L’épopée de la montagne de déchets de Saïda

04/06/2011 – George SABAT

J’ai reçu l’autre jour un message d’une ONG de Saïda citant le compte-rendu d’une réunion qui venait de se tenir entre le nouveau maire de la ville et ceux de la plupart des municipalités de la région. Le sujet de cette rencontre portait sur le problème du ramassage, de l’entreposage et du traitement des déchets domestiques qui, depuis plus de vingt ans, empoisonne la région, au sens propre comme au sens figuré du mot.

Ce problème, comme beaucoup d’autres au Liban, est touffu et complexe.

Selon le rapport, il semblerait que la plupart des municipalités de la région se seraient finalement entendues pour confier leurs déchets à une usine de traitement construite en 2003 mais qui, mystérieusement, à ce jour n’a jamais fonctionné. Le prix convenu avec l’État variait à l’époque entre 28$ et 40$ la tonne. Le propriétaire considère qu’il devrait être bien supérieur à l’heure actuelle. Cependant, il semblerait qu’un accord à ce sujet soit déjà intervenu entre les parties. Espérons-le.

D’autre part, il a été convenu que les frais de traitement des déchets seraient pris en charge par l’État. Celui-ci en déduirait le montant (environ quarante pour cent) des sommes que l’État est censé verser annuellement à titre d’aide aux municipalités.

Quoique un petit nombre de municipalités de la région aient refusé d’assister à cette réunion, il semblerait en définitive que le problème soit en grande partie réglé.

Cependant, beaucoup de zones d’ombre subsistent dans cette malodorante affaire. En voici quelques-unes.

– Quel est le volume de déchets que l’usine peut traiter par jour ? Est-il suffisant pour répondre aux besoins de la région tout entière ? Sinon, que devrait-on faire ?

– Quand est-ce que l’usine pourra commencer à opérer et comment résoudra-t-on le problème entre-temps ?

– Les municipalités de la région vont-elles tenter de convaincre les résidents de trier leurs déchets à domicile afin de faciliter le travail de l’usine de traitement et d’augmenter sa productivité ?

– Si ce projet d’usine est efficace, qu’attend-on pour le généraliser à travers tout le Liban ?

– Comment se fait-il que le coût de l’usine soit passé de 20 millions à 40 millions de dollars en huit ans ? La question se poserait surtout au cas où l’État voudrait construire d’autres usines semblables au Liban, ou même s’il devait faire appel au partenariat privé (PPP). Dans les deux cas, le prix de revient de transformation d’une tonne de déchets devrait faire l’objet d’une étude approfondie. Celle-ci devrait-elle être entreprise par le ministère de l’Environnement ou par celui de l’Intérieur et des Municipalités, étant entendu que ce dernier est chargé de régler la facture ?

– Que va-t-il advenir de la montagne de déchets et du terrain sur lequel ils se sont accumulés au fil des ans ?

Quelles seront les conséquences écologiques de ce désastre ?

– Quel est le rôle du ministère de l’Environnement dans cette affaire ? Le traitement et la disposition des déchets solides font-ils partie de ses attributions ? Dans l’affirmative, a-t-il établi un plan général pour traiter ce problème sur tout le territoire libanais ?

Espérons que l’État s’emploiera consciencieusement à appliquer à l’avenir les principes de transparence, de planification et de participation que nous réclamons depuis si longtemps.

George SABAT