Le Crazy Horse au Casino du Liban, spectaculaire !

Par Carla Henoud | 06/06/2011

Yasna, Volta et Dolly dans les rues de Beyrouth. Photo Vinnie Volkerijk

Yasna, Volta et Dolly dans les rues de Beyrouth.

Spectacle Elles ont fait une apparition brève et remarquée, telles des étoiles filantes dans la nuit beyrouthine, pour présenter leur spectacle « Forever Crazy » qui aura lieu au Casino du Liban du 7 au 19 juin*. Les danseuses du Crazy Horse, avec une grâce intelligente, entrouvrent les rideaux de l’un des plus beaux cabarets du monde.

Drapées dans une robe noire identique, le dos nu dévoilant une cambrure parfaite, juchées sur d’immenses talons qui leur donnent des ailes, un sourire lumineux, Yasna, Volta et Dolly ont l’air de fausses jumelles. Les copies pas conformes d’un tableau homogène. Ce soir, c’est en « tenue de ville », leur tenue de scène étant bien plus « légère », qu’elles se confient, décrivant leur bonheur d’être sur scène, « un rêve de jeune fille », dans un spectacle techniquement parfait. Elles parlent aussi de cette grande famille de danseuses qui accordent leur talent et leur caractère au même diapason. De leur première émotion et de cette parenthèse de vie, une école, qu’on referme un jour avec de magnifiques souvenirs. Bref du mythique Crazy Horse de Paris, créé en 1951.
Yasna Snigoura, Volta Reine et Dolly Doll font partie des dix jeunes femmes aux pseudos aussi drôles, qui vont caresser les planches du Casino du Liban et le regard des spectateurs attendus pour cet évènement. Première tournée mondiale de la troupe et première escale dans un pays « arabe ». Le Liban étant, bien évidemment, l’arrêt idéal, au même titre que Genève, Moscou, Athènes, la Belgique, l’Autriche et l’Espagne.
« Forever Crazy », en hommage à son fondateur Alain Bernardin disparu en 1994, est un « best off » des plus beaux tableaux du Crazy Horse. Certains « classiques » et d’autres, plus modernes, créés par le célèbre chorégraphe, directeur artistique et maître de la lumière Philippe Decouflé. Quatre-vingt-dix minutes d’enchantement durant lesquelles, comme toujours, la femme est le sujet, l’âme et le corps du spectacle. Sublimes et sublimées, libérées sans jamais frôler le vulgaire, habillées de lumière, les danseuses évoluent dans des tableaux éblouissants et sensuels, et une impressionnante chorégraphie d’ensemble.

Une troupe cosmopolite
Venues des quatre coins du monde, Cal In’Ka, Fiamma Rosa, Hannah Shashanah, Liv Menot, Shiny Sha-do, Rosa Chicago et Yafa Yemalla, qui font partie du spectacle « Forever Crazy », remplissent, comme toutes celles qui les ont précédées et celles qui suivront, les critères esthétiques suivants : taille entre 1 m 68 et 1 m 75, longueur de jambe requise par rapport au buste : 1/3-2/3. Distance entre les deux pointes des seins : 21 cm. Distance entre le nombril et le pubis : 13 cm. Une formation en danse classique et un talent d’actrice. Elles ont toutes vécu le calvaire du casting, 500 candidates par an, où elles ont deux petites minutes pour se prouver et prouver qu’elles peuvent faire partie de ce club fermé. Une vingtaine sont retenues chaque année.
Volta raconte : « C’est un moment effrayant. Seule sur cette scène mythique, on ne sait pas qui est dans la salle avant que le rideau ne s’ouvre. On improvise en donnant tout et en essayant de montrer notre personnalité. » Pour pouvoir maintenir la cadence, les danseuses mènent une vie saine, sans plus de contraintes. Leurs vies personnelles se portent bien. Elles s’entraînent tous les jours et dansent cinq fois par semaine. « Il nous arrive également de « nettoyer » un peu le show, de modifier les solos ou encore de revoir un numéro en rectifiant certains détails pour
que tout soit parfait… » Fatiguées ? Pas vraiment. Ces dames ont le visage et le corps épanouis. Elles le confirment : « Le Crazy est notre deuxième maison. On se connaît toutes par cœur et on cohabite parfaitement. » Exit la jalousie et les conflits, « il n’y a pas de meneuse, souligne Dolly. Chaque danseuse a son solo et nous sommes toutes fondues dans un ensemble. »

Fiche technique
Le Crazy Horse de Paris, qui porte ce nom en hommage à un chef amérindien éponyme, célèbre sa soixantième année. Actuellement dirigé par Andrée Deissenberg – en 2005, la famille Bernardin a décidé de vendre ses parts -, il demeure un lieu de légende avec des chiffres éloquents : plus de 10 millions de spectateurs, 650 danseuses qui sont montées sur scène en 60 ans, 45 danseuses à Paris, une semaine pour fabriquer un costume, six paires de chaussures par danseuse faites sur mesure, 65 costumes de scène par soir, 120 accessoires, 2 500 paires de bas, 500 litres de maquillage de corps et 300 rouges à lèvres spécialement fabriqués dans le ton « Rouge crazy ». Dita Von Teese, Arielle Dombasle, Pamela Anderson, Carmen Electra et Clotilde Courau en ont tour à tour été les invitées d’honneur. Pas étonnant qu’il tienne si bien la route. John F. Kennedy, Elvis Presley, Salvador Dali, qui a dessiné le fameux canapé en forme de lèvres utilisé dans le tableau « Leçon d’érotisme », et Elizabeth Taylor ont été fous du Crazy. Jean-Paul Gauthier, Sting, Madonna, Pedro Almodovar, Beyonce, Steven Spielberg, Albert de Monaco, Christina Aguilera ou encore Woody Allen, qui y a tourné What’s new Pussycat ?, le sont également.
Y a-t-il une vie après le Crazy ? « Nous ne savons pas combien de temps ça va durer, confie Yasna. Chaque soir est un bonheur. Beaucoup de danseuses deviennent professeurs de danse, d’autres mamans. C’est une parenthèse de vie qui peut être très longue ! »
À 21 heures à peine, les danseuses se retirent sur la pointe de leurs escarpins. Rendez-vous mardi, pour la première du spectacle. « Eh bien, dansez maintenant ! » sommes-nous tentés de leur dire…

* « Forever Crazy », au Casino du Liban, du 7 au 19 juin. Billets en vente au Virgin Megastore.

Source: L’Orient Le Jour