À Zghorta, des chênes centenaires abattus pour aménager un… parking

Par Suzanne BAAKLINI | 20/06/2011

Des chênes abattus et abandonnés au bord de la route.

Des chênes abattus et abandonnés au bord de la route.

Environnement L’aménagement d’un nouveau parking pour l’hôpital as-Saydeh à Zghorta (Nord), au cœur du bois Mar Youssef, enflamme la polémique entre les écologistes et le prêtre de la paroisse.

Des chênes abattus, des excavatrices qui piochent dans la montagne, des espaces verts perdus : l’Association de protection de Jabal Makmel s’élève contre la construction d’un parking destiné à l’hôpital as-Saydeh à Zghorta, qui a causé la destruction d’une partie d’un bois historique, portant le nom de Mar Youssef. Pierre Moawad, président de l’association, dénonce « l’abattage d’une centaine de chênes centenaires depuis un mois et demi », ajoutant qu’un « trou béant a été creusé dans la montagne ». 
Comme le terrain appartient au wakf maronite, la polémique oppose aujourd’hui l’association au prêtre de la paroisse, le père Estephan Frangié. « Je ne comprends pas cette polémique, dit le père Frangié à L’Orient-Le Jour. Ce terrain comportait surtout des herbes sauvages. Je dirais que nous avons dû abattre au maximum 7 à 8 petits chênes d’un mètre de haut, qui n’a vaient pas dix ans d’âge, dans ce qui n’est même pas une forêt. Nous avons surtout dû arracher des oliviers plantés et non sauvages. Le nombre d’arbres abattus avancé par l’association n’a aucun lien avec la réalité. »
M. Moawad réfute ces arguments. « Ce bois est historique, nous l’avons toujours connu ainsi, avec cette appellation, dit-il. Il s’agit, selon nos observations, du dernier espace vert naturel dans la région de Zghorta, où s’épanouit une vraie vie sauvage. Les chênes n’y sont pas du tout récents et la biodiversité y est remarquable bien que peu étudiée. On ne sait pas quelles seront les conséquences de ces actions sur la biodiversité, mais elles seront certainement dévastatrices. »
L’écologiste se demande surtout pourquoi il a été nécessaire de construire un parking aussi grand pour un petit hôpital de province. « L’établissement a un parking, pas énorme certes, mais il a toujours été suffisant pour les patients et leurs familles », dit-il.
Le père Frangié, lui, assure qu’il y avait un réel besoin de parking, confirmant que la superficie déblayée est de mille mètres carrés. Il fait remarquer qu’il s’agit d’un « terrain privé ». N’aurait-on pas pu envisager de construire un parking sans détruire une partie d’un bois, étant donné la rareté des espaces verts dans le pays ? « Avec tout mon respect pour les arbres, je ne peux pas arrêter la construction d’un parking pour épargner quelques chênes qui n’ont que quelques années d’âge », insiste-t-il.

Rapports « timides »
Depuis le début des travaux (toujours en cours selon des témoins), Pierre Moawad a déjà porté plainte auprès du ministère de l’Agriculture et du caïmacam de Zghorta, Imane Rafeï. « Un garde-forestier de l’Office des forêts à Zghorta a été dépêché sur les lieux, précise-t-il. Il a écrit un rappo rt timide dans lequel il estime le nombre de chênes abattus à une dizaine, avouant ne pas connaître le nombre d’autres arbres coupés. Il précise néanmoins à la fin du rapport que le ministère de l’Agriculture interdit l’abattage de chênes. Et puis il y a eu les Forces de sécurité intérieure (FSI) envoyées par la caïmacam. Ils décrivent dans leur rapport le gros trou de dix mètres de profondeur et le ballet de camions transportant du sable. Mais les FSI ne sont pas des experts environnementaux, ils n’ont pas la possibilité de rédiger un rapport scientifique sur la question. Toujours est-il que nos plaintes se fondent sur le fait que les travaux ont été effectués sans aucun permis, ni du ministère de l’Agriculture ni de la Direction générale de l’urbanisme. »
Quoi qu’il en soit, la polémique s’est envenimée entre les deux parties en conflit. « Je crois qu’il y a des mobiles politiques à cette action menée contre l’églis e », estime le père Frangié. Interrogé sur ces mobiles, il dit « ne pas vouloir répondre à ces gens-là ».
Pierre Moawad dément toute dimension politique au problème. « Je ne suis affilié à aucun parti politique et ne m’occupe que d’environnement, dit-il. Malheureusement, c’est le père Frangié qui se croit intouchable parce qu’il est la plus haute instance religieuse de la ville. »
Sur les plans de l’association, Pierre Moawad assure qu’il compte porter plainte auprès du parquet, et organiser un sit-in sur le site. Pourquoi ont-ils tant tardé à organiser ce sit-in alors que les travaux ont commencé depuis un mois et demi ? « Nous avons déjà essayé de le faire, mais les gardes de l’hôpital nous ont coupé la route », répond-il.

Source : L’Orient Le Jour