Le « Voyage inachevé » de Béchara el-Khoury au Théâtre des Champs-Élysées

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17/05/2011

Béchara el-Khoury en compagnie de Daniel Gatti préparant le concert.

Béchara el-Khoury en compagnie de Daniel Gatti préparant le concert.

Concert Le public du Théâtre des Champs-Élysées à Paris, réputé très exigeant, guettait avec impatience et curiosité la création parisienne de « Unfinished Journey » du compositeur libanais Béchara el-Khoury. Son attente n’a pas été déçue.

«C’est une musique conçue librement, où le violon guide les cordes sur les chemins de la solitude, lieu privilégié de tous les grands musiciens.» Ainsi Béchara el-Khoury définit-il Unfinished Journey, pièce en un mouvement pour violon et orchestre à cordes, dont la création parisienne s’est déroulée avec une distribution éblouissante en présence du compositeur. Cette œuvre écrite en hommage au grand violoniste Yehudi Menuhin (1916-1999) et dédiée au jeune virtuose britannique Daniel Hope (né en 1974) illustre bien le passage de témoin de l’ancienne génération vers la nouvelle, du passé vers l’avenir.
L’Orchestre national de France, sous la baguette de James Conlon, traîte avec un tact infini et une douceur exquise ce Voyage inachevé que l’on peut sans exagération aucune ranger parmi les chefs-d’œuvre de la littérature concertante contemporaine. On cède immanquablement au charme de l’archet radieux et envoûtant de Daniel Hope et la pièce, qui commence de façon lente et sombre, est soudain éclairée par des envolées parfois fugaces et toujours lyriques.
Puis vient une œuvre belle, mais hélas trop rarement jouée, l’unique Concerto pour violon de Benjamin Britten, servi avec verve et sensibilité par Daniel Hope. En deuxième partie du concert, la Symphonie n°5 de Dimitri Chostakovitch. Cette œuvre considérée par le compositeur lui-même comme «une réponse à de justes critiques pour se repentir de l’échec de l’opéra Lady Macbeth du district de Mtsensk » est une œuvre autobiographique créée en pleine période des purges staliniennes en Union soviétique alternant sérieux et humour, notamment dans le deuxième mouvement, un allegretto sous forme de danse humoristique en trois temps.
Béchara el-Khoury est un compositeur extrêmement sollicité, dont la musique symphonique est très prisée des interprètes et formations occidentales de renom, ainsi que des grandes institutions françaises et européennes. Son Concerto n°2 pour violon, War Concerto, qui est une commande du prestigieux Festival de Mecklemburg-Vorpommern en Allemagne, sera créé le 18 juin 2011 par Daniel Hope et le NDR Sinfonieorchester, et retransmis en direct par la radio allemande. Les enregistrements de son Concerto n°1 pour violon et de son Concerto pour cor, avec l’Orchestre national de France, dirigé respectivement par Kurt Masur et Jean-Claude Casadesus, doivent bientôt paraître sous le label Naxos. Dans un registre plus intimiste, la musique de chambre de Béchara el-Khoury n’est pas en reste, car le célèbre ensemble ArteCombo va bientôt enregistrer son Quintette à vent. Enfin, le Conservatoire national supérieur de musique de Paris a mis son Duo pour clarinette et clarinette basse au programme des examens des élèves en classe de perfectionnement.
À travers ce Voyage inachevé, œuvre merveilleusement aboutie, Béchara el-Khoury démontre l’ampleur de sa créativité, de son talent et de l’universalité de son œuvre. Encore une fois, le Liban peut fièrement se reconnaître dans ses artistes et ses compositeurs.Zeina SALEH KAYALI