« Derrière la fenêtre » de Hoda Tawakol… « Le Moyen-Orient des années 50 et 60 » de F.C. Gundlach

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Par Zéna ZALZAL | 04/05/2011
Égypte, années 50. Une photo de mode d’une incroyable modernité, signée Gundlach.Exposition « Behind the Window » de Hoda Tawakol et « The Middle East In the 50’s and 60’s » de F. C. Gundlach sont deux accrochages indépendants qui se partagent les cimaises de la galerie Sfeir-Semler*. Leur point commun ? Une thématique féminine.

Des toiles élaborées sans pinceaux. Des tableaux aux motifs façonnés par… déchirures et collages de tissus synthétiques : le spandex des maillots de bain et le nylon des bas féminins! À partir de ce mode d’utilisation singulier des textiles modernes – qui, comme une seconde peau, couvrent et dévoilent tout à la fois le corps -, Hoda Tawakol revisite, dans un style provocateur et éminemment contemporain, la représentation de la féminité.
Cette artiste franco-égyptienne, née en 1968 à Londres, aujourd’hui installée à Hambourg (Allemagne), détourne matériaux et codes picturaux pour créer une œuvre transgressive, qui remet en question les clichés attachés à l’esthétique picturale, mais aussi à la tradition et à
l’identité féminine.
Outre ses superbes «lésions ornementales» de textiles colorés, Tawakol présente une série de portraits imprimés sur textile (grand format) ou sur papier (de dimensions plus réduites), rehaussés de broderies, grimages et tatouages colorés ainsi que de collages de matières féminines: tulle, faux cils, extensions de cheveux…
Toutes ces matières et images, formant les attributs de la féminité, sont appliquées sur la toile dans un processus de construction agressive qui dénonce, en l’inversant radicalement, la logique du «hijab». Ainsi, ce qui doit être caché (la chevelure et les ornements) devient, dans les œuvres de Hoda Tawakol, le masque ou le voile lui-même. Une représentation de l’éternel féminin qui joue sur la relation ambiguë entre le caché «derrière la fenêtre» et le dévoilé !Mode à Baalbeck…
C’est toujours «l’image de la féminité» qui est abordée, mais dans un autre registre, dans l’accrochage consacré à F.C. Gundlach. Ce photographe de mode allemand (aujourd’hui âgé de 85 ans) en a été l’un des artisans parmi les plus reconnus dans l’Europe de l’après-guerre. Du passage de la haute couture au prêt-à-porter, de l’élégance du New Look de Christian Dior dans les années 50 à la nouvelle liberté apportée par la petite robe Courrèges des années 60, il a capté, à travers son objectif, l’évolution des styles vestimentaires tout au long de la seconde moitié du XXe siècle. Mais, au-delà de l’esprit de la mode, Gundlach a su aussi saisir, sur sa pellicule argentique, l’air du temps. C’est-à-dire l’optimisme, le glamour et la modernité de cette période. Des notions incarnées à merveille par le Liban de ces années-là que ce photographe, grand voyageur, a également immortalisé dans le cadre de plusieurs séries de mode au Moyen-Orient.
Tirée des archives de la Maison de la photo de Hambourg, la soixantaine de clichés, en noir et blanc (des «vintages» en majorité), exposés à la galerie Sfeir-Semler, montrent des mannequins européens posant dans les sites touristiques égyptiens et libanais. Devant les impressionnantes colonnes et frises des temples de Baalbeck ou face aux pyramides, parmi les tribus de Bédouins ou en fourrure dans la piscine pas encore inaugurée de l’hôtel Phoenicia…des images de la féminité glamour prises dans un cadre exotique.
Si le principal intérêt de ces photos est le témoignage qu’elles apportent sur «l’imagerie» attachée au Moyen-Orient de cette époque, région à la jonction de la tradition et de la modernité, dominée par un Liban cosmopolite et glamour, au sommet de ses années dorées, certaines images se font également remarquer par leur exceptionnelle composition géométrique. Et la fenêtre qu’elles ouvrent sur l’imaginaire.
C’est notamment le cas des magnifiques duos de mannequins aux bonnets ultragraphiques sur fond de pyramides dans le désert qui semblent évoquer le mythe lié à leur construction par des
extraterrestres !
«Behind the Window» de Hoda Tawakol et «The Middle East In the 50’s and 60’s» de F. C. Gundlach offrent, en somme, deux regards parallèles sur la féminité, ses transformations – évolutives ou régressives? – des années cinquante jusqu’à nos jours. À découvrir, jusqu’au 16 juillet.

* La Quarantaine, imm. Tannous pour les métaux, 4e étage. Horaires d’ouverture : du mardi au samedi, de 11h00 à 18h00. Tél. : 01/566550.

Source: L’Orient Le Jour