Le site de Saydet el-Hosn, à Ehden, serait-il menacé ?

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Par Jihane FARHAT | 08/06/2011

Un sit-in symbolique a été organisé pour pousser les promoteurs du projet à y renoncer.

Un sit-in symbolique a été organisé pour pousser les promoteurs du projet à y renoncer.

Patrimoine L’affaire a pris de l’ampleur. Facebook s’en mêle désormais. Bâtie sur une colline surplombant Ehden, l’église Saydet el-Hosn, qui remonte au IXe siècle, est « menacée ».

Construit sous la forme d’une étoile sur les ruines d’un château croisé, le sanctuaire pourrait se voir flanqué d’un centre pastoral qui, accusent les adversaires du projet, ne serait qu’un camouflage pour un complexe hôtelier à vocation commerciale.
L’annonce du projet de construction du complexe a soulevé un tollé parmi les habitants de la région, profondément divisés sur l’opportunité du projet, dont le promoteur est la Fondation Fayez Mouawad. Ceux qui ont pris connaissance des plans assurent qu’ils prévoient une immense cuisine de 600 m2, des dortoirs (300m2), un restaurant, des salles de conférences et un grand parking. « L’architecte, Raoul Verney, qui l’a conçu, aurait à son actif des chalets à Faraya Mzaar, ainsi que deux centres commerciaux à Tripoli et Jdeidé », affirme Antoine Abi Zeid, un des organisateurs de la campagne hostile au projet.
« Le comité du wakf sur lequel doit être construit le centre est favorable au projet », affirme Paul Makarem, membre du conseil municipal de Zghorta-Ehden. Il rappelle qu’il y a 22 ans, la fondation avait entrepris, au voisinage de l’ancienne église, la construction d’une nouvelle église assortie d’un salon pour servir de réception aux mariages et aux enterrements. Le nouveau projet se présente comme un prolongement du premier.
Pour Makarem, on peut parler, au sujet du projet, de « tourisme religieux » . « Il ne faut pas oublier, précise-t-il, que le projet est le fruit d’un investissement de plusieurs millions de dollars. Il est conçu pour développer l’économie du village. »
Le plan du projet avait été initialement présenté à la commission sacerdotale de Zghorta, coiffée de l’évêque, qui l’a accepté.
« Ce sont des membres du clergé qui ont demandé la réalisation de ce projet. Plusieurs plans ont été proposés et tous ont été appréciés. Pourquoi s’opposer à un projet de tourisme religieux lorsqu’il rejoint, par exemple, l’idée du centre Bethania à Harissa ? », ajoute Makarem.Double jeu ?
Mais les sceptiques n’en démordent pas. L’un des membres de la commission sacerdotale, qui souhaite garder l’anonymat, assure que, par le passé, quand la Fondation Mouawad avait construit la nouvelle église, des changements avaient été introduits, en cours de route, au projet initial approuvé par la commission. Il craint que ce scénario ne se répète.
Selon les opposants au projet, la Fondation Mouawad cache son jeu. Elle prétend, en apparence, faire acte de bienfaisance, pour offrir aux moins nantis la possibilité de célébrer un mariage décent. Mais, en réalité, ce projet est destiné à accueillir de grands mariages et à tirer profit des familles riches du Liban-Nord.
« En outre, ajoute Antoine Abi Zeid, le projet provoquera une pollution sonore et visuelle, sans parler de la nature qui sera fortement endommagée par la construction d’un tel édifice. »
Déjà cité, le prêtre hostile au projet s’interroge par ailleurs : « À quoi peut servir un projet de plus de 12 millions de dollars sur la montagne, près de la Vierge ? Est-il une priorité pour la paroisse ? Le site est un lieu de culte, de recueillement, un lieu sacré, pourquoi ne chercherait-on pas un autre lieu pour le projet ? »
Beaucoup de jeunes de Zghorta-Ehden, qui vont se ressourcer sur les lieux, lui donnent raison. Ils refusent que leur sanctuaire soit défiguré ou profané. « L’emplacement de la Vierge sur le mont ainsi que la nature luxuriante qui l’entoure sont irremplaçables », assurent-ils. Pour eux, l’ancienne église et son site naturel doivent être préservés tels quels. « Le sanctuaire a la même importance symbolique que la statue de Youssef Beik Karam, au centre d’Ehden », affirment ces jeunes.
Depuis que la nouvelle du projet est connue, les actes de vandalisme se sont répétés sur la tombe de Fayez Mouawad, proche de la nouvelle église qu’il a construite. On est même allé jusqu’à décapiter sa statue… Face à ces débordements et comportements diffamants, le patriarche Raï a prié les activistes de se calmer. Lors de sa récente visite pastorale, le patriarche ne s’est pas prononcé sur ce sujet.
Une pétition contre le projet Mouawad a été signée. Pour les adversaires du projet, le bâtiment profane la sacralité des lieux et du site. Les promoteurs, eux, n’ont en tête que les services spirituels que le centre pastoral peut rendre. Mais le mot de la fin n’a toujours pas été dit.

Source: L’Orient Le Jour