Sleiman de Bkerké : Le Liban appuie la volonté de réforme en Syrie

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26/04/2011

Le président Sleiman s’adressant aux journalistes à Bkerké, hier : L’armée libanaise a eu une « conduite civilisée » envers les manifestants. Photo Émile Eid

Le président Sleiman s’adressant aux journalistes à Bkerké, hier : L’armée libanaise a eu une « conduite civilisée » envers les manifestants.

Communauté À partir de Bkerké, où il a assisté à la messe de Pâques, le président Sleiman a mis les points sur les « i », en matière de gouvernement et à l’égard des troubles en Syrie et dans le monde arabe.

« La Constitution ne donne de part à personne, mais organise la procédure de formation (du gouvernement) et accorde aux autorités en charge des institutions la responsabilité de ce processus. »
Le chef de l’État, le général Michel Sleiman, a mis dimanche les points sur les « i » au sujet du processus de formation du gouvernement, et en particulier concernant la volonté du général Michel Aoun d’être représenté dans le nouveau cabinet par un nombre de ministres proportionnel à l’importance de son bloc parlementaire, sans tenir compte du chef de l’État.
Le président Sleiman , qui a assisté à la messe de Pâques au siège patriarcal, conformément à la tradition, a précisé devant les journalistes accrédités à Bkerké que le Premier ministre désigné « n’a pas posé de délai » à la formation du gouvernement, mais a affirmé qu’il en serait question « après les fêtes » dès la reprise des consultations.
« Il n’y a pas d’obstacles extérieurs » qui empêchent la formation du gouvernement, a précisé le président. « Les obstacles, s’il faut les appeler ainsi, proviennent des demandes formulées par les blocs parlementaires. »
« Il faut, a-t-il enchaîné, discuter de ces demandes dans le cadre des dispositions constitutionnelles qui organisent la procédure de formation du gouvernement. La loi accorde au chef de l’État la responsabilité de respecter toutes les dispositions de la Constitution et affirme que le chef de l’État est le commandant suprême des forces armées et que c’est lui qui, avec le chef du gouvernement, négocie et ratifie les traités internationaux. »
Le chef de l’État a affirmé qu’il faut « un surcroît de concertations » en ce qui concerne le ministère de l’Intérieur.
Sur un autre plan, le président Sleiman a affirmé qu’il ne craint pas que les troubles qui marquent la vie de certains pays arabes gagnent le Liban. Il a affirmé que le Liban est un pays démocratique, sous-entendant que ces troubles éclatent dans des régimes autocratiques. Il a en outre fait l’éloge de la conduite de l’armée qui, depuis 2005, a suivi une « conduite civilisée » envers la société. Il a enfin fait état des combats livrés par les soldats à Israël et au « terrorisme », à savoir l’intégrisme de Fateh el-Islam.
Selon ses proches, le chef de l’État a voulu dire que ces combats ont suffi pour donner à ces jeunes un certain discernement qui les empêche de se lancer dans n’importe quelle aventure.

De possibles brèches
Le président Sleiman a convenu qu’il pourrait cependant y avoir « des brèches » et s’est promis de les colmater. « Nous sommes immunisés, ce qui n’exclut pas qu’il faut prévenir d’éventuels dérapages », a-t-il dit, précisant qu’il est en contact permanent avec le président syrien Bachar el-Assad.
Au sujet de l’attitude du Liban à l’égard de la révolte populaire en Syrie, le président a affirmé que le Liban « est en faveur de la stabilité de la Syrie et du monde arabe », mais surtout en Syrie, car « tout le monde sait que la sécurité de la Syrie et du Liban sont interdépendantes ».
Mais le Liban se tient aussi aux côtés des réformes en Syrie – levée de l’état d’urgence, loi sur les partis, lois sur les médias. « Le Liban reconnaît enfin la légitimité des réformes réclamées par les Syriens, à condition que cette volonté de réforme soit sincère, et non pas un prétexte pour la discorde confessionnelle. »
De son côté, dans son homélie, le patriarche Raï a souhaité une fois de plus la formation rapide du gouvernement, tout en souhaitant l’arrivée aux postes de responsabilité de personnes compétentes et intègres, « libres de toute avidité au détriment de l’argent public ».
Le patriarche a également réclamé, en substance, une politique étrangère plus active de manière à ce que le Liban « retrouve son rôle comme facteur de stabilité et de paix dans son environnement arabe », une plus grande culture de la convivialité, une démocratie ouverte aux droits de l’homme, l’égalité entre tous en droits et devoirs, la reconnaissance des droits des expatriés et l’octroi de la nationalité à ceux qui la méritent, l’appui à la justice, etc.

Audi et Gemmayzé
Par ailleurs, les offices religieux de la Pâques ont été célébrés sur toute l’étendue du territoire. À Beyrouth, le métropolite Élias Audi, qui officiait dans la cathédrale Saint-Georges, a mis en garde contre « les volcans qui se réveillent autour de nous et a dénoncé les égoïsmes et l’arrogance » qui empêchent la formation du nouveau gouvernement, une flèche indirectement dirigée contre Michel Aoun.
Le métropolite de Beyrouth s’est dit outré de ce que le quartier des pubs de Gemmayzé ne se met pas au diapason de la semaine sainte. « Pourtant, je pense que la plupart des filles qui le fréquentent sont des chrétiennes », s’est-il indigné.

Le sommet religieux du 12 mai
Sur un autre plan, les préparatifs du sommet religieux qui doit se tenir le 12 mai à Bkerké, à l’initiative du patriarche Raï, se poursuivent.
Le chef de l’Église maronite a chargé Mgr Boulos Matar, archevêque de Beyrouth, de mettre au point, de concert avec les chefs politiques chrétiens qui ont assisté aux assises restreintes de Bkerké (Amine Gemayel, Michel Aoun, Samir Geagea et Sleimane Frangié), une étude comprenant les appréhensions de la société chrétienne et les « propositions concrètes » susceptibles de conforter les « constantes chrétiennes ».
M. Harès Chéhab, le président du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien, qui assiste l’archevêque de Beyrouth dans sa tâche, a précisé hier que « les choses sont toujours à l’état de préparatifs » et que les organisateurs du sommet s’efforcent d’y associer « le plus grand nombre de figures religieuses possible ». « Nous travaillons sur un discours unifié et rassembleur », a-t-il précisé.
Sur base de ce document, le patriarche doit préparer un brouillon de document qui serait finalisé lors de la prochaine réunion mensuelle du collège épiscopal maronite, en prévision de son examen et de son approbation lors du sommet religieux.
Signalons pour finir qu’au niveau des gestes nouveaux produits par les assises chrétiennes restreintes de Bkerké, le président des Forces libanaises, Samir Geagea, a adressé ses vœux au général Michel Aoun et à M. Sleimane Frangié.
Pour sa part, le président de la Chambre, Nabih Berry, a adressé ses vœux à tous les Libanais, et en particulier aux communautés chrétiennes, en cette occasion.
Pour Pâques, le chef de l’État, lui, a reçu un télégramme de félicitations du président syrien.

Source: L’Orient Le Jour