle, entre autres, à travers un hôpital spécialisé dans la chirurgie plastique maxillo-faciale, destinée notamment aux blessés de guerre irakiens. Le budget annuel de cet établissement s’élève à 9 millions d’euros.
En Palestine, MSF pourvoit une aide psychologique dans ses centres. Elle dispose également d’une unité spécialisée dans la chirurgie de la main
MSF est aussi présente en Irak, au Soudan et au Maghreb où elle s’occupe de réfugiés migrants.
Mme Hatim explique que le travail de MSF se caractérise dans la région par des soins spécifiques dispensés selon les besoins de la population. Souvent, l’ONG effectue des missions ponctuelles dans la zone, et ce notamment à cause des conflits fréquents qui éclatent au Moyen-Orient et qui nécessitent une intervention spécialisée.
Pour sa part, Fabio Forgione, chef de mission de MSF au Liban, a indiqué à L’Orient-Le Jour que l’ONG est présente dans le pays à travers des projets relatifs à la santé mentale dans les camps palestiniens de Beyrouth et de Saïda. Le travail sur ce plan a également commencé dans le Akkar avec les réfugiés syriens, et ce en coopération avec l’association des Makassed. Un nouveau projet relatif notamment aux maladies chroniques et au planning familial sera mis en place prochainement à Tripoli, a-t-il dit.
Ont pris part à la conférence d’hier Mme Abu Sada, M. Jochum, Omar Diwachi, professeur d’anthropologie et de santé publique à l’AUB, et Karim Makdessi, vice-directeur de l’Institut Issam Farès à l’AUB.
Médecins sans frontières, créée en France en 1971 par des médecins et des journalistes, a célébré cette année ses quarante ans.
Pour MSF, le Liban est un pays important. La première mission de l’ONG y a été effectuée en 1976 au tout début de la guerre.
Aujourd’hui, 30 000 personnes travaillent à MSF pour l’exécution de 427 projets à travers le monde. L’organisation traite sept millions de patients et bénéficie de l’aide de cinq millions de donateurs. Son budget s’élève à 813 millions d’euros.

Plus de détails ici : http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100086920

Source : L’Orient Le Jour