À vélo dans le Beyrouth d’hier et d’aujourd’hui

Par Josselin Brémaud | 30/05/2011

Au premier rang parmi les cyclistes, l’ambassadeur d’Espagne, Juan Carlos Gafo.

Au premier rang parmi les cyclistes, l’ambassadeur d’Espagne, Juan Carlos Gafo.

Patrimoine À l’occasion de son cinquantième anniversaire, l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) a organisé hier un tour de la ville de Beyrouth à vélo. L’objectif? Sensibiliser la population beyrouthine à son patrimoine et valoriser les moyens de transport écologiques.

À vélo dès neuf heures du matin, un dimanche… S’il faut être levé du bon pied pour participer à l’événement organisé par l’Agence universitaire de la francophonie, les participants ne manquent pas à l’appel sous le soleil encore timide de la journée. « Deux cents cyclistes étaient inscrits sur les listes. Nous ne voulions pas qu’il y ait plus de participants, afin de gérer l’événement de manière cohérente tout en assurant la sécurité de tous », explique Salwa Nacouzi, directrice du bureau régional de l’AUF. Plusieurs associations et structures ont soutenu le projet et lui ont donné corps, telles que l’Université Saint-Joseph dans le cadre de l’opération Septième Jour, Green Wheels et Polyliban.

L’AUF, dont le bureau régional est situé à Beyrouth, entend consolider la coopération universitaire en français au Moyen-Orient, en exécutant des projets régionaux et en organisant des formations et des colloques s’appuyant sur l’ensemble du monde arabe. Le développement durable, le tourisme culturel et le patrimoine étant les dernières thématiques d’études choisies par l’agence, l’idée est venue aux organisateurs de célébrer les cinquante ans de l’AUF en proposant une visite guidée à vélo des lieux qui font la richesse historique et culturelle de la capitale libanaise. D’après les organisateurs, « il s’agit de sensibiliser aux questions du patrimoine, de la citoyenneté et d’encourager l’adoption des pratiques citoyennes en milieu urbain ».

Sans voitures, la ville prend une autre dimension
Escorté par plusieurs motos de la police, bénéficiant d’un dispositif de sécurité impressionnant, le cortège bigarré met le pied à la pédale pour deux heures de déambulations dans les rues et ruelles de la ville. Lors des quelques haltes prévues sur le parcours, un spécialiste du patrimoine beyrouthin s’évertue à retr acer l’histoire de la capitale au travers de son héritage architectural, du petit port d’antan aux périodes les plus sombres de la guerre civile.
Après un départ organisé sur le campus des sciences médicales de l’USJ, les cyclistes entament une longue descente en crochets via Achrafieh vers le quartier de Gemmayzé, traversé d’un point à l’autre en empruntant son artère la plus sémillante, la rue Gouraud. Sans la présence de voitures, la ville prend une tout autre dimension, et l’on se prend à rêver de la beauté cachée de certains lieux une fois vidés de leur effroyable effervescence mécanique. Ce que soutient également Salwa Nacouzi : « Beyrouth a le potentiel pour être une ville de marche et de vélo. C’est une ville dans laquelle il est plaisant de déambuler malgré les obstacles incessants qui obstruent les trottoirs. À vélo, on voit Beyrouth autrement, d’un œil nouveau. » Dans la continuité du trajet, les premiers immeubles de Mar Mikha yel apparaissent. Pas le temps de s’arrêter néanmoins, les cyclistes poursuivent leur périple jusqu’à la trop célèbre place des Martyrs et les ruines esseulées d’un ancien site phénicien, couché à proximité, face à la mer.

Lancer une mode de la marche à pied ?
Après un nouvel arrêt dans le centre-ville, quartier lustré et quelque peu trop lisse -tel un musée à ciel ouvert -, la procession citoyenne emprunte les grandes voies. Direction la rue Bliss puis la Corniche, dans le but de contempler la Grotte aux pigeons sous le soleil imparable de midi. Une chaleur exponentielle les accompagne jusqu’à la dernière étape, les dix-huit marches du musée national, pour assister à une exposition de photos organisée par l’association Save Beirut Heritage, qui milite en faveur de la préservation du patrimoine architectural beyrouthin. Photographie de groupe et banquet sont au programme, une fois la descente des vélos consommé e. Des représentants de la diplomatie belge, canadienne, espagnole et tchèque sont présents. Aucun membre de l’ambassade de France ne s’est déplacé pour l’anniversaire d’une agence visant pourtant à soutenir la coopération universitaire en langue française.
La citoyenneté, mot d’ordre de la journée, continue de nourrir les débats : « Nous avons pu remarquer une nouvelle fois le comportement inacceptable de certains conducteurs. Je souhaite militer pour une véritable citoyenneté au volant, puis inciter les gens à moins emprunter leur voiture. Comme les citoyens sont assez sensibles aux modes, pourquoi ne lancerait-on pas une mode de la marche à pied ? » propose la directrice de l’AUF. Une mode qui n’a pas d’époque, et dont la simplicité la rend en effet indémodable.

Source: L’Orient Le Jour