Les empiètements sur les biens-fonds se poursuivent et les chefs religieux seraient l’ultime recours pour les contrer

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28/04/2011

Les empiètements sur les biens-fonds semblent se poursuivre dans le Sud, notamment à Tyr, en dépit des appels politiques et mesures de sécurité visant à y mettre fin. Non seulement les sites de construction sont actifs, mais l’agence al-Markaziya a appris que le revenu d’un ouvrier syrien sur les sites illégaux a atteint quelque 50 dollars par jour et environ 100 dollars par nuit de travail, les tenants des sites allant même en Syrie pour les recruter, vu la disponibilité limitée des ouvriers dans la région Sud où la construction se densifie notablement. Par ailleurs, une source sécuritaire a informé al-Markaziya que les agents de sécurité sur place, qui veillent à l’application ferme de la loi, sont régulièrement confrontés à des agressions de la part de manifestants qui les attaquent avec des bâtons, des outils métalliques et des pierres. Selon la même source, le seul moyen d’arrêter ces violations serait de recourir aux chefs religieux locaux, qui émettraient des fatwas interdisant les constructions illégales. En effet, celles-ci progressent à un rythme tel que les immeubles nouvellement édifiés ne sont séparés parfois que d’un seul mètre. Ceci entrave le respect de l’intimité et les coutumes de la région, selon la même source, d’où l’imminence des fatwas qu’elle réclame, d’autant plus que les violations des terrains contreviennent aux préceptes religieux et à la charia.

En attendant, un plan de surveillance des lieux de culte, tant musulmans que chrétiens, a été mis au point, faisant suite à des intentions révélées d’empiéter sur des terrains appartenant au wakf au Sud, poursuit la source, ajoutant que la responsabilité de protéger ces terrains incombe aussi aux municipalités.

Un groupe de députés du Courant du futur a, par ailleurs, rendu visite au mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, pour exprimer « la solidarité du Courant du futur avec Dar el-Fatwa face aux violations enregistrées sur les terrains du wakf (…) ainsi qu’avec l’État libanais dont les terrains sont également en butte à des violations », a affirmé le député Samir el-Jisr au nom de la délégation. Et le parlementaire de rappeler les répercussions « dangereuses » de ces violations sur les « intérêts économiques des individus et de l’État », et de faire remarquer surtout leurs effets sur « la sécurité publique » et l’autorité étatique.

La question demeure de savoir si ces empiètements reçoivent une couverture politique tacite, notamment de la part du Hezbollah et du mouvement Amal. « Personne ne peut nier les capacités de pression morale de ces deux partis, et ils doivent utiliser cette pression pour arrêter les violations », a ajouté M. el-Jisr.

Rappelons que les deux partis, qui constituent la force de facto dans les régions des biens-fonds disputés, ont déclaré avoir ôté toute couverture à ces violations. Dans ce contexte, le membre du bureau politique du Courant du futur Rached Fayed a estimé hier dans une entrevue à la LBCI qu’« il n’est de la compétence de personne de donner (ou de retirer) un pouvoir qui surpasse celui de l’État ». Et d’ajouter : « Soit ces allégations d’avoir cessé toute couverture aux violations manquent de sérieux, soit il existe une troisième force, en plus de l’armée et de la résistance, une force publique armée plus forte que ces deux dernières. » Tout ceci ressemble à un « émiettement de l’État au profit d’une confession ou d’un groupe », un procédé qui veut « donner l’impression qu’il n’y a pas d’État au Liban (…) », a conclu M. Fayed.

Source: L’Orient Le Jour