Un immeuble des années 20 vit ses derniers jours à Achrafieh en dépit de sa valeur architecturale

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13/06/2011

La façade du bâtiment condamné, délabrée mais belle et toujours majestueuse.

La façade du bâtiment condamné, délabrée mais belle et toujours majestueuse.

L’une après l’autre, les anciennes demeures de Beyrouth qui donnent à certains quartiers de la capitale tout leur charme sont en train de tomber sous les coups des bulldozers, dans l’indifférence officielle générale.
Devenu le quartier de prédilection des promoteurs immobiliers, Achrafieh résiste difficilement à l’assaut des tours en béton, qui effacent progressivement son patrimoine architecturale et dénaturent son tissu social. En dépit des promesses faites au niveau officiel, les permis de démolition continuent d’être facilement octroyés, sans évaluation préalable de la valeur architecturale des demeures condamnées.
Tout près du supermarché Spinneys à Achrafieh, une vieille maison de deux étages ne paie pas de mine. Au fil des ans, la façade ocre de ce bâtiment des années 20, couleur caractérisant de nombreuses maisons traditionnelles, a viré au marron noirâtre à cause de la fumée q ui se dégage des pots d’échappement des voitures. Elle se noie dans le vieux décor de la ruelle passante, composée de plusieurs bâtiments du même genre, beaux mais en piteux état, témoins tranquilles de l’histoire du quartier.
Depuis vendredi, cependant, dans le quartier, on ne parle que de ce bâtiment. Les bulldozers ne sont pas encore là, mais les klaxons des voitures couvrent mal le bruit des marteaux qui se déchaînent contre les murs intérieurs. Les vieux volets et portes sont arrachés et servent de balise qui retient la bâche verte couvrant toute la façade. Le processus de démolition a commencé.
Save Beirut Heritage, l’association de jeunes Achrafiotes qui milite pour préserver les quelques maisons anciennes qui restent encore, a alerté les autorités et relancé le ministère de la Culture dès qu’elle a appris que le rapport donné par le comité spécialisé, formé d’architectes et de représentants de la Direction générale des antiquités, en a autorisé la destruction en précisant que « le bâtiment a perdu sa valeur historique », en dépit des voûtes en pierre du rez-de-chaussée. Peine perdue.
Les jeunes militants qui ont pris contact avec la DGA pour tenter de sauver le bâtiment ont eu l’immense surprise de découvrir que les membres du comité n’en avaient pas inspecté l’intérieur et qu’ils ignoraient la présence des voûtes. Une déléguée de cette direction a visité les lieux et reconnu sa valeur architecturale « puisque les voûtes en pierre sont la base de toute maison traditionnelle libanaise ». Mais l’affaire s’est arrêtée là. La décision du comité est restée la même.
Le bâtiment Art déco vit ses derniers jours. Ses voisins ne vont pas tarder à subir le même sort. Le propriétaire d’une chaîne de supermarchés a acquis l’immeuble d’en face, une bâtisse de trois étages avec une magnifique façade, et entend, dit-on, le démoli r pour construire un hypermarché dès que ses démêlés avec les locataires prendront fin.
Source: L’Orient Le Jour