La nouvelle vie en France des réfugiés chrétiens d’Irak

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Par Pauline MOUHANNA, Paris | 12/05/2011

Près de 6 mois après l’attaque de leur cathédrale syro-catholique de Bagdad, les réfugiés d’Irak qui ont été accueillis en France après le drame n’ont rien oublié de l’horreur qu’ils ont vécue. Marqués par leur désir de bien s’intégrer et leur nostalgie pour un pays toujours meurtri, ils se créent de nouveaux repères. Reportage au cœur d’une communauté qui tente de s’enraciner loin de chez soi.

Des larmes, de l’émotion, mais de l’espoir en dépit de tout. Et pourtant, les jours passés ne font pas oublier aux réfugiés irakiens ces attentats terroristes. Ce 31 octobre 2010 restera longtemps gravé au sein de leur mémoire collective. Alors qu’ils étaient rassemblés pour prier le dimanche soir, des terroristes se sont fait exploser à l’intérieur de la cathédrale Sayidat al-Najat (Notre-Dame du Perpétuel Secours). Le bilan est lourd : 60 martyrs, parmi eux 2 prêtres de la communauté, et 56 blessés. La France a accueilli en octobre dernier les blessés les plus graves ; 35 rescapés ont été soignés en région parisienne. Les blessés étaient accompagnés de 21 personnes. Aujourd’hui, une dizaine de personnes sont rentrées chez elles. Les autres, qui sont restés en France, ont obtenu le droit d’asile avec leurs accompagnateurs familiaux. Tous n’oublient pas Mohammad, gravement blessé, longuement hospitalisé. Ce garde du corps est un véritable héros. Alors que la dame qu’il accompagne priait à l’intérieur de l’église, il est rentré pour la défendre dès qu’il a entendu les sons des explosions. Les réfugiés saluent tous son courage et soulignent qu’il n’a pas eu peur des terroristes. Malgré son état de santé, Mohammad, stoïque, pense surtout à sa famille qui vit en Irak. Son traumatisme et ses douleurs physiques ne lui font pas oublier son éloignement de ses proches. Il n’est évidemment pas le seul à être dans cette situation. Mais, contrairement aux autres, lui n’a pas eu l’occasion de penser à son avenir. Rentrera-t-il en Irak ou restera-t-il en France ?

La peur du kidnappage

Yako Elich, secrétaire général de l’Association d’entraide aux minorités d’Orient (AEMO) qui a pour mission d’aider les minorités d’Orient et de sensibiliser l’opinion publique à leur situation, explique que la majorité des réfugiés refusent de retourner. « Lorsque vous leur parlez de leur avenir, ils le voient en France. Comment les pousser à rentrer alors qu’ils craignent pour leur vie ? Ce qui me désole, c’est comment certains critiquent notre travail associatif. Ils pensent que nous encourageons les chrétiens d’Irak à l’exode. Mais il faut que tout le monde comprenne que s’ils retournent, c’est vers la mort. » La peur pour leurs proches obsède les réfugiés interrogés. L’un d’eux rapporte que le kidnappage est devenu monnaie courante. « On n’en parle pas assez pour ne pas effrayer plus les chrétiens. Mais hélas, ceux qui demeurent là-bas sont conscients des risques qu’ils encourent. » C’est pour cette raison que l’objectif premier de certains réfugiés est d’aider les membres de leur famille à venir les retrouver. « Certains ont été déjà rejoints par leurs conjoints et enfants, d’autres sont toujours dans leur attente angoissée. En effet, avec les divers remaniements ministériels et les affaires urgentes telles la Tunisie et la Lybie, le programme des 150 visas alloués aux blessés et martyrs est suspendu », raconte Élisabeth Gobry, vice-présidente de l’AEMO.

Youssef nous raconte son histoire. Ce chef de famille attend impatiemment tous les jours les nouvelles de ses proches. « On m’a promis ici que les procédures seraient facilitées et que ma femme et mes enfants arriveront prochainement. L’attente est longue, mais je suis de plus en plus persuadé que nous faisons le bon choix. » Pour mieux s’intégrer, Youssef, anglophile, veut apprendre plus rapidement la langue de Molière. « Depuis notre arrivée, on prend chaque semaine plusieurs cours. Mais c’est une langue très difficile. » En fait, rien ne laissait présager à ce dentiste qu’il serait obligé d’apprendre un jour le français pour exercer son métier. En Irak, Youssef vivait plutôt normalement avant la chute du régime de Saddam Hussein. Mais il ne dirait jamais qu’il préfère être sous le règne du président déchu. « C’est une question difficile. Je ne soutiendrai jamais un dictateur, mais en même temps je suis conscient que mon pays ne m’appartient plus. » Presque tous les réfugiés interrogés refusent d’ailleurs d’aborder l’ère de Saddam. « À quoi bon, s’interroge Marie. Cette période me semble si loin. Nous avons tant de problèmes aujourd’hui que nous ne pensons plus au passé. » Tous ont surtout peur pour l’avenir des assyro-chaldéens. « C’est parce que nous sommes persécutés qu’à Bagdad notre communauté est passée de 450000 personnes à 150000 membres » rapporte Joseph. De nos jours, plus de 200 familles de chrétiens d’Irak ont refait leur vie en Île-de-France. Ils sont médecins, ingénieurs… Ils ont obtenu les équivalences de leurs diplômes et des aides familiales. Certains réfugiés de Créteil attendent à leur tour ces équivalences. Six familles ont reçu des aides de l’Office français de l’immigration et de l’intégration pour s’installer dans des appartements sociaux en banlieue parisienne ou en province. « On est évidemment très redevable aux autorités françaises. Quant aux citoyens, nous devons apprendre à mieux les connaître » note Georges. Yako Elich explique que ces réfugiés percevaient différemment la France avant de résider : « Étant très attachés aux valeurs familiales et chrétiennes et vivant en communauté, ils s’attendaient à trouver ces valeurs plus propagées. »

Source: L’Orient Le Jour