Les propos de Raï sur le mariage civil trouvent un écho favorable auprès de la société civile

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Par Suzanne BAAKLINI | 02/12/2011

« Le mariage civil, pas la guerre civile », pouvait-on lire sur l’une des banderoles durant la marche organisée pour réclamer un État laïc le 25 avril 2010 à Beyrouth. Joseph Eid/AFP

L’Église maronite est en faveur du mariage civil pour tous les Libanais. Ces propos du patriarche maronite Béchara Raï, mardi, ont eu l’effet d’un pavé dans la mare. Les associations civiles qui militent pour l’adoption d’une loi sur le statut personnel civil saluent cette prise de position.

Ougarit Younane est une militante de longue date, auteure du texte de loi sur le statut personnel civil qui se trouve actuellement au Parlement. Elle fait aussi partie de ceux qui ont lancé la campagne civile en faveur de cette loi, une campagne qui compte aujourd’hui des dizaines d’associations. Elle qualifie la déclaration de Mgr Raï de « remarquable et audacieuse ». Elle fait remarquer que « la déclaration est parfaitement précise, le patriarche parle de l’amendement de l’article 9 de la Constitution dans sa partie qui confie aux communautés la responsabilité du statut personnel des Libanais ».

Elle ajoute : « Ce n’est pas la première fois que des responsables religieux de plus d’une communauté se prononcent en faveur de cette question. Même durant la guerre, un évêque avait demandé au président de la République de l’époque, Élias Sarkis, de faire adopter une loi sur le statut personnel civil afin de favoriser l’émergence d’une véritable famille libanaise. Mais c’est la première fois qu’un patriarche maronite s’exprime aussi clairement sur la question. Toutefois, il faut qu’il y ait une suite. »

Cette suite, c’est à la société civile, plus précisément la campagne pour l’adoption de la loi, de s’en charger, selon elle. « Nous allons poursuivre le contact avec le patriarche et avec toutes les personnalités qui ont un avis similaire, dit-elle. Nous remarquons que les circonstances paraissent actuellement favorables au débat sur la loi. Un très grand nombre de députés ont signé la pétition et nous ont assuré de leur soutien. »

Comme signe du changement de ton dans le pays, Ougarit Younane parle d’une résistance à l’idée du statut personnel civil qui faiblit. « En 1998, c’est un président de la République, Élias Hraoui, qui avait proposé le projet de loi en Conseil des ministres, rappelle-t-elle. À l’époque, toutes les communautés avaient affiché une même position qui avait fait échouer l’adoption du projet au Parlement. Parallèlement, je me souviens que la moindre action que nous entreprenions soulevait un tollé dans le pays. Aujourd’hui, le texte de loi (au Parlement depuis le 5 mai) est non seulement soumis aux différentes commissions parlementaires concernées, mais aussi aux commissions mixtes. De plus, le président de la République Michel Sleiman, à l’issue d’une réunion avec de jeunes militants de la campagne, a affiché il y a quelque temps une position très favorable au projet de loi. »

Selon la militante, la réalité du nombre substantiel de couples qui se dirigent vers d’autres pays pour contracter un mariage civil provoque un changement progressif et inéluctable dans la société, même si la route est encore longue.

Signalons que les autres communautés chrétiennes et les communautés mahométanes n’ont pas jusqu’à présent réagi aux propos du patriarche maronite. Certains dignitaires religieux, interrogés par L’Orient-Le Jour, ont affirmé ne pas vouloir se prononcer sur la question en réponse à la déclaration de Mgr Raï, mais qu’ils le feront ultérieurement dans le cadre du débat général.