Sur les pavés, les fleurs, avec Green the Grey

Par Ariane LECOINTRE | 09/06/2011

On fait semblant dans l’espoir de pouvoir un jour manger sur l’herbe à Beyrouth.

On fait semblant dans l’espoir de pouvoir un jour manger sur l’herbe à Beyrouth.

Environnement Le collectif Green the Grey (« Mettez du vert dans la grisaille ») milite depuis un an pour réclamer l’ouverture de parcs et de jardins à Beyrouth et ne manque pas d’idées pour se faire entendre.

Elles sont trois jeunes filles entre 25 et 28 ans. Dima Boulad, Rama Boukarim et Nadine Feghaly se sont réunies il y a un an afin de militer pour l’ouverture d’espaces verts à Beyrouth. Connu sous le nom de Green the Grey, le collectif multiplie les actions originales pour faire réagir le public « et montrer aux gens que c’est essentiel » qu’une ville ait des parcs. Pourtant, aucune de ces jeunes filles ne travaille dans le milieu de l’écologie. Dima est animatrice, Rama œuvre dans une ONG et Nadine est illustratrice. Pour Dima, ce collectif part d’un constat : « J’ai vécu trois ans à Paris. C’est en revenant au Liban que j’ai compris combien les espaces verts manquaient, étaient mal entretenus. Avant, je n’étais pas sensible au problème. Quand j’étais en France, j’allais souvent au champ de Mars ou aux buttes Chaumont avec un livre, mon déjeuner… On n’a pas ce privilège, ici. D’ailleurs, ce n’est pas un privilège, c’est un droit. » Dima explique les revendications du collectif : « Nous demandons que les parcs fermés soient ouverts, que les parcs soient mieux entretenus et que de nouveaux jardins soient créés. » Par le biais d’événements originaux, Green the Grey interpelle.
Samedi dernier, un jardin éphémère de 100m² a donc investi la grisaille de la place Sassine entre 16h30 et 19h30. Les géraniums ont poussé au pied des lampadaires, près de 300 personnes de tous les âges se sont installés sur les carrés d’herbe fraîche, certaines ont même enlevé leurs chaussures. Un ukulélé, des corbeilles de fruits, une limonade fraîche et les voici transportés loin de Beyrouth. Le collectif Green the Grey a réussi à faire voyager pendant 3 heures les Beyrouthins fatigués de la ville. « L’année dernière, nous avions déjà fait un jardin naturel, mais il était plus petit », précise Dima.
Les personnes installées sur l’herbe s’accordent toutes à dire que la capitale libanaise « manque de verdure ». C’est le cas de Lucas, un Suédois qui vit à Beyrouth depuis quelques mois. « Dans mon pays, je vais dans les jardins publics tous les jours pour lire, retrouver des amis… Je trouve que Beyrouth est une belle ville, mais elle manque de verdure ! »Le succès du vert
L’événement rencontre un véritable succès, en quelques minutes, le jardin éphémère est pris d’assaut. Dans leurs voitures, les conducteurs s’interrogent et hèlent les passants : « Savez-vous ce qui se passe ici ? » Lorsqu’on leur explique que Green the Grey réclame des parcs et des jardins, ils s’exclament : « Ces personnes ont bien raison, on a besoin d’herbe et d’arbres à Beyrouth. On en a assez des immeubles ! » Mohammad Ayoub, qui milite pour l’ouverture de Horch Beirut, un parc fermé depuis 20 ans, s’emporte : « Comment fait-on pour se retrouver entre amis ? Nous n’avons d’autre choix que les cafés et restaurants, et ça coûte cher. Sans parler des familles, les enfants ne peuvent pas jouer tranquillement au ballon, par exemple. Le jardin est un lieu de convivialité. » La preuve, la convivialité du petit jardin de la place Sassine n’est pas feinte. Entre jeux de cartes, discussions et musique, l’ambiance est sympathique et calme.
Vers 17 h 30, un plateau de verres de limonade et des mana’ich circulent entre les amateurs de jardin, offerts par des boutiques de restauration qui soutiennent le projet et participent à leur manière. Rahib, employé chez Semson, raconte que son « manager voulait à tout prix appuyer l’événement. C’est vrai que nous souhaitons voir plus d’espaces verts à Beyrouth. Depuis ce matin on a pressé des tas de citrons. Nous voulions faire une surprise à tous ces gens ! » Malgré un petit budget, Dima, Rana et Nadine ont réussi à diffuser l’information et mobiliser le public. Dima justifie cette réussite : « Nous sommes passées par Twitter et Facebook, nous avons mobilisé nos réseaux d’amis… Et je vois que ça fonctionne, c’est formidable ! » L’association Green Line a aussi apporté sa contribution, puisqu’elle a fourni et installé l’herbe.
Pour marquer le coup, une pétition circule de main en main pour rappeler qu’après cet événement, les choses sérieuses vont commencer. « Nous ne voulions pas être affiliés à un parti ou à une organisation, c’est pourquoi notre action est complètement libre. Mais nous allons bientôt nous adresser à des personnalités publiques et à des responsables pour faire avancer notre projet. Après un événement comme celui-ci, nous nous sentons soutenus ! »

Source: L’Orient Le Jour