Inauguration d’une rue Père Jean Ducruet

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07/06/2011

Lever de voile de la plaque portant le nom du père Ducruet. On reconnaît sur la photo le recteur René Chamussy, les députés Michel Pharaon et Marwan Hamadé, l’ambassadeur Denis Pietton et le président de la municipalité de Beyrouth, Bilal Hamad, et son prédécesseur, Abdel Menhem Ariss. Photo Michel Sayegh

Lever de voile de la plaque portant le nom du père Ducruet. On reconnaît sur la photo le recteur René Chamussy, les députés Michel Pharaon et Marwan Hamadé, l’ambassadeur Denis Pietton et le président de la municipalité de Beyrouth, Bilal Hamad, et son prédécesseur, Abdel Menhem Ariss.

C’était un bâtisseur, un homme qui remettait à l’ouvrage, année après année, ce que la guerre détruisait. Les ailes de la faculté de médecine touchées par les obus, ou ces bras qui se baissaient par découragement. Car il était en charge aussi bien des pierres brutes que des pierres vivantes. Recteur de l’Université Saint-Joseph pour quatre mandats successifs, de 1975 à 1995, il fut, vingt ans durant, l’homme des temps difficiles.
C’est à cet homme, le père Jean Ducruet s.j., que la municipalité de Beyrouth a décidé l’an dernier de dédier une rue. Depuis vendredi, c’est chose faite. La rue choisie n’est ni longue ni large ; elle sépare le rectorat de l’Université Saint-Joseph de l’immeuble Berytech et du nouveau Campus de l’innovation. Presque une rue interne. Mais elle a deux grands avantages : elle est droite, comme l’homme qu’elle célèbre, et elle est perpendiculaire à la rue de Damas. Et pour qui sait ce que la rue de Damas était pour le père Ducruet, ce second point est de grande importance. La rue de Damas, ligne de démarcation tracée par la guerre, était pour lui ligne médiane, ligne qui ne divise pas mais unit, un peu comme les deux rives de la Méditerranée. Ce point fut au centre de l’intervention, en début de cérémonie, d’Henri Awit, vice-recteur aux affaires administratives de l’USJ.
Les étudiants de l’USJ, le président du conseil municipal Bilal Hamad et enfin le recteur René Chamussy prirent ensuite tour à tour la parole, au couchant d’une belle journée de printemps, pour parler d’un homme dont l’audace n’égalait que la modestie.
« Jean Ducruet, nous en avons parlé alors qu’il nous quittait, a dit le P. Chamussy, évoquant l’homélie qu’il prononça, à la messe des funérailles, le 16 mars 2010. Il est bon d’évoquer à nouveau celui qui, dans sa façon de gérer tant l’Université Saint-Joseph que l’Hôtel-Dieu de France, sut, au cœur de la guerre sans nom que nous traversions, se situer, dire les mots et prendre des positions telles qu’elles ne pouvaient que se répercuter sur la société, que faire signe à tous ceux, bien au-delà de la communauté universitaire qui attendait d’un responsable quel qu’il soit une façon d’être et de dire qui indiquât tout à la fois le respect d’un certain nombre de valeurs, la capacité à les défendre et l’audace tranquille de qui se savait sûr de soi. Il importe en effet de bien saisir que, dans le contexte déliquescent où l’on se trouvait, il allait de soi qu’une parole forte et digne, prononcée par un responsable donné, ne pouvait que voir son impact majoré à un point difficilement saisissable. »
Au nom de ses condisciples, un étudiant de l’USJ sut lui aussi dire des mots essentiels : « Cette rue qui sépare le rectorat de l’USJ de Berytech a sans aucun doute une signification à nos yeux : elle relie la tradition à la modernité, le temps de la guerre à celui de la reconstruction. »
« En 1975, le père Ducruet s’est révolté contre la guerre et ses conséquences, a-t-il enchaîné, et la moindre des choses que nous pouvons faire aujourd’hui pour lui rendre hommage (…) est de nous révolter contre la guerre froide dans laquelle le pays s’enlise (…) en lui promettant d’être à la hauteur de son combat et de son héritage. »F. N.

Source: L’Orient Le Jour