Dans les milieux politiques et populaires, avis contradictoires sur l’absence prolongée de Hariri

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Par Danièle ARAMOUNI GERGÈS | 11/06/2011

Débat Le Premier ministre sortant Saad Hariri a quitté le Liban depuis une cinquantaine de jours. Son absence suscite des spéculations et une amorce de débat sur les raisons de cet auto-éloignement et sur le timing de son retour. Nous avons sondé les divers avis sur le sujet.

Depuis près de 50 jours, le Premier ministre du gouvernement démissionnaire Saad Hariri s’est installé à l’étranger. Son absence prolongée suscite maintes interrogations et divers commentaires aussi bien de la part de ses alliés qu’au niveau de ses détracteurs. Quels sont les facteurs qui expliquent cet éloignement ? Doit-il revenir pour au moins gérer les fonctions administratives de l’État ? Est-il préférable qu’il soit à Beyrouth pour suivre de près les développements régionaux, notamment en Syrie ? Dans une tentative d’apporter des éléments de réponse sur le sujet, L’Orient-Le Jour a sondé les avis des forces politiques et de l’opinion publique.

Dans les milieux chrétiens proches du 14 Mars, les points de vue sont partagés. D’aucuns estiment qu’il doit être à Beyrouth pour suivre l’évolution de la situation et « soutenir le moral des troupes ». D’autres considèrent qu’il aurait été en effet souhaitable qu’il soit là, mais, interrogent-ils, dans le contexte actuel, que viendrait-il faire en fin de compte ? « En tant que président d’un gouvernement démissionnaire, souligne Bahjat, il est préférable qu’il s’éloigne un certain temps, laissant à la nouvelle majorité la latitude d’assumer ses responsabilités. Par ailleurs, il ne lui revient pas de se perdre dans un simple travail de routine administrative. Que viendrait-il donc faire ? »
« Sa présence est indispensable, rétorque Sari. Son absence est absolument injustifiable. Nous avons besoin de son soutien dans ce contexte difficile. »
« Cet abandon est injustifiable, ajoute Melhem. Je ne comprends pas son attitude. »
Dans les milieux druzes les avis sont également partagés. Certains craignent pour la vie de M. Hariri et lui conseillent de rester loin. D’autres s’inscrivent dans la lignée du chef du PSP Walid Joumblatt et insistent sur la nécessité de son retour.
« C’est un homme irresponsable, déclare ce proche du ministre Wi’am Wahhab. Il préfère rester loin tant que ses alliés arabes ne lui ont pas donné le feu vert pour suivre les développements locaux et régionaux. »
Les partisans sunnites de Saad Hariri, eux, disent préférer qu’il reste à l’étranger. D’une part, parce qu’il n’a plus de fonctions incontournables à remplir, et, surtout, parce qu’ils sont convaincus, disent-ils, que sa vie est en danger. « Moi, dit Mohammad, je ne vois pas pourquoi on en fait tout une histoire. Ses fonctions administratives ne justifient pas à elles seules le fait qu’il revienne, d’autant qu’il va être amené à se prononcer sur les développements locaux, mais surtout régionaux et précisément en Syrie. Or, dans le contexte actuel, les choses ne se sont pas suffisamment décantées pour qu’il puisse le faire. »
Mohammad, lui, est certain que le chef du gouvernement démissionnaire est menacé. « La vie du président Hariri est en danger, assène-il avec véhémence. Le régime syrien actuel va essayer de faire le plus de dégâts possibles avant de sombrer. D’ailleurs, il n’hésite pas à accuser le Courant du futur et son chef d’alimenter les révolutionnaires en armes et munitions. Il vaut mieux donc qu’il reste loin dans le contexte actuel. »
Rares sont ceux qui souhaitent qu’il revienne même si, précisent-ils, sa présence leur manque, et leur moral vacille parfois en le sachant loin.Les milieux du 8 Mars
Les avis sont totalement différents dans les milieux aounistes et ceux du mouvement Amal et du Hezbollah. Les partisans de ces mouvements ironisent sur l’absence de M. Hariri qui ne les surprend pas, disent-ils à l’unisson. « Son absence n’est pas étonnante, commente Élie. Il a toujours été un homme irresponsable. »
Ali, lui, déclare que « Saad Hariri veut le beurre et l’argent du beurre ». « Il veut accaparer le pouvoir et ne pas assumer en contrepartie les responsabilités qui lui incombent, souligne-t-il. Son mutisme est étonnant. On dirait qu’il n’a pas reçu de feu vert de ses alliés arabes et étrangers pour se manifester ».
« M. Hariri croit, estime Hassan, qu’un jour viendra où il débarquera au Liban en héros. Il attend donc la chute du régime syrien pour revenir. D’ici là, il préfère garder profil bas, n’hésitant pas à abandonner le pays et ses partisans et alliés. »

L’avis des forces politiques
Les sources du Courant du futur soulignent que le Premier ministre sortant n’aurait pas obtenu les assurances nécessaires de la part des autorités sur le plan sécuritaire. Se sentant en danger, il préfère rester loin du pays. D’autres sources estiment que tant que l’Arabie saoudite ne s’est pas prononcée de façon franche et claire sur les événements en Syrie, lui préfère s’abstenir de le faire pour ne pas indisposer son allié.
Pour sonder l’avis des Forces libanaises sur ce sujet, nous avons contacté plusieurs députés et le responsable de la communication du parti, Hani Safi. Tous nous ont donné la même réponse : « Nous n’avons pas de commentaires à faire sur ce sujet. »
Idem pour les députés du mouvement Amal et du Hezbollah. Motus et bouche cousue. « Nous n’avons rien à dire là-dessus, répondent-ils. »
Nous ne sommes pas parvenus à joindre les responsables politiques proches de M. Joumblatt. Mais le chef du PSP a lui-même dénoncé « l’absence injustifiée » de M. Hariri lors d’une récente interview.
Le ministre Élie Marouni estime de son côté qu’il est certainement préférable que M. Hariri soit au Liban. « Nous respectons les considérations d’ordre sécuritaire qui le tiennent éloigné, souligne le député Kataëb. Mais nous préférons qu’il soit présent parmi nous durant cette phase délicate. Qu’il s’installe au palais gouvernemental, assume ses responsabilités et qu’il soutienne le moral de ses proches, partisans et alliés. »
Pour sa part, le député Ibrahim Kanaan considère que cette absence ne mérite même pas de commentaire. Face à notre insistance, le député aouniste se contente de dire que « dans les circonstances exceptionnelles que traversent le pays et la région, son absence est totalement injustifiée. Il doit être au Liban, d’autant plus que c’est toujours lui le Premier ministre en exercice tant qu’un nouveau gouvernement n’a pas été formé ».

Source: L’Orient Le Jour