« Shankaboot », ou Beyrouth sur la toile

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Par Colette KHALAF | 06/05/2011

Katia Saleh: «L’équipe “Shankaboot” est une famille soudée.»

Katia Saleh: «L’équipe “Shankaboot” est une famille soudée.»

Série web C’est le 4 avril à Cannes que s’est déroulée la cérémonie des « International Digital Emmy Awards » récompensant « Shankaboot ». Un cadeau d’anniversaire qui vient consacrer un an déjà de vie de la web-série en langue arabe, produite par « Batoota Films » avec l’association du « BBC World Service Trust ».

Récompensée dans la catégorie «Programme digital» (fiction), la série, qui avait obtenu déjà le «Reflet d’or» au festival de Genève, «Cinéma tous écrans» en 2010, était en compétition avec des productions multimédias ultra-innovantes en provenance du Royaume-Uni, des Pays-Bas et du Brésil. C’est la première fois qu’une production libanaise se voit accorder cette reconnaissance prestigieuse, considérée comme l’équivalent des Oscars et des Grammy Awards
Lancée en mars 2010, Shankaboot est une série dramatique teintée d’humour réalisée par Amin Dora, écrite par Bassem Breish et produite par Katia Saleh. Comme sur une toile, voire Net – d’ailleurs son nom évoque le mot «3ankabout» qui signifie araignée en arabe – des aventures libanaises, extraites de l’essence de la vie beyrouthine, s’imbriquent et s’enchevêtrent. Une action comme un road-movie où un jeune delivery-boy parcourt les ruelles de la capitale sur sa petite Vespa et y fait des rencontres toujours singulières. La vie libanaise dans ses torts et retors est vue au crible par ce jeune homme qui va s’introduire dans les maisons en analysant d’une manière légère les grands problèmes de la société et parler de tous les gens ordinaires que nous côtoyons au quotidien. Shankaboot est conçue donc comme un outil d’exploration des problèmes sociaux variés comme la violence domestique, le trafic, la chirurgie esthétique, le port d’armes et d’autres encore.
Pionnier au Liban…
«Alors que j’étais en train de travailler sur une idée de production avec des caractères réels et des acteurs non professionnels, la BBC nous soumet un projet interactif sur le Net, raconte la productrice Katia Saleh. Avec, entre autres, le metteur en scène Amin Dora et le scénariste Bassem Breish, nous avons monté un atelier sous la supervision d’un scénariste anglais et nous avons sélectionné cinq rédacteurs pour mettre sur pied ce projet.» Et d’ajouter: «Il était essentiel de savoir gérer une série sur le web s’articulant sur des épisodes de cinq minutes. Deux exigences étaient à retenir. Il fallait que la série soit intéressante et sociale. Elle s’adresserait à des jeunes de 16 à 25 ans (en général férus du Net), mais aussi à la tranche d’âge entre la vingtaine et la quarantaine.» «De plus, précise-t-elle, il n’y a aucun tabou dans notre série. Pas de barrières et tout est dit d’une façon transparente. La série est surtout interactive. C’est ce qui la différencie des séries télévisées. Elle permet ainsi aux jeunes de donner leur avis sur le Net et même de soumettre des idées à exploiter dans l’avenir.»
Shankaboot, pionnière dans le genre, est devenue donc une grande famille sur la toile. Sur Twitter, Facebook ou YouTube, tous les outils novateurs à la portée des jeunes, elle engrange plus de 123000 visiteurs au site web www.shankaboot.com, plus de 3000 visites par jour et plus de 680000 épisodes vus sur YouTube. Elle compte également plus de 23000 fans sur Facebook. Mais aussi une plate-forme interactive traitant des problèmes libanais. Cette série, réalisée comme une véritable œuvre filmique (avec mise en scène, casting d’acteurs, éclairage et montage), a de beaux jours encore devant elle. «Nous n’avons pas encore exploité toutes les possibilités de Shankaboot», dit Katia Saleh. Peut-être une série télévisée? Qui sait? Seul l’avenir le dira.
Source: L’Orient Le Jour