Vertiges du sacré

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Par Edgar DAVIDIAN | 05/12/2011

La musique et le verbe transcendés par le oud de Moneim Adwan.Concert Dans le cadre du quatrième Festival de la musique sacrée au centre-ville (qui se déroule jusqu’au 25 décembre), le coup d’envoi a été donné à l’église Saint-Maron, sous le titre de « Vertiges du sacré ».

De la Venise du Seicento aux rives de la Palestine, Orient et Occident se sont croisés à travers un chant et une musique marqués par la ferveur et imbibés d’une grande spiritualité.

Grande affluence à l’église Saint-Maron généreusement illuminée. Devant l’autel, la soprano Maria Cristina Kiehr et le chanteur et oudiste Moneim Adwan. Au milieu, le Concerto Soave composé de Christine Plubeau pour la viole de gambe, Mathias Spaeter à l’archiluth et Jean-Marie Aymes, directeur de l’ensemble, assumant aussi les fonctions de claveciniste et d’organiste.

Pour le public venu applaudir cette prestation au menu peu familier aux mélomanes libanais, des pages de Claudio Monterverdi, Alessandro Piccini, Tarquinio Merula, Claudio Merulo, Giovanni Dominico Rognoni et la déchirante poésie de Mahmoud Darwich qui accompagne les notes d’un oud ici éminemment inspiré.

Promenade impromptue au milieu de la délicatesse des mélodies de Monteverdi à la charnière de la Renaissance et de la musique baroque. De Mantoue à Venise, Monteverdi diffuse cette musique où les épanchements des hommes dans leurs passions ont des résonances émouvantes sans jamais exclure cependant cette part inaliénable qui relie l’être vers Dieu et la rédemption. Part céleste revendiquée avec véhémence par les vivants pour un au-delà toujours mystérieux, toujours apaisant.

D’une passacaille à l’archiluth à une toccata aux orgues en passant par le lamento d’un auteur inconnu, un laudate dominum d’une grande piété, la musique ici n’est pas seulement le reflet des eaux de la Sérénissime, mais aussi reflet des cœurs et des aspirations des hommes. Qui n’ont pas changé depuis des lustres.

Et voilà que le verbe vibrant de Mahmoud Darwich, à travers le chant magnifique et sublime, parfaitement ornemental et oriental de Moneim Adwan, répond à ces partitions échappées aux palais de la Ville des Doges, avec leurs fioritures tout en grâces énamourées, en volutes d’encens et en ferventes prières de chapelets à grains de buis.

Plus proches des mélomanes sont la musique et le verbe transcendés par le oud de Moneim Adwan. Un verbe qui parle de l’état de combat des peuples arabes et d’un rêve qu’on n’a pas fini d’assassiner. Merveilleux sont ces chants d’un ménestrel contemporain venu d’un monde arabe embrasé et qui n’en finit pas d’être déchiré. Des chants qui ont pour titres Acheq min Falestin (Un amoureux venant de Palestine), Aeref (Je sais) – troublante ode d’amour à Jérusalem qui a soulevé une fougueuse ovation – et, pour conclure, Bethléem. Bethléem où les voix des musiciens ont fusionné sous les « alleluias » comme des étoiles qui scintillent…

Source : L’Orient Le Jour