Les forêts libanaises à travers les âges

24/05/2011

Parution Le nouvel ouvrage du chercheur Michel Khouzami est une mine d’informations sur le passé, le présent et l’avenir des forêts du Liban.

Un nouveau livre paru en arabe sous le titre Les forêts du Liban à travers les âges (Ghabat Loubnan Aabra al-Oussour), aux éditions Librairie du Liban, offre une perspective unique, autant écologique qu’historique, sur les espaces verts du Liban, avec une insistance sur les impératifs de conservation. Michel Khouzami est un chercheur à la longue carrière, qui a occupé plusieurs postes à la FAO, a longtemps été professeur d’université et participé à de nombreux projets au Liban. En 2001, il a élaboré le plan de reboisement qui a été confié au ministère de l’Environnement. Il met à profit, dans cet ouvrage, toutes ses connaissances sur le sujet.
L’ouvrage de Michel Khouzami contient un important glossaire sur les espèces d’arbres qui forment les forêts libanaises, fournissant leurs noms arabes, tels que connus dans les pays de la région, et leur traduction en anglais et en français. L’auteur précise que l’ouvrage contribue à uniformiser les termes utilisés dans les pays arabes pour désigner les espèces d’arbres. Ses précisions sont accompagnées par des explications sur les caractéristiques de ces espèces, aussi profondes et extensives que vulgarisées, faciles d’accès au plus grand nombre.
Le plus innovateur, dans ce livre, ce sont les informations fournies sur la végétation des forêts, afin de déterminer de quoi elles étaient composées de par le passé. L’auteur revient ainsi fatalement sur les changements climatiques qui ont eu lieu au Liban, notant au passage qu’ils étaient très importants pour une superficie aussi réduite que celle de ce pays. Ces changements climatiques extrêmes ont vraisemblablement obligé les espèces à migrer d’un endroit à l’autre.

La nécessité de reboiser
Interrogé sur ses motivations pour la rédaction d’un tel livre, Michel Khouzami fait référence à sa très longue expérience en tant qu’ingénieur forestier. « C’est une expérience que je dois transmettre à d’autres », dit-il.
Prié de décrire la caractéristique la plus frappante de son livre, M. Khouzami répond sans hésiter qu’il s’agit de la longue partie consacrée à l’histoire des forêts du Liban. « Personne ne s’était encore attaqué à ce sujet dans un ouvrage, dit-il. Mes informations proviennent principalement des travaux effectués par une équipe de chercheurs français, dans les années 70, sur les graines de pollen préservées dans des régions du littoral ou dans certaines zones humides, ainsi que des travaux d’une chercheuse libanaise dans la Békaa, notamment dans les marécages de Ammick. C’est ainsi que j’ai pu revenir 100 000 ans en arrière. Ces recherches ont montré que les espèces d’arbres qui existent actuellement sont globalement les mêmes que celles répertoriées à travers les âges, à l’exception d’espèces qui avaient prospéré lors de périodes climatiques beaucoup plus froides. Aujourd’hui, ces espèces se retrouvent en Turquie, comme le frêne par exemple. Il y a d’autres espèces, comme le sapin de Cilicie, qui étaient observées plus au sud et qui n’existent plus qu’au nord du Liban. »
L’auteur rappelle qu’il a fait référence à de nombreux documents laissés par des civilisations de passage sur le territoire libanais, qui font état d’espèces disparues aujourd’hui. Il a cité également des inventaires plus récents faits en 1956 et 2005 par le ministère de l’Agriculture. « Les résultats de tels inventaires, étalés sur une période de quarante ans, ont montré que la superficie des forêts, contrairement à ce que l’on pense, ne s’est pas réduite, dit-il. Par contre, il y a eu une dégradation au niveau de la densité et de la répartition géographique des forêts. »
Selon l’expert, « il faut multiplier les soins prodigués aux forêts et les actions de reboisement afin de parvenir à une couverture d’espaces verts sur 20 % du territoire, d’ici à vingt ans ». Il déplore que « le reboisement, actuellement, se fait de manière fragmentaire, surtout par des organisations civiles qui ne peuvent assurer de suivi ». Il souligne également le rythme non soutenu des campagnes de reboisement officielles, menées par les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, en l’absence de moyens, de personnel et de pépinières. « Pour une gestion plus réussie des forêts, il faut des équipes techniques compétentes et une décision politique, estime-t-il. L’argent n’est pas un problème, beaucoup de nations sont prêtes à financer de tels projets. Et puis, il faut se souvenir que la sylviculture est une spécialisation et recourir à de véritables experts. »
Quel est donc le message écologique qui se dégage de l’ouvrage ? « L’environnement, il ne faut pas se contenter d’en parler, il faut agir, répond-il. Il est nécessaire de travailler sur l’éducation au respect de l’environnement. Sur un plan plus politique, il faut se souvenir que le reboisement et la gestion des forêts doivent obéir à des critères scientifiques valables à long terme, ce qui ne correspond souvent pas aux préoccupations des hommes politiques. »
Les forêts du Liban à travers les âges est sans nul doute un livre-référence pour tous les amoureux de la nature au Liban.

Source: L’Orient Le Jour