La commémoration des martyrs de la presse : un hommage à la liberté

Non classé

06/05/2011

La commémoration, aujourd’hui 6 mai, de la journée des martyrs de la presse a été célébrée hier au palais de Baabda, où la commission nationale pour la femme, présidée par la Première dame Wafa’ Sleiman, a organisé une rencontre en l’honneur des journalistes. Le président Michel Sleiman a pris part à l’événement, qui a eu lieu en présence, notamment, du ministre sortant de l’Information Tarek Mitri, du président de l’ordre de la presse, Mohammad Baalbaki, du vice-président de l’ordre des journalistes, Saïd Nassereddine, et du président du Haut Conseil de l’audiovisuel, Abdel Hadi Mahfouz.

Mme Sleiman a déclaré à cette occasion que la presse constitue une tribune « inégalable pour exprimer la condition de la femme (…). L’attention des médias aux campagnes que nous avons menées pour les droits de la femme a permis d’en optimiser la portée ». À cela, M. Baalbaki a rétorqué que les médias « ont pris position aux cotés de la femme libanaise parce que ses droits font désormais partie des buts de la presse ».

D’ailleurs, M. Baalbaki a mis l’accent dans son allocution sur la liberté que les médias doivent préserver. « L’histoire de la presse libanaise, depuis sa naissance jusqu’à ce jour, a été celle de martyrs, et la date du 6 mai marque une étape connue dans cette longue et noble voie, commencée au début du XIXe siècle, avec la parution du premier journal au Liban », a -t-il déclaré. Et cette voie, « les membres de la presse demeurent déterminés à la suivre avec audace, (même si) nombre d’entre eux ont péri », a affirmé M.Baalbaki. Il a tenu à rappeler les liens entre la presse libanaise et la presse arabe, qui commémore ses martyrs à la même date : « Le journalisme libanais est depuis sa naissance un journalisme arabe (…). Et le combat des martyrs du 6 mai n’était pas celui du Liban seulement, mais de tous les arabes (…), un combat pour la liberté qui transcende toute division. » Et de préciser : « La presse libanaise s’est fixé pour slogan et pour but l’unité des Libanais pour que règne la liberté. » Dès lors, « il incombe à la presse de veiller sur cette liberté » et de rester à l’affût de tout élément apte à entraver son exercice, a-t-il ajouté. « En fin de compte, la liberté existe là ou vit un peuple libre, parce que c’est l’être humain qui en est l’incarnation vivante et la seule garantie », a-t-il affirmé. « Les Libanais sont intrinsèquement libres, et leur passion dans l’exercice de la liberté » devrait dissiper toute crainte de voir cette liberté lésée, à condition qu’ils s’y attachent « en toute foi et confiance », a-t-il conclu.

Notons que M. Baalbaki participera aujourd’hui à 11 heures à une cérémonie au cours de laquelle il déposera deux couronnes de fleurs au cimetière des martyrs du 6 mai à Beyrouth. De même à Damour, le représentant de l’ordre de la presse, M. Jihad Akl, déposera une couronne sur le mémorial des journalistes du Damour. Le siège du syndicat accueillera en outre à midi les personnes désirant exprimer leurs vœux au président de l’ordre de la presse et au vice-président de l’ordre des journalistes.

Enfin, le parti Tachnag a choisi de commémorer les martyrs du 6 mai 1917 par une cérémonie autour de la statue des martyrs, où des élèves d’écoles arméniennes déposeront aujourd’hui des couronnes de fleurs, en présence des chefs religieux et de députés arméniens.

La liberté d’expression au Liban au cœur d’un rapport de l’UNESCO

En présence du ministre sortant de l’Information, Tarek Mitri, et de nombreux représentants du monde de la presse et de la société civile et académique, le bureau régional de l’Unesco à Beyrouth, en collaboration avec l’association Maharat, a donné une conférence de presse hier matin dans les locaux de l’Unesco à Bir Hassan, à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, sur le thème suivant : « La presse du XXIe siècle, nouveaux horizons, nouveaux obstacles ».

L’occasion pour les présents de lire le rapport annuel de la liberté d’opinion et d’expression au Liban, préparé par l’observatoire du même nom, fondé en 2003 par Maharat et par le bureau régional de l’Unesco.

De nombreux responsables ont pris la parole à cette occasion. Georges Aouad, du bureau de l’Unesco, a expliqué que la liberté de la presse est « un principe » sur lequel doivent s’appuyer les organisations et les États du monde pour « publier leurs informations », dans un souci de transparence et pour en faciliter l’accès à tous.

Il a longuement parlé du journaliste et analyste iranien emprisonné, Ahmad Zed Abadi, lauréat du prix Guillermo Cano pour la liberté de la presse pour l’année 2011, rappelant son courage en dépit des tortures qu’il a subies, de nombreuses incarcérations, et même de l’exil, pour le punir de faire son métier comme il faut, c’est-à-dire prôner ouvertement la liberté d’expression, critiquer, comme il l’a fait dans une lettre ouverte, le traitement infligé aux journalistes emprisonnés, et appeler au boycott des élections.

Georges Sadaka, de Maharat, a pour sa part estimé que la presse au Liban a plusieurs défis à relever, à savoir rénover les lois de la presse, améliorer les conditions de travail des journalistes en leur assurant des services sociaux nécessaires et libérer la presse des pressions de la censure.

L’avocat Tony Mikhaël a évoqué les nombreuses agressions contre les journalistes, physiques autant que morales et matérielles, pressions et menaces qui peuvent aller jusqu’à des démissions forcées.

Tarek Mitri a abordé la question de la liberté d’expression dans un cadre particulier, et s’il a salué « une autocensure qui contribue au respect de l’autre » et de ses susceptibilités, il a en revanche déclaré qu’il y a « beaucoup à faire pour organiser les métiers de la presse au Liban ».

En revanche, il a été critique à l’égard de la réserve qu’ont manifestée les auteurs du rapport quant à l’application de la loi dans certains cas, notamment quand il s’agit d’interdire certaines radios non légales. « Appliquer la loi, a-t-il rappelé, n’est pas une atteinte aux libertés. »

Source: L’Orient Le Jour