Nadine Labaki revient sur la Croisette

Par CANNES, Colette KHALAF | 16/05/2011

Festival de Cannes La cinéaste libanaise présente, ce soir, « Et maintenant on va où ? ».

Quatre ans après l’aventure cannoise de Caramel (sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs en 2007), Nadine Labaki revient sur la Croisette pour présenter sa nouvelle œuvre Et maintenant on va où?. Sélectionnée pour la catégorie «Un certain regard» avec des cinéastes célèbres à l’instar de Gus Van Sant (Restless), Kim Ki-Duk (Arirang) ou encore Robert Guédiguian (Les neiges du Kilimandjaro), la cinéaste libanaise monte les marches du festival ce soir.
L’histoire de Et maintenant on va où? (W hala’ wayn?) est née dans l’esprit de la réalisatrice le 7 mai 2008, lorsqu’elle s’est de nouveau vue confrontée à l’atmosphère de guerre qui régnait au Liban. Les batailles de rue avaient repris, causées encore une fois par des différends communautaires. Elle, qui attendait alors un enfant et travaillait déjà sur un scénario avec l’un de ses coscénaristes et néanmoins ami Jihad Hojeily, s’est demandée: «Qu’aurais-je fait pour empêcher mon fils de prendre les armes et de se battre contre son frère, soudain devenu son ennemi?» C’est ainsi que lui est venue l’idée de cette histoire où, dans un village isolé de la montagne, des femmes musulmanes et chrétiennes vont s’unir. Faisant preuve de ruse et de sacrifice, elles vont empêcher leurs hommes de se battre. Une histoire, bien qu’imprégnée du sol libanais, qui semble universelle, évoquant différentes communautés qui se battent partout dans le monde (le nom du Liban n’est d’ailleurs pas prononcé dans le film).
Reprenant quasiment la même équipe que celle de Caramel, à l’exception du montage, Nadine Labaki signe sa seconde collaboration avec la productrice Anne-Dominique Toussaint («Les Films des Tournelles» et «Les Films de Beyrouth»). À la veille de la montée des marches, la productrice française s’est entretenue avec L’Orient-Le Jour, au pavillon libanais à Cannes, du parcours du film et de son appui indéfectible à Nadine Labaki. «Après l’aventure de Caramel, il nous semblait naturel de continuer ensemble, a avoué Mme Toussaint. Bien qu’habitant la France, elle et moi avons un lien très fort depuis, et je fais des séjours fréquents à Beyrouth.» C’est ainsi que le jour où la réalisatrice libanaise a eu l’idée du film, elle en a tout de suite parlé à la productrice en lui mimant le récit. «C’était intense et passionné comme tout ce que fait Nadine. L’idée m’a immédiatement séduite car elle traduit la raison pour laquelle je m’intéresse au cinéma», souligne Anne-Dominique Toussaint.
Avec ses deux coscénaristes, Nadine Labaki va construire le récit et s’installer durant plus de trois mois dans trois différents villages libanais, Mechmech, Douma et Taybeh, pour les besoins du tournage. « C’est juste au moment précis où un cinéaste décide de la naissance d’un film que le producteur doit intervenir, signale Mme Toussaint. Certes, il m’est demandé de procurer les fonds nécessaires pour le long-métrage, mais à part ce côté financier, c’est du regard bienveillant du producteur qu’un metteur en scène a le plus besoin, plus particulièrement dans le cas de Nadine Labaki qui a déjà obtenu la reconnaissance de ses pairs.» «En effet, précise Mme Toussaint, il est très difficile d’aborder une seconde œuvre après avoir été ovationnée et saluée internationalement pour la première.» «J’ai essayé, poursuit la productrice, de la rassurer, de l’accompagner.»
Plus tard pendant le tournage, le producteur s’éclipse, laissant le réalisateur entouré de son équipe: «Je suis alors en retrait, confie Mme Toussaint, pour réapparaître aux besoins du montage afin de mettre le projet sur la bonne voie au cas où il y a des égarements ou des doutes. Un peu comme un garant de l’idée initiale.»
À la question de savoir si elle avait eu des difficultés à financer le film, Anne-Dominique Toussaint répond à la fois par l’affirmative et la négative. «C’était paradoxal parce que beaucoup de personnes se sont proposées pour financer le film, mais le budget était plus élevé que celui de Caramel. Je me suis alliée avec la maison de production Pathé. Par la suite, nous avons obtenu plusieurs partenariats, dont l’association du Doha Film Institute et le soutien du ministère de la Culture (Fonds francophone de production audiovisuelle du Sud).»
Après Caramel, Et maintenant on va où? est très attendu à Cannes et le public a hâte d’assister à sa projection. Pour Anne-Dominique Toussaint, «peu importe le prix, le fait d’avoir été sélectionné à Cannes est déjà un grand atout ». Aujourd’hui, cette aventure ne prend pas fin mais franchit une nouvelle étape. À travers cette sélection, Thierry Frémeaux (délégué général du Festival de Cannes) réitère encore une fois sa confiance dans le cinéma libanais, et plus particulièrement dans le travail de Nadine Labaki. Et maintenant on va où? sortira le 14 septembre en France.
Source: L’Orient Le Jour