Sous les yeux de la planète

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01/11/2011 – Par Bahjat RIZK

Pendant que Le Monde titre qu’au 31 octobre 2011, l’humanité aura franchi le cap des 7 milliards d’individus, la planète assiste, submergée d’émotions, en direct, à la fin tragique du colonel Kadhafi en Libye et à la finale mondiale de rugby, en Nouvelle-Zélande. Toujours des peuples en quête d’identité nationale et de fierté retrouvée, sur le terrain de la guerre hideuse et sanglante ou sous celui du jeu méritoire et symbolique.

Certes, les deux événements ne sont pas du même ordre ; ils n’en contribuent pas moins tous les deux, par l’ampleur de l’identification mortifère ou génératrice, à nous faire participer, à travers l’image, à des événements qui se déroulent à des milliers de kilomètres mais dans un temps réel et immédiat, et à évacuer momentanément nos pulsions de vie ou de mort, éros et thanatos, nos anges et nos démons.

Bien sûr, nos sociétés tentent de s’organiser vaille que vaille, de rationaliser et de prendre en charge leur destin. Entre la France, où nous assistons à l’intronisation par défaut d’un lauréat socialiste présidentiel en mal de programme, l’Europe, où le couple franco-allemand tente de réguler désespérément la zone euro, les États-Unis, qui n’en finissent pas de se retirer des bourbiers islamiques, la Tunisie, qui plébiscite le parti interdit islamiste Ennahda, la Libye, qui retrouve après la dictature la charia, le Liban, où une société civile tente de faire entendre sa voix parallèlement au système patriarcal communautaire et familial, et la Syrie et l’Iran aux systèmes verrouillés qui tentent d’éviter l’isolement, on ne sait plus si la mondialisation de notre planète nous apportera l’harmonie ou le chaos.

Certes, chacun de ces sujets a besoin de toute une vie pour être débattu en profondeur et analysé de manière dialectique ou unitaire et nous avons de plus en plus de difficulté à élaborer des concepts adaptés et à les faire coïncider avec nos marges d’action de plus en plus réduites, du fait de l’interaction des causes et de l’interdépendance des effets.

Mais malgré la complexité des interférences, les processus existentiels sont toujours identiques ainsi que les dynamiques sociales, mais sur une échelle plus vaste. D’un côté, la quête du pouvoir, le matérialisme, la loi du plus fort et la sélection darwinienne implacable, de l’autre, l’idéalisme, l’humanisme utopique, l’amour du prochain et la défense des plus démunis. Nous sommes entraînés dans la logique de nos actes, qui finissent par nous enfermer et nous obligent à rationaliser a posteriori. Il y a un risque a priori à être en vie. En une semaine, un tyran a été sauvagement lynché, une Coupe du monde arrachée, un lauréat intronisé, un parti politique interdit réhabilité, des faillites d’État conjurées et tellement d’autres événements sous les yeux de la planète.

Plus que jamais, deux modèles économiques, politiques et culturels s’opposent : l’un en Occident, l’autre en Orient, avec chacun ses priorités, ses promesses et ses dangers. Nous faisons l’apprentissage d’une humanité en pleine expansion démographique et en plein bouleversement géographique, sans savoir si nous nous acheminons vers l’universalité ou la fragmentation.