Maalouf : « Être élu est un symbole très important pour le Liban »

L’écrivain franco-libanais Amin Maalouf élu à l’Académie française

24/06/2011

Après deux candidatures, en 2004 puis en 2007, l’écrivain libano-français Amin Maalouf a enfin été élu à l’Académie française hier, jeudi, au fauteuil 29, au premier tour du scrutin, avec 17 voix sur 24, pour succéder à l’anthropologue Lévi-Strauss décédé en 2009.

Après deux candidatures, en 2004 puis en 2007, l’écrivain libano-français Amin Maalouf a enfin été élu à l’Académie française hier, jeudi, au fauteuil 29, au premier tour du scrutin, avec 17 voix sur 24, pour succéder à l’anthropologue Lévi-Strauss décédé en 2009.

Distinction La persévérance a payé. L’écrivain franco-libanais Amin Maalouf a été élu hier, jeudi, au premier tour à l’Académie française pour succéder à Claude Lévi-Strauss, après deux tentatives malheureuses en 2004 et 2007, année où il avait jeté l’éponge avant le vote.

Dans le passé, Victor Hugo avait échoué quatre fois avant d’être admis sous la Coupole.
Prix Goncourt en 1993 pour Le Rocher de Tanios, Amin Maalouf a été élu au fauteuil 29 au premier tour de scrutin, avec 17 voix sur 24 votants, contre trois voix au philosophe Yves Michaud, deux bulletins blancs et deux bulletins blancs marqués d’une croix (signifiant un vote d’opposition), a précisé l’Académie.
Avant Amin Maalouf, à la double culture arabe et française, l’Académie a accueilli en 2006 la romancière algérienne Assia Djebar, première personnalité du Maghreb élue sous la Coupole.
Disparu le 30 octobre 2009, à 101 ans, Claude Lévi-Strauss avait été élu en 1973 au fauteuil d’Henry de Montherlant.
Né le 25 février 1949 à Beyrouth, dans une famille chrétienne dont une des branches maternelles est francophone et vient d’Istanbul, Amin Maalouf a consacré son œuvre au rapprochement des civilisations, s’interrogeant sur les rapports politiques et religieux entretenus par l’Orient et l’Occident.
Journaliste au principal quotidien de Beyrouth an-Nahar, il est contraint à l’exil en France en 1976 alors que son pays est ravagé par la guerre civile.
Ces thèmes de l’exil et de l’identité, lui qui se sent chrétien dans le monde arabe et arabe en Occident, occupent une large place dans ses essais, parmi lesquels Les Identités meurtrières, publié en 1989, ou Le Dérèglement du monde, paru en 2009.
À Paris, il devient journaliste dans un média économique puis rédacteur en chef de la revue Jeune Afrique.
Amin Maalouf publie en 1983 un ouvrage historique Les Croisades vues par les Arabes. Mais c’est son roman Léon l’Africain qui le fait connaître du grand public en 1986. Il décide alors de se consacrer à la littérature et décroche le Goncourt en 1993.
Candidat une première fois Quai Conti en 2004, il n’obtient que dix voix et surtout seize bulletins marqués d’une croix, signe d’un refus catégorique.
En 2007, postulant au fauteuil de Jean-François Revel, il déclare finalement forfait. Son soutien au Manifeste pour une littérature-monde, proclamant la mort de la francophonie, a froissé l’Académie.
Amateur de musique, le romancier écrit aussi des livrets d’opéra, dont le premier, L’Amour de loin, pour la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. Fruit de leur collaboration, un autre, Émilie, a été créé en 2010 à l’opéra de Lyon.
Après l’opéra, la BD : son roman Le Périple de Baldassare (Grasset), un voyage en Orient au temps de Louis XIV paru en 2000, a été adapté en 2011 en bande dessinée par Joël Alessandra, chez Casterman. Deux autres tomes sont attendus.
Prix Prince des Asturies en 2010, Amin Maalouf a aussi présidé le jury du prix Livre Inter cette année.
Les immortels procéderont ces prochains mois à d’autres élections après les décès de la grande helléniste Jacqueline de Romilly, le 19 décembre 2010, à l’âge de 97 ans, et de l’écrivain Jean Dutourd, mort le 18 janvier 2011, à 91 ans.
Depuis octobre 2010, les aspirants à l’habit vert ne doivent pas dépasser 75 ans à la date du dépôt de leur candidature.

Maalouf : « Être élu est un symbole très important pour le Liban »

24/06/2011

Pour l’écrivain Amin Maalouf, être élu à l’Académie française « est un symbole très important pour le Liban », a-t-il confié à l’AFP.

« Je ne suis pas de ceux qui boudent leur plaisir, c’est un grand honneur et un grand bonheur », a ajouté le romancier et essayiste qui vit en France depuis 1976 et succède jeudi à l’anthropologue Claude Lévi-Strauss.

« Mon élection à l’Académie française est un symbole très important pour le Liban, un moment que je vis intensément et qui est reçu dans mon pays d’origine avec la même intensité », a-t-il précisé.

« Le Liban est un élément fondamental de mon identité, mais ma relation avec ce pays se conjugue sur le mode de l’éloignement. Je n’y vais pas très souvent, mais je suis de très près tout ce qui s’y passe et j’y ai beaucoup d’amis », poursuit le prix Goncourt 1993, né à Beyrouth en 1949 dans une famille chrétienne.

« Comme beaucoup de Libanais, j’ai trois langues, l’arabe, le français et l’anglais. Au Liban, je parlais arabe et travaillais en tant que journaliste en arabe. Quand je suis arrivé en France, je suis passé naturellement au français », explique-t-il.

« J’étais alors rarement venu en France, mais j’y avais mes repères culturels. Pour moi, ce n’était pas un pays étranger », assure l’écrivain.

« Souvent le regard de l’autre cherche à vous définir : en Occident, l’autre voit en vous un Arabe et au Moyen-Orient un chrétien. C’est comme ça, et au Liban, nous avons tous une sorte de scanner sociologique », sourit-il.

« Dès que j’ai commencé à me consacrer à la littérature, l’Académie française avait pour moi un sens. Je ne pensais pas alors y entrer, mais cette idée a peu à peu germé », ajoute le nouvel académicien.

Candidat une première fois en 2004, Amin Maalouf n’avait obtenu que dix voix. En 2007, postulant au fauteuil de l’écrivain Jean-François Revel, il avait finalement déclaré forfait avant le vote.

Ces échecs sont « maintenant des péripéties. Cela a été un long chemin, avec des épines et des chutes, mais aujourd’hui, c’est du passé, même si, sur le moment, on est déçu », convient-il.

« À mes yeux, les institutions sont importantes. Je me réfère en cela à Claude Lévi-Strauss qui a été sensible à l’Académie, au sens du rituel dans la vie d’une société, que ce soit en Amazonie ou… Quai Conti », siège de la vénérable institution créée par Richelieu en 1635, dont la fonction première est de veiller au respect de la langue française et de composer le dictionnaire.

« C’est un fauteuil prestigieux, intimidant et stimulant, et je m’en approche avec humilité et une immense joie », conclut Amin Maalouf.

Un immortel qui nous honore

Par Maria CHAKHTOURA | 24/06/2011

Amin Maalouf, un Libanais devenu immortel à l’Académie française. Et c’est le Liban immortel qui triomphe, une fois de plus, par son ouverture sur le monde et la diversité de sa culture. Le pays qui a donné l’alphabet au monde peut-il mourir aussi facilement que le souhaitent ses ennemis et ses détracteurs ? Non, qu’on se le dise ! Et chaque fois il le prouve, comme aujourd’hui, de manière éclatante.

Maalouf, qui a consacré son œuvre au rapprochement des civilisations, au dialogue politique et religieux entre l’Orient et l’Occident, abordant dans tous les sens les concepts d’identité, d’exil, de croisades, de changements du monde et même de francophonie, ne peut appartenir qu’à un « pays message », comme le pape Jean-Paul II a si bien défini le Liban. Maalouf est ce passeur de message, un message qui ne peut ni disparaître ni se liquéfier. Il se transmet de génération en génération, d’institution en institution, de pays en pays. Même rongé aujourd’hui par des maux sans nom, ce Liban donne un signe éclatant de grandeur et de culture de vie contre toute mort annoncée ou imposée.

De son rocher de Aïn el-Abou jusqu’à l’Académie française, que de chemin parcouru, que d’embûches et d’écueils surmontés, et que d’espoirs enfin exaucés.

Merci, Amin Maalouf, pour nous tous. Merci à l’ancien collègue, au compatriote. Merci à l’immortel qui nous honore.

Source: L’Orient Le Jour

One thought on “Maalouf : « Être élu est un symbole très important pour le Liban »

  1. A ce sujet, a propos de membre de l’Académie, ll parait que le célèbre libraire Gégé Collard, qu’on voit à la librairie Griffe Noire, va postuler pour être à l’Academie Française !!!. Je trouve que ça ferait un deuxième élan à la noble institution, foi de Saint Maurien. Vous ne trouvez pas

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