Bienvenue à Katara, la vallée des cultures

Par Colette KHALAF | 03/11/2011

Nadine Labaki parlant de sa carrière dans « She is Film ».

Nadine Labaki parlant de sa carrière dans « She is Film ».

Cinéma Il y a une grande soif de « savoir » et une grande dose d’humilité à Doha, capitale du Qatar, qui recevait, du 24 au 29 octobre, des célébrités cinématographiques du monde entier sur le tapis rouge déroulé à Katara. En effet, pour sa troisième édition, le village construit avec pour seul objectif de diffuser la culture, voire les cultures, comme l’indique le panneau à l’entrée de Katara, a accueilli un festival éclectique où prédominaient certes les mots démocratie et libertés, mais où le talent était primordialement à l’honneur.

Colette Khalaf – DOHA

C’est avec le film The Lady de Luc Besson que le Doha Tribeca Film Festival a clôturé ses festivités. Une clôture en beauté puisqu’elle évoque toutes ces valeurs morales et humaines qui font d’un homme ordinaire un héros et qui rappelle que le message scénique reste un des plus forts de notre temps car il véhicule aussi le divertissement.

The Lady, qui sera bientôt diffusé à Beyrouth, parle du destin extraordinaire d’Aung San Suu Kyi (Michelle Yeoh), figure politique birmane, prix Nobel de la paix en 1991 et placée en résidence surveillée jusqu’en novembre 2010. Un film authentique et tout en pudeur qui, sous la musique d’Éric Serra, révèle la sensibilité de ce metteur en scène touche-à-tout.

Dans une master class donnée la veille au village culturel de Katara, Luc Besson avait parlé de ce sujet qui l’a habité et qu’il a voulu immédiatement réaliser. Bravant tous les défis (certains activistes ont refusé de révéler leur identité, tout en dévoilant certains faits vécus), Besson s’est attelé à ce biopic dont il a fait un combat pour le futur car, dit-il, « même si Aung San Suu Kyi semble libre, sa liberté n’est encore que factice puisque, si elle traverse les frontières de la Birmanie, elle sera interdite de retour. Il faut donc continuer à se battre pour elle ». « Ce film, poursuit Besson, est donc ma participation à ce combat. »

Le réalisateur français, dont le riche parcours passe par Le Grand Bleu, Nikita, Le Professionnel, ou encore Arthur et les Minimoys, a conclu sa conversation avec le public en parlant de la musique d’Éric Serra qui l’accompagne dans tous ses films « comme un second dialogue » a-t-il dit. Et de poursuivre avant de quitter son audience : « Je suis un rêveur et mes films sont moi. »

Oui, le film n’est que l’expression personnelle du réalisateur et cela le Festival de Doha l’a bien compris en organisant une discussion de femmes du milieu cinématographique : trois réalisatrices : Jasmila Žbanić (On the Path), Yasemin Şamdereli (Almanya – Welcome to Germany), Nadine Labaki (Where Do We Go Now) et une productrice, Nansun Shi (Infernal Affairs, All the Wrong Spies).« She is Film » a été l’occasion pour Nadine Labaki – dont le film a reçu un excellent accueil à Doha puisqu’il a obtenu le prix de la plus grande audience – de défendre sa vision du cinéma qui est pour elle une seconde plateforme de vie et une possibilité de s’exprimer.

Si Where Do We Go Now était projeté hors compétition, le Liban était cependant bien représenté en compétition. Dans la catégorie long-métrage, c’est Jean-Claude Codsi qui défendait les couleurs libanaises en présentant son film, A Man of Honor, où il touchait à un sujet très sensible encore dans le monde arabe, à savoir les crimes d’honneur. Un long-métrage produit par Michel Ghosn et soutenu par un très bon casting (Majdi Machmouchi, Chadi Haddad et Caroline Hatem). « Le film a été tourné entre la Jordanie et le Liban car, a dit Codsi, la Jordanie est le seul pays arabe qui ose en parler. » Si Codsi repart les mains vides (puisque c’est le réalisateur algérien Merzak Allouache qui a été récompensé pour son film de fiction Normal ), il n’empêche qu’il a attiré nombre de spectateurs et journalistes intéressés par ce problème épineux jamais abordé jusqu’à présent.

Quant à la réalisatrice Rania Stephan, elle est repartie avec un prix la récompensant pour son film présenté dans la catégorie documentaire (Rosshdy Zem ayant obtenu le prix du meilleur réalisateur du film fiction Omar m’a tuer. Ce film a eu également un second prix pour son acteur Sami Bouajila). Nommée donc meilleure réalisatrice pour son film Les Trois disparitions de Soad Hosni, Rania Stephan a parlé avec passion de ce projet qui lui a nécessité plus de trois ans de travail. Un montage fabuleux des différents films de l’actrice égyptienne disparue tragiquement qui prennent l’allure d’un parcours de vie.

Après les trophées, le couronnement, le tapis rouge et les applaudissements, reste cette image en tête, indélébile : le travail de toute cette équipe d’organisateurs et de bénévoles pour la bonne marche de ce festival. Katara, le rêve de cheikha Maïssa al-Thani, devenu aujourd’hui réalité.

Source: L’Orient Le Jour