Raï recevant des enfants et des jeunes sourds : C’est avec le cœur que vous écoutez

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14/05/2011

Le patriarche Raï entouré des enfants et des jeunes sourds représentant des associations de différentes régions.

Le patriarche Raï entouré des enfants et des jeunes sourds représentant des associations de différentes régions.

Société Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, a eu du mal à retenir sa vive émotion en écoutant les propos, venus droit du cœur, que lui adressait un jeune malentendant à l’occasion de la visite qu’a effectuée hier à Bkerké une délégation d’enfants et de jeunes sourds représentant différentes régions du pays.

« Vous avez des difficultés à entendre et à parler, mais c’est par votre cœur que vous écoutez et par vos actions que vous parlez. » La voix manifestement prise par une vive émotion, c’est en ces termes que le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, s’est adressé hier aux membres d’une vaste délégation d’enfants et de jeunes sourds, venus exprimer leur sympathie à Mgr Raï à l’occasion de son élection à la tête de l’Église maronite, mais venus aussi exprimer l’épreuve qu’ils endurent du fait de leur handicap. La délégation regroupait les responsables et les jeunes de dix associations s’occupant de malentendants, représentant toutes les régions et communautés du pays.
Placée sous le signe de l’unité des diverses associations au service des sourds, cette visite avait pour thème « La main dans la main pour une société soudée ». Des foulards bleus portant ce slogan ainsi que l’inscription de la date d’hier, pour marquer cette rencontre de Bkerké, étaient portés par tous les membres de la délégation. Au début de l’entrevue, la présidente du Bureau libanais pour la recherche sur les sourds (BLRS), Mme Viviane Touma, a remis au patriarche Raï le foulard en question qu’elle lui a passé autour du cou, à sa demande.
La présidente de l’association des parents de sourds, Mme Roudayna Akkad, a ensuite prononcé une courte allocution qui a été traduite en langage des signes (pour les sourds) par Mme Nada Gemayel, de l’IRAP. S’adressant directement au patriarche, Mme Akkad a d’abord indiqué que la plupart des associations présentes œuvrent depuis près de cinquante ans pour soutenir les jeunes sourds. « Aujourd’hui, a-t-elle notamment souligné, le sourd brandit le slogan « la main dans la main pour une société soudée », qui est complémentaire à votre leitmotiv « communion et amour ». Nous avons la conviction que l’amour est à la base de l’édification d’une société plus humaine qui aspire à la concrétisation de la culture de paix et de l’égalité. »
« Quant à la communion que vous prônez, elle est basée sur la complémentarité dans l’action et le respect de l’autre et de ses spécificités. Vous n’êtes pas sans savoir, Votre Béatitude, qu’une large partie de la société libanaise est formée de personnes sourdes, dont de nombreux jeunes qui ont apporté la preuve de leur capacité à réaliser ce à quoi aspirent tous les jeunes. Certains d’entre eux sont entrés dans des universités, dont l’Université Notre-Dame de Louaizé dont vous êtes l’un des fondateurs et qui a été l’une des premières à accueillir des étudiants sourds. D’autres universités ont suivi le même exemple », a-t-elle enchaîné.
Et de poursuivre : « Nous espérons que cet exemple, qui demeure timide, sera suivi par des écoles traditionnelles afin d’aboutir à une véritable intégration (des sourds). »

Un appel du cœur
Un jeune sourd, Johnny el-Rezzi (qui vient de faire son entrée à l’université, après avoir fait ses études scolaires à l’Institut du Père Roberts, IPR, de Sehaïlé), a ensuite prononcé un court discours qui a été traduit simultanément en langage des signes par le jeune Élie Hanna (de l’association LCD de Baabda).
C’est à un véritable appel du cœur, particulièrement émouvant, auquel s’est livré Johnny el-Rezzi, déclarant notamment : « En dépit de nos difficultés de communication par la parole, Dieu nous a éclairés de Sa Lumière pour prendre conscience du fait que la surdité n’est pas un obstacle pour nous. Nos familles, nos institutions et nos universités ont surmonté tous les obstacles qui se dressaient sur la voie de notre vie sociale et pédagogique. Ces obstacles ont été surmontés grâce à l’affection des parents et au soutien des institutions sociales. Dès les premiers mois de notre vie, notre parcours éducatif n’a pas été facile. Apprendre ce que vous entendez, c’est quelque chose de classique, mais apprendre une langue que vous n’entendez pas, cela constitue une grande réalisation. »
« La langue arabe est notre seconde langue, à laquelle s’ajoute la langue écrite, la langue étrangère, a ajouté Johnny el-Rezzi. Notre langue mère est la langue des signes. Toutes ces difficultés, nous les avons surmontées car notre ambition est grande, et notre rêve l’est encore plus. À partir de ce lieu, j’adresse un hommage à toute personne qui a œuvré, qui a fait don de soi et qui s’est sacrifiée (au service des sourds). Notre succès a été rendu possible grâce à leurs efforts. C’est grâce à eux que les portes des universités nous sont ouvertes, dont l’Université de Louaïzé dont je fais aujourd’hui partie. »
Et de poursuivre : « Il reste que nous avons des craintes quant à la société, à l’avenir, et ce qui nous attend. Tout ce que je voudrais dire à partir de ce lieu, Votre Béatitude, c’est que nous voulons espérer que la patrie nous ouvrira ses bras et nous considérera comme ses fils. Nous voulons espérer que des possibilités de travail dans la société s’offriront à nous afin que nous puissions vivre une vie digne et contribuer à l’édification d’un avenir meilleur. Nous tendons notre main à la paix et la coopération. Nous espérons que d’autres mains dans notre société se tendront à nous afin que nous puissions connaître la quiétude. Nous appelons les autres à s’unir à nous afin que de cette union jaillisse l’étincelle qui pourrait rejaillir sur la société. »
« Nous espérons que notre visite aujourd’hui sera un tournant important dans la vie de toute personne sourde afin que notre voix soit entendue et que nos requêtes soient prises en considération, a conclu le jeune sourd. Nous espérons avoir un rôle à jouer. Nous méritons d’être des individus actifs dans la société. Nous méritons d’exister. La main dans la main en vue d’une société soudée. Tel est le slogan que nous brandissons aujourd’hui. »

L’émotion de Raï
Le patriarche Raï n’est pas parvenu à cacher sa vive émotion à la suite de ce cri du cœur du jeune sourd. La voix prise, il a eu du mal à s’adresser à l’assistance et a dû interrompre quelques instants son intervention pour contenir son émotion, provoquant une ovation des jeunes présents. S’adressant ensuite à ces derniers, il a déclaré : « Comme le paratonnerre qui absorbe et dégage la foudre, qui pourrait être assimilée au mal, vous aussi, du fait des épreuves que vous endurez, vous atténuez le mal qui existe sur terre. D’aucuns entendent, mais ce qu’ils entendent rentre d’une oreille et sort de l’autre. Certains parlent normalement, mais parfois il aurait été préférable qu’ils se taisent. Quant à vous, c’est par le cœur que vous entendez et c’est par vos actions que vous parlez. »
En conclusion, Mgr Raï s’est engagé à intervenir auprès des institutions de l’Église et des institutions civiles et étatiques afin qu’elles intègrent les personnes sourdes dans leur structure.
Au terme de la rencontre, une dizaine de jeunes sourds ont interprété, avec le langage des signes, le cantique à la paix, avant que le patriarche salue et prenne une photo souvenir avec les membres de chacune des associations présentes.

Source: L’Orient Le Jour