Les voix multiples de l’amour

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Par Edgar DAVIDIAN | 12/12/2011

La soprano Véronique Mercier et le ténor Gian Luca Pasolini, interprétant les mélodies, accompagnés au piano par Elisa Cerri.Concert Sous le titre « Émotions d’opéra », un concert lyrique unique a été donné au Grand Sérail sous l’égide de l’Association Liban-Suisse. Sous les lustres généreusement illuminés, ont résonné arias et duos.

Partitions faisant vivre, en trilles, vocalises, vibratos et quelques rares bravoures vocales, les voies multiples de l’amour à travers des pages de Rossini, Puccini, Donizetti, Gounod et Verdi.

Un concert placé sous le signe de l’amour. Amour partagé ou contrarié, folie de la passion ou emprise des sens, effluves passionnels ou tendresse filiale, épanchement ou rêverie, méditation secrète ou déclaration incendiaire, aveux ou confidences, voilà les voix et les voies de l’amour. Multiples et impénétrables. Ces pages lyriques traduisent, avec une impalpable poésie, en mélodieuses volutes sonores, tous les états d’âme, égarement ou lumière, des cœurs visés par les flèches de Cupidon… Programme accessible et agréable, bien sage que ces arias et duos largement connus, même du public qui ignore tout des nuances du bel canto.

Petite entorse à la ponctualité avec un bon petit quart d’heure de retard sur l’horaire du programme annoncé. Pourtant le Premier ministre Nagib Mikati, d’humeur parfaitement bel cantiste jusqu’à l’entracte ce soir-là, et un aréopage de personnalités politiques sont déjà installés aux loges des premiers rangs.

Arrivée sur scène, à travers l’allée centrale, à tour de rôle, de la pianiste accompagnatrice Elisa Cerri, vêtue de noir, du ténor Gian Luca Pasolini, sanglé dans un costume noir rehaussé d’une queue-de-cheval basse sel et poivre à mi-dos, et de la soprano Véronique Mercier, en robe longue bordeaux satinée, avec décolleté couvert par ses longs cheveux défaits en cascades sur les épaules. Hélas, ce fastidieux défilé, atteinte à la magie et à la sacralité du chant ininterrompu, se répétera tout le long du concert avec une salle qui bourdonne à chaque relais.

Enjoué et pétillant est ce premier air d’ouverture du Barbier de Seville avec ses trilles et vocalises pour les intermittences du cœur. Une Rosine déterminée à tout braver pour l’élu de son cœur.

Plus tendu et larmoyant est le thème de Gianni Schicchi de Puccini. Surtout cet implorant Ô moi Babbino Caro de Lauretta s’adressant à son père.

Suave et caressante est cette furtive larme d’amour d’un homme amoureux chez Donizetti, dont l’élixir de sa musique reste un philtre toujours enivrant, toujours opérant.

Toujours Donizetti et les angoisses de l’amour à travers une Linda di Chamounix fébrilement pressée de rejoindre son amant.

Pour conclure cette première partie de l’opéra-bouffe Don Pasquale de Donizetti, Ernesto et Norina dans un duo d’amour. Quand esprit, imaginaire, corps et verbe flambent.

Petite pause et reprise avec la vie de Bohème avec Puccini. Plus vive et délurée est encore cette mélodie légère, insouciante et débordante de vitalité que cette valse tourbillonnante de Juliette imaginée et conçue par Charles Gounod. L’amante de Vérone au pic de sa joie avant l’inénarrable drame.

De l’inconstance des femmes sur un tempo presque de marche, ample et prenante, avec La donne e mobile du duc dans le Rigoletto de Verdi.

Et, bien sûr, pour finir sur un air d’euphorie (traditionnel n’est-ce pas ?), un verre de vin en main, allons festoyer avec Verdi et les nuits de joie chez La Traviata, cette dévoyée sublime et mythique. Libiamo ne lieti calic reste un hymne merveilleux au plaisir, à la luxure et aux fêtes habitées de rire, d’insouciance, d’espoir fou et de douce perdition…

Applaudissement d’un public si mordu de bel canto et si respectueux des prestations musicales qu’il n’écoute même pas les deux bis accordés par les artistes, mais quitte, avec empressement, la grande salle à coups de vacarme de chaises qu’on déplace sans ménagement… à la hussarde libanaise !

Source : L’Orient Le Jour