Violon et piano à parité égale entre sonate, romance et caprice

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Par Edgar DAVIDIAN | 03/11/2011

Deux jeunes musiciens qui ont donné, avec talent, un des meilleurs concerts de cette rentrée.  (Photo Marwan Assaf)

Deux jeunes musiciens qui ont donné, avec talent, un des meilleurs concerts de cette rentrée.

Concert Deux jeunes musiciens haut de gamme ont offert aux mélomanes, à l’église Saint-Joseph (USJ), un concert de musique de chambre où ont résonné, en toute clarté et émotion, des pages de César Fanck, Maurice Ravel, Pablo de Sarasate et Camille Saint-Saëns.

Présentés conjointement par l’Institut culturel italien et l’École de musique des pères antonins, c’est vêtus de noir que les deux jeunes artistes, le violoniste Mario Rahi et le pianiste Fabio Centanni, tous deux de l’académie Saint-Cécile de Rome, sont sortis sous les spots de la nef centrale et les applaudissements de l’auditoire. En premières mesures, la splendide et longue (une vingtaine de minutes) Sonate en la majeur pour violon et piano de César Franck. Œuvre dédiée au violoniste Eugène Ysaye et la plus jouée du répertoire « franckien » : il en existe aujourd’hui plus de 180 interprétations-enregistrements. Quatre mouvements (allegretto, allegro, recitativo – fantasia et allegretto poco mosso) pour traduire toutes les richesses sonores et les subtiles nuances d’un opus justement fêté, mêlant adroitement, au sein de la célèbre phrase cyclique «franckienne», éclats rougeoyants du violon et douceur rêveuse des touches d’ivoire pour des images à la fois drues et évanescentes. Équilibre soutenu des rôles et du dialogue des instruments dont la parité, à parts égales, donne à l’ensemble, par-delà un tempo remarquablement maîtrisé, force et cohésion.

Petite pause et reprise avec un autre opus qui n’a plus besoin d’être présenté. Il s’agit du célèbre Tzigane de Ravel. En ouverture, un solo de violon qui joue à découvert entre vague à l’âme, histoire de l’errance et rêves d’évasion et de liberté. Un archet virtuose et inspiré pour un esprit d’improvisation évoquant et invoquant, en sonorités d’un lyrisme rhapsodique, les randonnées nomades, les tristesses et les joies de ceux qui ont pour pays les terres et le ciel de l’orange bleue… Entre pizzicati sautillants et gémissements profonds venus d’outre-tombe ou par-delà les nuages, avance cette narration aux vibrations intenses… Rejointe par le clavier, qui s’introduit en catimini, la ligne mélodique prend de l’ampleur et le mouvement lent se transforme en cadences rapides et accélérées. Dix minutes d’authentique bravoure, de pur bonheur où la musique, brusquement, est une ligne d’horizon qui touche à l’infini.

Pour prendre le relais, une Romance andalouse de Pablo de Sarasate, prince «paganinien» du violon. Cadences, rythmes, sensualité et certaines arabesques et «espagnoldes» pour cette romance alliant caractère, sinuosité, virtuosité et soupirs d’amour.

Pour conclure, une œuvre non moins célèbre et appréciée des mélomanes du monde entier. Et il s’agit, en l’occurrence, de L’Introduction et rondo caprice en la mineur pour violon et piano de Camille Saint-Saëns, œuvre dédiée justement à Sarasate et créée par le dédicataire en 1867. Délicieux rondo et ensorcelant caprice avec un violon aux caprices aguichants, renversants, qui tire à l’archet ses plus éblouissants arpèges et aux cordes sa plus soyeuse mélodie…

Totale euphorie d’un public sous l’emprise de ce capricieux rondo, aux grâces à la fois éthérées, volatiles et puissantes, qui donne le vertige par ses virages imprévisibles et ses embardées incendiaires.

Salve d’applaudissements pour les deux jeunes musiciens qui ont donné là, avec un talent au-dessus de tout éloge (netteté du son, qualité du toucher, émotion contenue, sens des tempi et heureuse synchronisation ou indépendance), un des meilleurs concerts de cette rentrée.

En bis, le thème du film The Mission de Roland Joffé dont la musique est composée par Ennio Moricone. Et ont défilé, en cette église illuminée et au silence recueilli, les images à la fois radieuses et tourmentées des missionnaires au cœur des forêts d’Amérique du Sud. Avec, en sourdine, cette phrase qui se vrille à la pensée: «L’esprit des morts survit toujours dans la mémoire des vivants»…

Source: L’Orient Le Jour