Le pays du Cèdre en direct du Musée océanographique de Monaco

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Par Hélène FRANCE | 02/12/2011

Entourant SAS le prince Albert II de Monaco, Moustapha Solh, consul honoraire du Liban à Monaco, Michel Roger, ministre d’État, Mgr Bernard Barsi, archevêque de Monaco, et Robert Calcagno, directeur général du Musée océanographique.

Célébration Pour la 3e fois, le consulat honoraire du Liban à Monaco a organisé une grande soirée pour célébrer l’indépendance du Liban. Ce sont retrouvées pour cette célébation les personnalités les plus en vue de la principauté et de la Côte d’Azur, mais cette année, la présence de SAS le prince Albert II de Monaco a marqué un tournant significatif dans l’amitié qui unit les deux pays.

Le lieu choisi est parmi les plus anciens et les plus prestigieux. Le Musée océanographique de Monaco, créé par « le prince savant », le trisaïeul du prince Albert II, est un temple dédié à la science des mers et des océans. Quand on connaît l’engagement personnel du souverain régnant dans la préservation de l’environnement, il est clair que la soirée de la fête nationale libanaise ne pouvait avoir lieu nulle part ailleurs. Sous les lambris dorés de la salle de réception du musée, un écran diffuse un diaporama du pays du Cèdre vu d’avion, au fil des quatre saisons. Paysages multiples et hauteur de vue…

Il est 18h30. Les premiers invités commencent à arriver, accueillis par le consul honoraire Moustapha Solh. Nommé depuis 15 ans à la principauté, l’homme ne cesse de s’employer à mobiliser les ressources et les énergies de la diaspora azuréenne, à promouvoir les intérêts de son pays sur le Rocher monégasque, et il s’est naturellement retrouvé au cœur du dispositif du premier voyage officiel du prince Albert II au Liban en janvier dernier. Les photographies de ce séjour composent d’ailleurs une haie d’honneur depuis l‘entrée du musée, affichant ainsi symboliquement les liens étroits unissant les deux États.

Atmosphère chaleureuse et sans réelle ostentation. Les salons se remplissent doucement. Toute la communauté libanaise de Monaco est présente. Les associations qui œuvrent dans la principauté et dans la région au rapprochement des deux cultures sont là. L’association « Les Amis du Liban à Monaco » travaille sur le terrain dans les domaines de la santé et de l’éducation des enfants depuis 2002, en coordination avec diverses ONG, et sa présidente, Mme Bouran Boueiri, a été nommée « ambassadrice de bonne volonté en Europe de l’Ouest » par les Nations unies il y tout juste deux ans.

Le « Club franco-libanais de Nice-Côte d’Azur », le plus ancien de France, toujours en activité, est fort de quelque 400 familles, et son président, le chirurgien Tony Hayek, ponctue l’année de rendez-vous humanitaires, culturels, touristiques ou festifs. Enfin, « l’Association des étudiants franco-libanais » apporte une aide, notamment sous forme de bouses d’études, aux étudiants libanais à la fois défavorisés et méritants, et dont le président, Jacques Stoumpff de Montchamp, vient de publier Sourire d’une vie ou les mémoires d’un homme qui, comme il l’exprime lui-même, attrapa un jour « le virus libanais » !

19 heures, les applaudissements fusent de toutes parts : le prince Albert II fait son entrée, accompagné du ministre d’État Michel Roger… La fête de l’Indépendance du Liban en terre catholique monégasque* peut commencer. Elle s’ouvre par la bénédiction du père Fadi Jandah, vicaire de la paroisse Ste-Dévote (patronne de Monaco) depuis deux ans. L’hymne libanais et l’hymne monégasque se succèdent et se répondent comme pour donner plus de corps au thème de la soirée : les relations libano-monégasques. Elles ont pris un tour nouveau depuis que, répondant à l’invitation du président Michel Sleiman, le prince, accompagné d’une délégation de chefs d’entreprise menée par la Chambre de développement économique, a visité le pays du Cèdre il y a tout juste 10 mois. « On ne peut jamais savoir quels sont les contrats finalisés dans le secteur privé », explique Michel Dotta, président de la CDE, « mais l’indice de satisfaction à la suite du voyage officiel approche les 90 %, ce qui signifie que les rencontres ont été fructueuses… La SBM (Société des bains de mer) a établi des contacts pour un projet de gestion et d’animation au-dessus du Yacht Club de Beyrouth, des accords de partenariat ont été conclus entre Monaco Télécom et Future TV, MTV ainsi que LBCI, Bank Audi s’est installée et se développe depuis la principauté… ».

Dans son discours, Moustapha Solh soulignera, bien au-delà d’une langue, d’une culture et d’une Méditerranée communes, la portée historique du voyage du prince Albert II et les engagements réciproques des deux pays. Un court-métrage sur la visite officielle du souverain viendra d’ailleurs appuyer les paroles du consul. Mais c’est sur l’indépendance du Liban, « œuvre à consolider au quotidien », que l’accent est mis. « Fêter l’indépendance, c’est être convaincu que nous devons promouvoir le rôle de l’État et avoir des hommes d’État déterminés ; dans une région en pleine mutation, caractérisée par l’aspiration légitime de ses populations à recouvrer leurs droits élémentaires, on réalise toute l’importance des valeurs universelles liées à la fête que l’on célèbre. »

La fête de l’Indépendance du Liban en principauté de Monaco s’est terminée tard dans la soirée autour de mezze partagés… une nouvelle page de l’amitié libano-monégasque s’est écrite de bien agréable manière.

* Le catholicisme est religion d’État à Monaco, mais la liberté de culte est garantie par la Constitution.

« La diaspora est l’une des grandes richesses libanaises »

Interview de Moustapha Solh, consul honoraire du Liban à Monaco.

Question – Que représente pour la communauté libanaise de la principauté de Monaco la fête de l’Indépendance du Liban ?

Réponse – La première fête de l’Indépendance du Liban à Monaco a eu lieu en 2006 pendant l’invasion israélienne, et nous avions choisi la thématique de la solidarité, compte tenu des circonstances. Cette année, la thématique est celle des relations libano-monégasques. Elles se sont traduites par la visite officielle du prince souverain à la mi-janvier puis elles se sont prolongées, en principauté, par les Rencontres internationales Monaco/Méditerranée (où le Liban était invité d’honneur), par le colloque autour des Églises d’Orient, par la 2e édition de Monaco Blue Initiative pour les pays concernés par la mer en avril et, récemment, en octobre, par le forum international Peace and Sport. La diaspora est l’une des grandes richesses libanaises par sa force d’intégration et d’influence dans les pays d’accueil. C’est une force qui a toujours aidé le Liban, pendant les années de guerre comme à présent.

Près de 68 années sont passées depuis la déclaration d’indépendance du Liban, beaucoup de pays sont intervenus sur son sol. Comment les Libanais de la diaspora azuréenne vivent-ils cette indépendance, compte tenu des aléas des temps ?

Nous avons une seule date d’indépendance, celle de 1943. Plusieurs forces étrangères ont investi le Liban, mais nous avons toujours su les amener à évacuer le pays. Aujourd’hui, le Liban est libre de toute occupation, de toute présence étrangère. L’indépendance du pays est confirmée par sa démocratie, par une vieille tradition de libre expression, signe d’ouverture d’esprit. Nous sommes libres et indépendants aujourd’hui !

Le Liban a des institutions démocratiques. Quelles pourraient être les conséquences du printemps arabe au Liban ?

Les révolutions sont brutales mais doivent être menées intelligemment. Le printemps arabe, nous sommes tous « pour » et vous ne trouverez personne pour dire le contraire, mais la question fondamentale est la suivante : une fois qu’on se libère d’un régime de dictature, quelle alternative, quel nouveau régime pourraient prendre la place ? Il faut éviter que cela crée une région instable. Il faut éviter que le changement brutal se révèle dangereux pour les minorités qui coexistent dans ces pays. En Irak, beaucoup de chrétiens ont dû quitter le pays. Toutes les confessions doivent exister et coexister au Moyen-Orient parce que ces minorités sont un de ses atouts.

Le peuple syrien exige un changement de régime, mais si la force militaire est employée, il y aura des séquelles, y compris au Liban, car tous les pays du Levant sont liés les uns aux autres. La Constitution et les lois de chaque pays doivent être respectées. Les différentes confessions doivent continuer de cohabiter et la communauté internationale se doit d’être le bon arbitre.

H. F.