Recherche producteurs pour raconter le ‘printemps arabe’

Le « printemps arabe » pourrait-il être le moteur de créativité dans le paysage cinématographique méditerranéen ? Des pages entières de scénarii sont certainement en marche, mais encore faut-il que ces films documentaires puissent être produits. Et c’est là que le bas blesse: A Beyrouth – comme dans d’autres pays de la Méditerranée –les producteurs locaux qui puissent soutenir l’épanouissement du paysage cinématographique local font défaut. Et là intervient le programme européen DOCmed en proposant de développer les capacités des producteurs locaux et de leur trouver des ouvertures hors de leur pays.

Texte par: Antoine Ajoury
Photos par: Nabil Mounzer

BEYROUTH – Samedi soir ordinaire à Beyrouth. Les salles de cinéma de la capitale libanaise sont archicombles. Les centres commerciaux regorgent de jeunes avides de découvrir les derniers films de la saison. Seul bémol dans le paysage cinématographique libanais : une quasi-absence flagrante de films locaux, alors que les productions américaines et européennes envahissent le marché.

Le même constat peut être fait si on regarde les programmations des télévisions arabes : peu de documentaire de création de qualité des pays de la région.

D’où l’intérêt pressant d’un programme comme DOCmed, qui « vise à développer les capacités des producteurs locaux et de leur trouver des ouvertures hors de leur pays, pour que leur travail puisse être connu et reconnu au niveau international », déclare Roula Kobeissi, coordinatrice du programme, à Beyrouth. L’idée de DOCmed est née grâce à trois partenaires : Beirut DC (Liban), Eurodoc (France) et Doc à Tunis (Tunisie), en coopération avec Arte France. Son objectif est clair : former des producteurs de pays arabes du sud de la Méditerranée. Sa cible est facile : essentiellement les projets de documentaires créatifs. D’une durée de 3 ans, (2011 à 2013) Docmed est issue d’un programme européen plus large, Euromed Audiovisuel III, dont le but est de contribuer au développement du secteur cinématographique dans les pays du sud du bassin méditerranéen.

Un manque à combler

En plein coeur de Furn el Chebbak, Beirut DC occupe le rez-de-chaussée d’un ancien immeuble. Avec son petit jardin, son bassin d’eau et ses volets rouges, ses bureaux contrastent avec le brouhaha insupportable de ce quartier populaire de Beyrouth.

L’intérieur est une vraie ruche en ébullition. Lui aussi hyperactif, Jad Abi khalil, responsable de Beirut DC explique : « Nous avons d’excellents projets qui n’aboutissent pas à cause notamment d’une carence de formation des producteurs. Il existe aussi un manque de formation dans la coproduction, alors qu’une grande partie des films se fait aujourd’hui en coproduction avec des pays européens. D’où l’intérêt de DOCmed pour la formation à la coproduction dans le monde arabe et au Liban ».

« On voit souvent le réalisateur porter les deux casquettes de producteur et réalisateur, alors qu’il serait plus efficace que le réalisateur se concentre sur son travail, et qu’on laisse à un producteur professionnel le soin et les moyens de faire son travail ». Pour elle, c’est peut-être une des raisons principales du manque de production cinématographique importante au Liban. De plus, il n’y a pas assez de visibilité pour les films libanais sur le marché local, arabe et international. Le projet DOCmed est donc venu pour combler les besoins du cinéma arabe et libanais en matière de production, afin de trouver des solutions et aider les producteurs à assumer pleinement leurs rôles et fonctions. Dix producteurs ou producteurs/réalisateurs sont choisis chaque année dans le cadre de ce programme cofinancé par l’UE. Les bénéficiaires doivent déjà avoir un projet en développement, mais dont la réalisation n’a pas encore commencé.

Un programme d e formation ‘visionnaire’

Assise confortablement dans un café beyrouthin, entourée de ses collaborateurs, Abir Hashem, travaille à « Solo films » au Liban, une maison de production vieille d’une dizaine d’années.

Elle est la productrice d’ «Asphalte », un documentaire réalisé par Ali Hammoud sur le parcours de chauffeurs de poids lourds, du Liban jusqu’à Dubaï ou au Qatar, en passant par la Syrie et la Jordanie. Selon elle, « l’intérêt majeur d’avoir des financements est l’indépendance que cela procure. Nous n’avons pas ainsi besoin de nous diriger vers une télévision et subir ses conditions, ses orientations idéologiques, ses immixtions dans les travaux du film ».

En présentant sa candidature à DOCmed, elle espérait avoir une chance de suivre un projet de A à Z. « Quand on me demande parfois, je réponds que je suis productrice de A à C ou de C à D », affirme-t-elle dans un éclat de rire. « C’est donc une opportunité énorme pour moi de mieux approfondir les méandres de ce métier en commençant par le financement jusqu’au pitching, en passant par le budget. L’expérience partagée par des professionnels européens est donc d’une grande utilité », ajoute-t-elle. Myriam Sassine, travaille à « Abbout productions », une maison de production créée en 1998. Myriam travaille sur un film réalisé par Carine Doumit, intitulé « Journal d’un dépaysement », un journal intime, sur l’histoire de la réalisatrice et sa relation avec son pays, le Liban. «L’organisation d’un programme de formation pour les producteurs est, en soi, visionnaire. La fonction de producteur de films n’est pas très connue dans les pays du Proche-Orient. Il y a plein de réalisateurs, et pas assez de producteurs », affirme-t-elle. « Le problème du Liban se pose également en Syrie et en Algérie.

Dans certains pays, comme au Maroc, il y a des fonds pour financer les films, mais il n’y a pas assez de savoir-faire pour trouver le financement adéquat pour chaque production », estime, d’autre part, Myriam.

Toujours sur le plan régional, le printemps arabe fut d’une inspiration pour les participants qui étaient très enthousiastes lors de leur première session. « Ils ont pu ainsi partager leurs expériences personnelles et leurs espoirs communs.

Les révoltes arabes étaient, si l’on peut dire, une motivation majeure qui a pesé aussi positivement sur les projets des participants, surtout qu’il s’agit dans notre cas de documentaires », conclut Roula Kobeissi.

Source: ENPI