L’Orchestre philharmonique libanais voyage aux frontières de l’Union européenne

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Par Edgar DAVIDIAN | 10/05/2011

Le maestro Wojcieh Czepiel dirigeant l’OPL.

Le maestro Wojcieh Czepiel dirigeant l’OPL.

Concert Pour célébrer la Journée de L’Europe, l’Orchestre philharmonique libanais, dirigé par maestro Wojcieh Czepiel, a offert aux mélomanes, libanais et étrangers, un concert à l’église Saint-Joseph incluant des pages de plusieurs compositeurs européens. Menu agréable et léger traduisant, en musique, le sens de l’union.

Jamais les amoureux de la musique n’ont eu la faveur d’un programme aussi charmant et accessible. De Richard Wagner à Georges Bizet, en passant par Edouard Grieg, Johan Brahms, Anton Dvorak et Manuel de Falla, les mélodies, célèbres et plébiscitées depuis longtemps de l’auditoire, ont mené une joyeuse ronde débordante de rythmes et de cadences de toutes les couleurs, de tous les horizons… Une ronde joignant en toute fluidité les frontières de l’Europe, comme un vent sans barrière, frais, tonique et revigorant.
Pour les premières mesures, l’ouverture en tonalités dynamiques et festives des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner.
Opus enchanteur – et tout indiqué pour cet esprit de construction et d’entraide humaine – dans ses intenses moments sonores, alliant malice et sens du comique, accents pompeux et vivaces, énergie et tempérament. Cuivres omniprésents et bois rusant avec tous les vents, voilà que l’étincelle jaillit de la confrontation entre progressistes et conservateurs, le tout sur un enivrant crescendo wagnérien d’une phrase presque en rosace qui se répand avec vigueur et gaieté.
Suit le lyrisme des fjords nordiques, à la fois majestueux et cristallin, avec le Peer Gynt n°1 op 46 de Grieg, offert en ce temps-là pour la plume d’Henrik Ibsen. À retenir, outre les envolées lyriques chargées de solitude et de tendresse, cette pétillante Danse d’Anitra: du feu coulé sur la glace.
Tout aussi sémillante et vive est cette Danse hongroise n°1 de Brahms avec tout ce qu’il y a de tzigane et de magyar dans ses froufrous de notes bondissantes et accélérées. Un opus surjoué sur clavier et qu’on écoute ici, entre élans irrépressibles et dentelles de notes impétueuses, dans sa somptueuse version orchestrale.
Comme pour rester dans le ton des chevilles prisonnières des cadences et des rythmes emportés et vifs, et ne pas sortir de l’esprit et du sillage de Brahms, puisant à profusion dans la sève folklorique, voilà que se succèdent Les danses slaves op 72 n°2 du Tchèque Anton Dvorak. Monde sonore charriant en force vitalité, énergie, célérité et empreint d’une pointe de poésie élégamment populaire.
Sans aucune rupture de ton, mais peut-être d’atmosphère et de cadre, voilà le célébrissime El Amore Brujo de Manuel de Falla. Maléfices de l’amour, magie, incantation, passion dévorante, esprits des flammes et fantômes sont là pour, certes, un amour sorcier, mais surtout une musique aux modulations profondément ibériques, littéralement envoûtantes. Une sorcière (ce serait plutôt une fée!) de musique qui prend l’auditeur par le bout du nez et l’entraîne vers des rives de plaisir et de rêves ardents. Magique est sans nulle doute le terme adéquat pour cette musique sensuelle et serpentine dont le philtre est sans conteste toujours opérationnel.
Pour conclure, le raffinement et le scintillement de l’esprit français à travers les effets de robe gitane et les regards de braise de la cigarière Carmen de Georges Bizet.
Une suite n°1 (prélude, aragonaise, seguidilla, les dragons d’Alcala et les toréadors) pour une fresque sonore chatoyante mêlant frémissements du désir, regards fatals, volonté absolue de liberté, plaisir des corps qui dansent aux pieds des ruines, ivresse des cris des arènes et, par-dessus tout, le portrait haut en couleur d’une femme qui paye de sa vie le luxe de choisir ses amours, les battements du cœur, les voluptés et les frissons du corps…
Colorée, ensoleillée, oscillant en toute subtilité entre rythmes marqués et cadences émoustillantes est cette vibrante suite traçant en lettres sonores, parfaitement ibériques (pour un thème universel), un coup de cœur et un sursaut de liberté que la musique rend immortels.
Salve d’applaudissements d’un public plus qu’enthousiaste pour ce voyage au cœur et aux limites de l’Europe. Révérence de maestro Czepiel, exténué, sourire aux lèvres, baguette en main sur le pupitre et cheveux plaqués sur le front tant la chaleur était étouffante sous les spots des voûtes en ce début de printemps. Mais pas de bis.
Source: L’Orient Le Jour