Entre la Résurrection et l’Inferno, le gouvernement dans les limbes

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26/04/2011

Les fêtes pascales sont terminées, et il est question d’une « reprise » dès aujourd’hui de la « dynamique » politique, avec le retour du Premier ministre désigné, Nagib Mikati, de son séjour britannique. Nombre d’obstacles auraient été aplanis, selon des sources politiques informées – qui répètent inlassablement ce qu’elles disent depuis des semaines déjà, sans préciser pour autant quels sont lesdits « obstacles » qui ont été aplanis et quels sont ceux qui restent encore. Le nœud gordien resterait la question du ministère de l’Intérieur, et la bataille entre le président Michel Sleiman et le chef du CPL Michel Aoun sur la gestion de ce portefeuille – et des portefeuilles sécuritaires. Nagib Mikati aurait opté en faveur de l’option Sleiman, mais le député du Kesrouan s’accrocherait tous azimuts à sa revendication. Qu’à cela ne tienne, M. Mikati serait de retour avec de nouvelles propositions pour débloquer la situation et sortir de l’immobilisme, d’autant que la situation régionale continue de s’envenimer.

Or, précisément, pour certains analystes bien informés, la naissance du nouveau cabinet est sans cesse avortée en raison d’un paradoxe absolu : le 8 Mars (l’axe Hezbollah-Aoun surtout) souhaiterait un gouvernement de confrontation au plus vite (toutes les déclarations du week-end écoulé, notamment de cheikh Nabil Qaouk, Ali Hassan Khalil ou Kassem Hachem vont dans ce sens), traduisant bien le basculement de la majorité en sa faveur, dans l’attente notamment de la bataille à venir contre le Tribunal spécial pour le Liban. Sauf qu’un tel gouvernement de « faucons », dont l’objectif serait spécifiquement d’asseoir la domination du 8 Mars sur le pays, conduirait immanquablement – et c’est là le grand paradoxe – à une véritable déstabilisation de la scène libanaise, dans le cadre d’une situation régionale déjà ultrasismique. Il aurait donc les effets contraires et accélérerait une détérioration des événements. Cela, Nagib Mikati l’aurait bien compris, d’où son insistance, avec le chef de l’État, en faveur d’une formule ministérielle moins provocatrice qui pourrait générer le minimum vital requis de consensus.

Le grand problème, c’est que l’arbitre qui a donné le feu vert pour la chute du cabinet Hariri en janvier dernier et qui doit trancher entre les « faucons » et les « colombes », à savoir le régime syrien, est aujourd’hui accaparé par la crise sanglante qui se déroule chez lui. D’où une incapacité, toujours selon ces analystes, à se décider sur l’option à suivre. Un cabinet de « guerre » au Liban signifierait un affront supplémentaire à la communauté internationale et au 14 Mars, à l’heure où le régime peut bien se passer de la création d’un nouveau front. Un cabinet de « colombes » le mettrait en porte-à-faux avec ses alliés proches, le Hezbollah et Michel Aoun. L’arbitre distrait par ses propres problèmes, il n’y aurait donc personne pour mettre fin aux zizanies locales à l’intérieur du 8 Mars et pour brider les ardeurs du chef du CPL, notent ces analystes. Sans compter que Damas, affaibli par ses luttes intestines, n’aurait pas intérêt à poursuivre sa guerre contre le 14 Mars et contre une partie du camp arabe, surtout au moment où le ton monte considérablement entre les pays du Golfe et l’Iran.

Des crises toutes plus graves les unes que les autres, et en cercles concentriques, donc. Un peu comme l’Enfer de Dante, somme toute.

Source: L’Orient Le Jour